Le paradoxe de la filière bovine

Guillaume MARAVAL

Le paradoxe de la filière bovine

La bonne tenue des cours n’est pas une garantie de revenu.

La consommation française

Sur le premier semestre 2013, les ventes de viandes fraîches ont diminué de 8% (crise économique), celles de viandes transformées de 24% (crise de confiance). Seules les viandes congelées sont restées stables. Donc, sur l’année 2013, on devrait avoir une érosion (-1% comparée à 2012) de la consommation française.

Paradoxe, car la consommation française arrive à maturité, mais l’offre ne satisfait pas la demande. La demande intérieure s’oriente vers des sujets femelles finis alors que la production est engagée vers l’export avec les sujets broutards repoussés à destination des pays de l’UE historiquement.

En Europe, la consommation ne devrait diminuer que légèrement et sur le plan mondial, après une pause, les « global players » sont de retour dans le marché ouvert de la viande. Ce qui devrait augmenter la viande disponible en Europe et notamment la viande brésilienne. De plus, le marché asiatique s’ouvre avec une consommation de viande rouge en nette progression. Une carte à jouer pour la filière française et européenne sur l’export qui ne sera pas honoré en totalité par les pays sud américains.

Le paradoxe de la filière bovine

Paradoxe sur la production de viande bovine intérieure

En effet, le marché de la viande est volatil. D’une année à l’autre, la demande varie au point d’influer sur les exportations de mâles notamment vers l’Italie. La production 2013 de bovins finis est contraire à l’année 2012, avec moins d’exportations en vif au profit des
abattages sur le territoire. Cet épiphénomène s’explique par un net recul des exportations de bovins de plus de 300 kg vers les pays tiers et plus précisément vers l’Italie qui a réduit ses approvisionnements de 8.6% sur le premier semestre 2013. De plus, le marché turc n’a pas désengorgé le marché des sujets allaitants comme il l’avait fait l’an passé. Actuellement, entre le doublement de la taxe à l’importation et les contrôles sanitaires accentués dans ce pays, les exportations sont réduites à néant. Seuls les pays comme le Liban et l’Algérie conservent leurs niveaux d’importations.

Donc, les abatteurs proposent la mise en marché des gros bovins alourdis et peinent toujours sur l’abattage des femelles (- 3% cette année).

Le repli des exportations oriente les éleveurs vers la production de bêtes finies mais l’orientation de la future PAC 2015, avantagerait plus les éleveurs extensifs que les engraisseurs. La production doit maintenant s’adapter à un marché mutant et la filière s’accorder entre l’offre et la demande avec des retournements rapides. Ces mouvements de marché handicapent les éleveurs qui doivent s’adapter. La mise en place d’une stratégie agile dans les exploitations est d’actualité mais compliquée à suivre.

Paradoxe pour les éleveurs, les années se suivent mais ne se ressemblent pas

Quels que soient les produits (vache réforme, gros bovins, génisses), les cours du premier semestre 2013 sont soutenus et supérieurs dans l’ensemble à 2012. Les cours sont le reflet du manque de disponibilité. Néanmoins, une érosion des cours dans toutes les catégories se fait sentir en période estivale et devrait encore chuter avec la mise en marché des sujets d’automne. Malgré cela, on constate des prix en hausse depuis 2 ans, particulièrement sur les gros bovins avec une progression de +28% entre 2011 et 2013 (3.84 € le kg en septembre 2013).

Les perspectives de prix de la viande bovine sont arrivées à leur pic, et à l’heure où le pouvoir d’achat des ménages est en baisse, les consommateurs peuvent s’orienter vers des produits moins coûteux, il faut rester vigilant.

A contrario, les années se suivent et se ressemblent sur la rentabilité des élevages allaitants qu, malgré des cours élevés, peinent à dégager du « cash » pour redorer les trésoreries.

Les structures doivent s’adapter pour s’orienter vers une compétitivité sur le marché et non, comme actuellement, basées sur la capitalisation des systèmes (foncier, bâtiments …).

Dans les campagnes, on parle souvent de la crise de l’élevage, mais la crise est normalement marquée par des prix à la production en chute libre alors que dans la filière allaitante, ce n’est pas le cas.

Seulement, avec la variabilité du prix des produits, des intrants et des volumes de mise en marché, les écarts de performances économiques entre élevages se creusent.

Nos études économiques révèlent des différences impressionnantes de 1 à 10 en résultats entre le quart inférieur des moins bons revenus par unité de main d’oeuvre et le quart supérieur, alors que les moyens de production (nombre de vaches allaitantes, Sau…) ne sont que de + 20 %. La crise est d’abord une crise de disparité des compétences des éleveurs, une crise du déficit d’accompagnement,
de la transmission des savoir-faire, de l’isolement qui doit interroger toute la filière. Elle doit aussi questionner sur les moyens les plus efficaces pour améliorer la performance et les savoir-faire dans les élevages. Revenir sur le coeur du métier d’éleveur doit être l’objectif. Technicité et gestion économique des ateliers sont primordiales. Les producteurs valorisent des muscles, c’est la composante essentielle du produit. Plus de kilos de viande par unité de main-d’oeuvre avec des coûts toujours maitrisés, c’est simple comme objectif mais tellement complexe à mettre en oeuvre comme le montre la dispersion des résultats économiques.

Le paradoxe de la filière bovine

En synthèse, face à un marché mature en Europe, on a l’émergence d’un marché mondial avec la progression de la consommation asiatique qui modifie la demande à l’échelle planétaire. Pour la satisfaire, c’est à toute la filière allaitante, du producteur aux industriels
de chercher les solutions communes en innovant sur un marché nouveau mais qui peut être porteur pour la viande bovine française.

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Commentaires 1

oli 86

Concernant la disparité des revenus et selon votre analyse les couts de productions , n'est ce pas un probleme de modele économique ? Souvenons nous il y quelques années les cours des céréales étaient bas , les conseillers de tout poils ont poussés vers la ration sêche sans se soucier de la volatilité des cours, les systêmes oubliant leur autonomie alimentaire. Ainsi depuis 2008 la rentabilité des élevages allaitant est à la peine malgré des cours élevés . Revenons donc aux fondamentaux sur nos exploitations : valorisation de nos matieres premieres , production d'herbe ( la nouvelle pac n'est pas totalement illogique ) en un mot autonomie , tout ceci biensur sans oublier la productivité qui est plus facile à améliorer lorsqu'on est moins dépendant de nos fournisseurs .

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