Louis Orenga, directeur du Centre d'information des viandes : Les problèmes d'image de la viande bovine se complexifient »

Propos recueillis par Sophie Bourgeois

Le directeur du Centre d'information des viandes s'inquiète des attaques à répétition, toutes thématiques confondues, qui remettent en cause la légitimité de la viande et de l'élevage.

Quelle est votre analyse de l'impact de la crise économique sur la consommation de viande bovine ?

Louis Orenga - La situation n'est pas très brillante. Des années 90 à 2008, la consommation de viande bovine s'est effritée, de façon un peu plus forte que celle des autres produits frais peu transformés, comme les fruits et légumes, les poissons frais, et les autres viandes fraîches. Une des principales raisons de cette baisse était que la viande bovine n'a pas profité autant que les autres produits frais peu transformés de la redynamisation de l'offre par l'innovation et l'adaptation aux habitudes de consommation. On a souvent dit que ceci était lié au prix, mais jusqu'à il y a trois ans, le prix de la viande bovine à la consommation suivait la même tendance que le prix général de l'alimentation. Cette tendance à la baisse de la consommation concernait d'ailleurs essentiellement les classes socio-professionnelles supérieures, sans problème de pouvoir d'achat. Celles-ci avaient tout simplement moins envie d'acheter de la viande bovine.
Depuis deux ans, nous observons une accélération de la baisse de consommation car d'une part nous continuons à avoir ce phénomène de détournement de la part des classes socio-professionnelles supérieures, mais en plus les autres consommateurs qui n'avaient pas d'a priori sur la viande bovine, sont fortement impactés par les baisses de revenus et les évolutions des prix à la consommation. Ils ne peuvent tout simplement plus consommer comme ils le voudraient.

Louis Orenga : « Autant en ce qui concerne les prix, les solutions restent à trouver, autant nous pouvons agir avec l'interprofession sur les attaques sociétales. » (E. Durand)

Louis Orenga : « Autant en ce qui concerne les prix, les solutions restent à trouver, autant nous pouvons agir avec l'interprofession sur les attaques sociétales. » (E. Durand)

Les soucis de défense de l'environnement et de protection des animaux ont-ils déjà des effets sensibles ?

L. O. - Les effets sur le comportement des consommateurs ne sont pas encore mesurables, mais je suis inquiet des attaques à répétition, toutes thématiques confondues, contre l'élevage et la viande. Elles sont beaucoup plus dangereuses à long terme que les effets de la crise économique. Certains défenseurs du bien-être animal et défenseurs de l'environnement diffusent toute une série de messages qui convergent pour aboutir à encourager à manger moins de viande.
Nous expliquons très facilement les mécanismes qui aboutissent à ces messages : ils sont basés sur une mondialisation de l'information. Il faut au contraire mettre en avant les valeurs de notre monde de l'élevage, et les gens s'apercevront que la viande bovine française est issue d'un système globalement plutôt en phase avec ce qu'ils demandent. La valeur ajoutée de la viande peut même être sociétale. Il faut pour cela à mon avis montrer le travail de la filière directement à l'opinion publique. Evidemment, il reste des progrès à faire, que ce soit sur le bien-être animal et la protection de l'environnement. Diffuser une information objectivée est certainement moins médiatique. Il faut aussi veiller à bien respecter les règles pour ne pas être accusé de protectionnisme.

Concrètement, comment la filière viande bovine pourrait-t-elle agir pour se sortir de cette situation ?

L. O. - En ce qui concerne les prix, on ne voit pas bien où sont les solutions. Si on veut maintenir le niveau de la consommation, il faut faire très attention aux prix et ne pas entrer dans une spirale qui conduirait, pour maintenir les marges, à faire de la viande bovine un produit presque de luxe. Il faut maintenir la fréquence de consommation, qui est en moyenne de deux fois par semaine, et ne pose aucun problème de santé publique.
Par contre, nous pouvons agir grâce à l'interprofession contre les attaques sociétales. Nous disposons des organisations, des outils et des éléments techniques pour le faire. Il reste un problème de taille : celui des moyens. Le film Home de Yann Arthus-Bertrand par exemple a dégouté de manger de la viande bovine des millions de téléspectateurs en quelques minutes, à coup d'images chocs de feed-lots et de déforestation…

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Bovins Viande de septembre 2009. (RBV n°163, p. 46 à 62)

Source Réussir Bovins Viande Septembre 2009

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