Les veaux malades sont hospitalisés

Bernard Griffoul - Réussir Bovins Viande Mars 2013

Les veaux malades sont hospitalisés
Murielle Vabret avec un veau en cours de traitement. Un box facile à nettoyer a été aménagé pour recevoir les veaux malades. Le cabinet dispose également de niches à veaux. © B. Griffoul

Une clinique vétérinaire dans l’Aveyron hospitalise les veaux pour les perfuser et les remettre sur pied dans de bonnes conditions. L’hygiène est évidemment de rigueur.

Hospitaliser à un prix raisonnable

1Hospitaliser des veaux suppose d’accepter certaines tâches  ingrates, largement compensées  par les résultats et le temps gagné  à ne pas se rendre en ferme. © B. Griffoul

Innovantes, les deux associées vétérinaires se veulent néanmoins pragmatiques. Le service d’hospitalisation a été mis en place sans investissement important.
« Nous voulions amener un plus par rapport à des soins en ferme mais à un prix raisonnable. » Hospitaliser un veau coûte environ 20 euros de plus (forfait hospitalisation et perfusion plus longue). Mais l’éleveur fait l’économie des frais de déplacement des vétérinaires. À partir de 12 kilomètres, l’opération est blanche. Consultation et médicaments sont facturés comme à la ferme. « À facture égale, on a une meilleure efficacité du traitement », ajoutent-elles. Le coût global de prise en charge d’un veau malade se situe entre 100 et 150 euros.

Pas loin d’une centaine l’an dernier. Sans doute davantage cet hiver. « Désormais, pour les veaux à perfuser, nous en soignons autant en hospitalisation qu’en ferme », expliquent Murielle Vabret, Bérengère Fabre et leur salarié Stéphane Méquinion, vétérinaires sur l’Aubrac. Depuis trois ans, leur cabinet incite les éleveurs à amener les veaux malades à la clinique plutôt qu’à les faire soigner en ferme. Ils sont hospitalisés en moyenne 24 heures avant de retourner requinqués auprès de leur mère. Il y a beaucoup d’avantages à cette pratique. « Il est de plus en plus démontré que les perfusions lentes sur plusieurs heures, à volume égal, sont bien mieux assimilées par les veaux et plus efficaces. De plus, à la clinique, on voit évoluer le veau et, si nécessaire, on réadapte le traitement. Aucun veau n’évolue de la même façon. En ferme, on faisait une perfusion sur une demi-heure ou trois quarts d’heure, on laissait un traitement pour trois jours sans trop savoir de ce que le veau allait devenir », argumente Murielle Vabret.

« Nous nous occupons du veau toutes les deux heures »

Au départ, les réticences des éleveurs étaient assez nombreuses avec notamment la crainte que la vache n’accepte plus son veau après 24 heures d’absence. Ces freins sont aujourd’hui levés. De plus en plus d’éleveurs sont convaincus de l’intérêt de ces soins prodigués par les vétérinaires, bien mieux qu’ils peuvent ou n’ont le temps de le faire. Par exemple réchauffer un veau en hypothermie est très important pour sa récupération. Bouillotes, couverture, tapis de sol, lampe infrarouge, autant de moyens qu’un éleveur peut difficilement mettre en œuvre dans la stabulation. « Quant un veau est hospitalisé, nous nous occupons de lui toutes les deux heures. Nous répondons ainsi à une demande des éleveurs de sous-traiter certaines tâches. Et en commençant à répondre à cette demande, nous l’avons créée. » Si l’activité a démarré avec des veaux à diarrhées, aujourd’hui, la clinique accueille tous ceux qui ont besoin d’être perfusé : occlusion, septicémie, veaux en hypothermie, animaux avant et après opération...

« Une responsabilité vis-à-vis de l’éleveur en matière de résulat »

Pour convaincre les éleveurs, dès le départ, les deux femmes vétérinaires ont mis sur pied un service d’hospitalisation exemplaire, particulièrement en terme d’hygiène. « C’est en permanence un gros stress », reconnaissent-elles. La clinique évite de recevoir des veaux de plus de trois élevages différents à la fois, toujours à l’écart les uns des autres. « Il faut avoir un bâtiment suffisamment grand », reconnaît Murielle Vabret. La clinique est installée dans un ancien atelier relai de 400 m2 aménagé pour faciliter le nettoyage. Le protocole d’hygiène est très strict : nettoyage des boxes plusieurs fois par jour au nettoyeur haute pression Kärcher et finition à l’éponge, désinfection, lavage en machine de tout le matériel (couverture, licol, blouse...), désinfection des tétines et biberons, bottes réservées au travail en clinique, un vétérinaire affecté aux veaux d’un seul élevage...
Il faut aussi bichonner les veaux, leur donner des biberons... Beaucoup de ménage et de nursing, des tâches très chronophages, souvent ingrates et pas toujours visibles pour les éleveurs. Mais ce temps est compensé par des déplacements en moins, de la souplesse pour organiser le travail et la présence d’un vétérinaire en permanence au cabinet. Et surtout l’impression « de faire du bon boulot ». Garder des veaux afin de les remettre sur pied, c’est aussi « une responsabilité vis-à-vis de l’éleveur » quant au résultat. Si le veau ne survit pas, une autopsie est souvent pratiquée afin de comprendre les raisons de l’échec.

Analyse du pH urinaire et de la glycémie avant la perfusion

Depuis cet hiver, les trois vétérinaires ont encore perfectionné leur service. Lorsqu’un veau arrive, une fiche d’hospitalisation est ouverte. De l’information précieuse sur l’état et l’évolution des veaux, qui pourra être exploitée quand cette base de données prendra de l’envergure. Deux analyses basiques sont également effectuées : le pH urinaire pour connaître son état d’acidose et la glycémie. Cela permet de composer une perfusion avec des produits peu coûteux (bicarbonate de sodium, glucose, chlorure de sodium) et mieux adaptée à l’état du veau. Le coût est divisé par trois ou quatre. « Cela nous permet d’objectiver l’état du veau et de voir des choses qu’on ne pouvait évaluer avec notre sens clinique », explique Stéphane Méquinion. Pour les veaux à diarrhées, une analyse permet dans les quinze minutes de déterminer les germes en cause. « Cela nous permet de mettre en place un protocole pour enrayer l’épidémie dans l’élevage. Avec l’hospitalisation, on résout un cas individuel, mais il faut régler aussi le cas de l’élevage. Une épidémie ne doit pas durer », soulignent les vétérinaires.
Le cabinet vétérinaire est un des rares dans la région à pratiquer l’hospitalisation des veaux. « C’est aussi une façon de nous différencier », ne négligent pas les deux praticiennes. « Cela m’a permis de beaucoup développer ma finesse d’examen clinique de ces veaux à diarrhées et de leur évolution, s’enthousiasme Murielle Vabret. Nous avons pu tester également les réhydratants et constaté que certains n’étaient pas du tout pratiques à administrer. C’est aussi le moyen de nous remettre en cause, de ne pas laisser s’installer la routine. C’est ce qui nous plaît. »

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