« Les taux de change pèsent sur les échanges mondiaux de viande bovine »

Propos recueillis par Sophie Bourgeois

« Les taux de change pèsent sur les échanges mondiaux de viande bovine »
Fabien Champion était l'un des intervenants lors de la journée sur les marchés mondiaux de la viande, organisée par l'institut de l'élevage le 9 juin 2016. - © C. Delisle-archives

En 2015, les échanges mondiaux de viande bovine ont été marqué par deux grands faits. Les dévaluations de monnaies ont fait bouger les lignes. Et la demande en viande ralentit dans les pays méditerranéens et en Asie du Sud-Est, là où elle était forte.

Quelles sont les conséquences des changements dans les taux de change entre monnaies sur les échanges mondiaux de viande bovine ?

Fabien Champion - Depuis mi-2014, leur influence se fait plus forte. Et même s'il y a très peu de visibilité à long terme sur les taux de change entre monnaies, les causes des dépréciations sont toujours là et la situation pourrait perdurer sur l'année 2016. Au Mercosur, surtout au Brésil avec la grave crise économique, mais aussi en Uruguay et à cause de la politique de libéralisation en Argentine, les monnaies ont chuté. La compétitivité de la viande bovine produite dans ces pays s'en est trouvée renforcée sur les marchés mondiaux. En même temps, le rouble a été aussi dévalué et la viande que ces pays envoient en Russie revient plus chère une fois importée. Les volumes importés par la Russie se sont en conséquence réduits fortement. La Russie, qui était le premier importateur mondial de viande bovine jusqu'en 2013, est passée à la cinquième place en 2015. Avec pour conséquence d'augmenter encore les disponibilités en viande du Mercosur pour les autres marchés.

Dans le même temps, la dévaluation de l'euro depuis la mi-2014 a soutenu la compétitivité des animaux en vif exportés par les européens.

Le marché de l'export en vif des animaux européens est donc consolidé ?

F. C. - Ce marché a poursuivi sa croissance en 2015. Notamment, 360 000 animaux vifs ont été importés par la Turquie sur l'année, dont 215 000 depuis l'UE. C'est treize fois plus qu'en 2014, ceci en raison de la réouverture de la frontière et de l'effet monnaie.

En Israël et au Liban, on observe un vrai basculement de la demande vers les animaux en vif au détriment de la viande. La viande indienne congelée y est très décriée du fait de sa faible qualité. Et son débouché, qui est surtout celui de la restauration collective, est relativement restreint. Ce sont les marchés bouchers qui stimulent la demande en viande bovine et, du fait des problèmes de chaîne du froid, les animaux importés en vif répondent mieux aux besoins de ce marché. Ils permettent aussi d'approvisionner ces pays en abats à un coût moins prohibitif que l'import. La demande forte en viande bovine de la part de la Turquie ne se dément pas. Si des accords sanitaires sur la FCO sont trouvés, il n'y a aucun signal économique qui empêcherait les exportations de reprendre vers ce pays.

Cet accroissement des exportations en animaux en vif est un véritable avantage pour la France, car tant sur le plan sanitaire que sur celui des disponibilités, nous sommes bien placés. Et la qualité des broutards français est attractive. Mais bien sûr, cette tendance lourde reste à la merci d'éventuelles crises sanitaires, rendant ces marchés volatils.

Quelles sont les tendances pour la demande en viande bovine au niveau mondial ?

F. C. - La croissance économique dans les pays méditerranéens se tasse, et avec elle la consommation de viande bovine. La demande en viande bovine en Asie du Sud-Est est toujours croissante, mais cette croissance ralentit par rapport aux années précédentes.

En Chine, les circuits d'importation « gris » passant par Hong-Kong et le Vietnam sont désormais moins actifs du fait du renforcement des contrôles aux frontières. Par contre, les circuits légaux prennent de l'ampleur avec l'ouverture aux viandes brésiliennes et américaines. Sur cinq mois en 2015, la Chine a importé 73 000 tonnes équivalent carcasse du Brésil. On constate aussi un certain essoufflement de la demande, avec une stabilisation des prix à la consommation en Chine.

Et pour le niveau de production ?

F. C. - Globalement, sur l'année 2015, la production des grands pays exportateurs de viande bovine que sont les USA, l'Australie et le Brésil a diminué. Celle de l'Inde a stagné après une période de croissance très importante. Cela a pesé sur les disponibilités totales. La production aux USA devrait repartir dès 2016 à la hausse, car ce pays arrive à la fin de sa période de recapitalisation. Ce n'est pas encore le cas pour le Brésil et l'Australie qui seront encore dans le creux de la vague.

Source Réussir Bovins Viande

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