Le traitement systématique… ce n’est pas automatique ! A appliquer pour la grande douve et le paramphistome

Dr BOUBET Boris et Dr Didier GUERIN

Le traitement systématique… ce n’est pas automatique ! A appliquer pour la grande douve et le paramphistome

Grande douve et paramphistome => Ces parasites sont bien connus mais toujours très présents. La saison hivernale représente une période stratégique d’intervention.

Le traitement systématique… ce n’est pas automatique ! A appliquer pour la grande douve et le paramphistome

Fasciola hepatica (grande douve) reste un parasite préoccupant dans vos élevages. La proportion de résultats positifs (coproscopies et/ou sérologies) reste stable années après années comme le montrent nos résultats creusois. Une étude italienne sur les broutards importés a dénombré jusqu’à 83 % d’animaux affectés. Or, quelques grandes douves dans les canaux biliaires suffisent à entraîner des pertes.

Une infestation grande douve toute l’année avec un pic en automne

L’infestation peut se faire toute l’année avec 3 cycles parasitaires : un cycle transhivernant avec contamination de printemps, un cycle d’été précoce et un cycle d’été tardif responsable des contaminations les plus massives. Les formes historiques, avec de fortes infestations et de la clinique (œdème de l’auge, amaigrissement, diarrhée), ont laissé la place à une infestation subclinique, avec des impacts sur la fonction de reproduction, sur la qualité du colostrum et donc les diarrhées néo-natales, sur la durée d’engraissement des jeunes bovins et des taurillons.

Le paramphistome, l’envahisseur du rumen

Considéré comme anecdotique au début des années 90, il est aujourd’hui très largement répandu. Cette émergence est probablement liée à 3 facteurs : une baisse globale de la grande douve qui a ouvert un espace écologique, une utilisation de douvicides spécifiques non-actifs sur le paramphistome dans les années 80 et le développement du plein-air.

Un paramphistome vit 5 ans en moyenne avec une accumulation dans le rumen. La clinique apparaît après plusieurs années : amaigrissement, diarrhée. Des gastroentérites aigues s’observent sur de jeunes animaux, elles sont dues à la migration massive de larves au niveau de la caillette et très difficiles à diagnostiquer. Par ailleurs, les paramphistomes privent les bovins d’oligoéléments, les rendant plus sensibles aux maladies.

Un plan d’action basé sur les interférences hôte/parasite/environnement

La prévention et la lutte contre les trématodes se basent sur le poids pathogène de chaque parasite (l’élément majeur étant la grande douve) en intégrant le cycle des parasites, les interférences hôte/parasite/environnement. Il n’y a en effet pas de douve ou paramphistome sans limnée et donc sans zone humide. Les photos aériennes de la PAC peuvent déjà donner une idée de la localisation des gîtes à limnée. Le plan d’épandage atteste que certaines zones sont impropres et donc propices à l’hébergement de larves de trématodes. Vous pouvez rechercher les limnées, en gardant en tête qu’elles s’enfouissent en cas de météo défavorable pour elles (sécheresse, froid négatif). Elles se trouvent donc plus facilement au printemps et à l’automne. Si les zones concernées ont une surface limitée, l’aménagement des points d’eau et la clôture des zones humides permettent de supprimer les sources de contamination.

Une composante importante du concept « Le sanitaire… j’adhère ! », une utilisation du kit diagnostic à renforcer

Composante importante du concept « Le sanitaire… j’adhère ! », votre plan antiparasitaire est à définir annuellement avec votre vétérinaire, lors du bilan sanitaire annuel, à partir des observations effectuées, du cycle de pâturage de chaque lot, des traitements déjà réalisés et du kit diagnostic. Votre vétérinaire et GDS Creuse sont à votre disposition pour tout renseignement complémentaire. Pour plus d’information, consultez le chapitre « Parasitisme » dans l’onglet « La boîte à outils bovins » sur notre site.

Le traitement systématique… ce n’est pas automatique ! A appliquer pour la grande douve et le paramphistome

Kit diagnostic GDS Creuse « grande douve/paramphistome » avec votre vétérinaire

Le diagnostic repose d’abord sur les observations épidémiologiques et cliniques : présence de prés propices aux limnées, insuffisances de performances... L’appréciation s’effectue lot par lot (suivi du circuit des animaux pendant le pâturage). Pour les examens complémentaires, le schéma mis en place peut être le suivant, par lot de pâture :

  • Une sérologie grande douve de mélange de 10 (13,94 € HT l’analyse). La sérologie Elisa est le seul diagnostic fiable pour la grande douve. Elle se positive en 2 à 4 semaines et reste positive jusqu’à 20 semaines. De nouveaux tests avec des résultats quantitatifs sont disponibles, ils permettent d’estimer le niveau d’infestation (cf. tableau). Les sangs de prophylaxies peuvent être utilisés.
  • Une coproscopie parasitaire de mélange de 5 prélèvements individuels pour les paramphistomes (10,26 € HT l’analyse) (les prélèvements sont individuels, le laboratoire effectue le mélange après pesée).

GDS Creuse prend en charge 50 % des frais d’analyses si les 2 recherches « sérologie grande douve » et « coproscopie parasitaire quantitative de mélange » sont effectuées. Cela revient donc à 12,10 € HT par lot de pâture.

Le traitement systématique… ce n’est pas automatique ! A appliquer pour la grande douve et le paramphistome

S’il y a des paramphistomes dans l’élevage, la grande douve est alors présente et est à considérer de manière prioritaire. En pratique, la démarche suivante peut être retenue :

  1. La grande douve est présente de manière significative, une intervention spécifique (médicaments à base de closantel, nitroxinil ou triclabendazole) sera réalisée dans les 3 semaines suivant la fin de période de contamination. L’utilisation de douvicides à base de closantel ou nitroxinil permet l’apport complémentaire d’iode.
  2. Le paramphistome présente un niveau d’accumulation (moyenne > 40 œufs par gramme de fèces), un traitement avec un antiparasitaire à base d’oxyclozanide 8 semaines après le 1er traitement sera effectué.
  3. La contamination en grande douve est faible, celle en paramphistome conséquente, le traitement sera mixte avec un antiparasitaire à base d’oxyclozanide 10 semaines après la fin de période de contamination.
  4. En cas de contamination d’été à risques (forte présence de prés de fond), une application supplémentaire douvicide ou mixte, selon les cas, sera effectuée en juillet.
  5. En cas d’intervention précoce avec un traitement douvicide ou mixte (traitement d’automne ou début d’hiver) alors que les animaux sont encore sur des prairies à risques ou enlevés depuis moins de 8 semaines, une seconde intervention telle que décrite au point 2 sera alors nécessaire.

En laitier, une problématique particulière

L’impact de la grande douve est estimé à environ 1,5 kg/vache/jour sur les animaux les plus infestés. Il est donc conseillé de réaliser un titrage sur lait de tank pour estimer l’infestation moyenne du troupeau. Si celle-ci est élevée, un traitement de tous les animaux est à réaliser, en sachant que l’oxyclosanide a désormais un délai d’attente lait de 4,5 jours. Le dépistage en sérologie individuelle est une alternative qui peut permettre de mieux cibler les animaux à traiter. Si l’infestation est plus faible, un traitement au tarissement, bien que moins performant d’un point de vue zootechnique, permettra d’échapper au délai d’attente lait.

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