Les dérobées au service de la gestion des stocks

Bernard Griffoul - Réussir Bovins Viande Mai 2012

Les dérobées au service  de la gestion des stocks
Du trèfle d’Alexandrie et de l’avoine dans le Cher, au cours de l’été 2011. Les surfaces laissées libres derrière des céréales permettent d’implanter des dérobées à végétation rapide. © Y. Lagrost (CA du Cher)

Les cultures dérobées ne sont pas sans risque et restent un pari sur la météo estivale. Bien menées, elles peuvent pallier un déficit fourrager exceptionnel à un coût plus compétitif que du foin acheté.

Pour en savoir plus

© Y. Lagrost (CA du Cher)

Voir dossier de Réussir Bovins Viande de mai 2012. RBV n°193 p. 14 à 27.

Les années se suivent et ne se ressemblent pas. Pourtant, 2012 a démarré comme la précédente. Voire pire. Mi-avril, il était malgré tout trop tôt pour s’alarmer, la pluie faisant un retour jugé encore bien timide dans certaines régions. Quoiqu’il en soit, les aléas climatiques semblent devenir une variable à prendre en compte pour la conduite des exploitations. Et quand les prairies et les cultures fourragères ne produisent pas suffisamment, les cultures dérobées peuvent pallier, au moins en partie, le déficit. Ces fourrages annuels d’été à cycle court permettent de constituer des stocks (sorgho fourrager ; moha, millet, avoines et ray-gras italien alternatif associés à des légumineuses) ou de disposer de surfaces à pâturer quand les prairies sont grillées (colza, navet…). Une sorte de « plan B », aime à dire Claire Brajot, conseillère fourrages à la chambre d’agriculture de la Haute-Vienne.

« Intégrées dans l’assolement »

Les trois départements du Limousin conduisent des essais depuis trois ans chez des agriculteurs. Le message des conseillers est clair : les dérobés ne sont pas destinés à combler un déficit chronique de fourrages. Produire au printemps les stocks couvrant les besoins du troupeau reste l’objectif prioritaire. Cela passe souvent par une bonne gestion de la pâture afin de pouvoir réserver suffisamment de surface à la fauche et économiser des stocks. « La culture des dérobées est une pratique complémentaire à une bonne gestion de l’herbe. Mais, on ne peut pas les systématiser parce qu’elles coûtent cher à produire », résume Claire Brajot.
L’objectif, ajoutent les conseillers du Limousin, est « que les dérobées s’intègrent dans l’assolement sans le chambouler ». Un rendement minimal (au moins deux à trois tonnes de matière sèche par hectare) est indispensable pour que les cultures dérobées soient plus compétitives que du foin acheté. Les résultats observés dans plusieurs régions montrent des rendements extrêmement variables.

Mettre tous les atouts de son côté

Il est donc indispensable de mettre toutes les chances de son côté. Une implantation soignée, de préférence avec un labour permet d’éviter l’étouffement de la culture par les repousses de céréales. Le respect des dates limites d’implantation pour que la dérobée puisse accomplir son cycle de végétation. Et, enfin, une fertilisation azotée à hauteur des besoins. C’est une vraie culture intercalaire qui est implantée, qui plus est à une période pas très favorable.

Constituer un stock de sécurité

Les chambres d’agriculture du Centre, qui ont également conduit des essais, rappellent en effet que « 2011 reste une année atypique pour les cultures intermédiaires. Les bons rendements obtenus dans certaines situations, malgré des semis et levées tardifs, ne doivent pas masquer le fait qu’ils ont été réalisés grâce à une pluviométrie exceptionnelle en juillet-août et grâce à un mois de septembre chaud et ensoleillé. » Tolérantes aux fortes chaleurs et moins sensibles au stress hydrique que le maïs, on ne peut tout de même pas leur demander l’impossible. Aucune plante ne lève sans un minimum d’humidité.
Les cultures dérobées restent un pari mais elles peuvent sauver la mise, voire apporter leur contribution à la constitution d’un stock de sécurité, toujours bienvenu quand les aléas climatiques font flamber les prix des fourrages.

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