Patrick Veysset, Inra de Clermont-Theix : Les systèmes herbagers confortés »

Propos recueillis par Cyrielle Delisle

Une étude sur les « Prospectives 2015 pour des élevages de ruminants en zones herbagères du Massif central » a été menée par l'Inra. Focus sur ce travail.

Quel est l'objectif de ce travail sur les élevages ruminants en zones herbagères du Massif central ?

Patrick Veysset - Cette étude a été réalisée dans le cadre d'un projet PSDR — Pour et Sur le Développement Régional afin de mesurer les impacts des changements économiques, sociaux et politiques sur les systèmes herbagers de la région Auvergne. Cette démarche prospective se base à l'échelle de l'exploitation agricole sur l'étude de cas-type. La méthode utilisée ici est donc transposable à des élevages d'autres régions.
Ce travail couvre une certaine diversité de systèmes de production et de zones herbagères d'Auvergne. Il a pour objectif de dévoiler comment ces systèmes peuvent s'adapter aux questions actuelles : bilan de santé de la PAC, augmentation des prix des intrants et volatilité de celui des produits agricoles… à l'horizon 2015.
Pour obtenir la représentativité la plus large, dix exploitations, représentées par des cas-types, ont été sélectionnées : quatre en bovins viande, quatre en lait et deux en ovins viande.

Patrick Veysset : « Le revenu est de plus en plus constitué d'aides et donc la valeur ajoutée de ces systèmes de production baisse. » (F. d'Alteroche)

Patrick Veysset : « Le revenu est de plus en plus constitué d'aides et donc la valeur ajoutée de ces systèmes de production baisse. » (F. d'Alteroche)

Quelles sont les caractéristiques majeures des cas-types bovins viande et les critères de l'étude ?

P. V. - Deux exploitations en race Charolaise et deux en race rustique (Salers, Aubrac) ont été choisies. Parmi ces élevages, des naisseurs, un naisseur-engraisseur, des systèmes 100 % herbe et d'autres avec une part de culture. Un ensemble de changements a été pris en compte simultanément, y compris les variations de prix. Pour déterminer l'évolution du prix de la viande, des intrants, des services… l'étude s'est basée sur les tendances issues des « perspectives agricoles de l'OCDE et de la FAO 2008-2017 ». Un seul critère n'a pas été retenu : la structure de l'exploitation. L'hypothèse est qu'elle reste constante. Les prix des systèmes de départ sont des moyennes relevées dans les réseaux d'élevage entre 2004 et 2007, en éliminant l'année la plus atypique.
Une fois définis, les cas-types ont été traités à l'aide du modèle d'optimisation économique Opt'Inra. Il détermine le système qui obtiendra la meilleure marge brute.

Que retenir de cette étude concernant les cas bovins viande ?

P. V. - Pour les deux systèmes charolais, l'un naisseur et l'autre naisseur engraisseur (NE) de boeufs, tous deux avec une part de céréales, la situation optimale en 2015 pourrait être la même qu'aujourd'hui. La production de viande reste donc stable mais l'engraissement n'est pas plus encouragé. L'augmentation des charges est compensée par la nouvelle prime à l'herbe productive pour le naisseur. Son revenu n'évolue pas. Le NE qui utilise plus d'intrants est plus sensible à l'augmentation des charges. Pour ce dernier, la hausse des aides est moindre en raison d'une surface en herbe et d'une réattribution lors du découplage de ses primes inférieures. Il voit donc son revenu baisser de 14 %.
Les deux systèmes naisseurs 100 % herbe Salers et Aubrac produisent des broutards de 8 à 12 mois. Le modèle les incite à l'horizon 2015 à produire des animaux plus jeunes non alourdis pour limiter les achats d'intrants. Si les mâles sont vendus au sevrage, la consommation de foin diminue, on peut donc limiter la fertilisation azotée des prairies. Ainsi, la production totale de viande diminue de 5 à 10 %. Le produit augmente cependant grâce à la prime à l'herbe productive. Malgré les efforts d'économie d'intrants, une hausse des charges de 2 à 5 % est constatée, les revenus restent stables, voire baissent légèrement (- 2 à – 3 %).

Quelles perspectives alors ?

P. V. - Ce travail va se poursuivre. Il est resté au niveau de l'exploitation, à structure constante. Or à l'échelle du territoire, des interactions ont lieu entre élevages (cessations, reprises, installations). C'est pourquoi, nous menons un nouveau projet sur un petit territoire herbager auvergnat, le Haut-Mézenc. Notre but étant de proposer une méthode de prospective transposable à d'autres régions. Dans un second temps, nous pourrions réajuster les aides PAC, après la réévaluation de 2013. Et ainsi disposer d'une méthode de réflexion pour l'après-2013.

(1) Cette étude a été réalisée par Patrick Veysset, Benoît Roziere, Marc Benoît et Gabriel Laignel, de l'Inra de Clermont-Theix, en collaboration avec les ingénieurs des réseaux d'élevage d'Auvergne et Lozère et financée par le Cemagref, l'Inra et le conseil régional d'Auvergne Elle a été présentée lors de la 17e édition des Journées Rencontres Recherches Ruminants.

Source Réussir Bovins Viande Décembre 2010

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