Production de viande bovine : Une évolution à la baisse en Europe semble inéluctable

François d'Alteroche

L'Institut de l'élevage a réactualisé récemment ses perspectives pour la production de viande bovine à l'échéance 2013. La hausse du prix du lait et des céréales va dans le sens d'une contraction du cheptel allaitant.

« Dans les années à venir, l'Union européenne reste plus menacée par une sous-production de viande bovine, que par des excédents », souligne l'Institut de l'élevage dans son dernier exercice de prévision pour ce secteur à l'échéance 2013. En intégrant des données nouvelles telles que la hausse de la demande en produits laitiers et la nouvelle donne sur le marché des céréales, ce travail ne remet pas en cause les fondamentaux de précédentes prévisions déjà réalisées par ce même organisme.

L'Union européenne est depuis peu déficitaire en viande bovine et tout laisse à penser que cet état de fait devrait perdurer. « Le repli amorcé de la production devrait être atténué, essentiellement du fait de l'hypothèse de relance de la production laitière, que nous privilégions et de la moindre réduction du cheptel laitier qui en découle. » Après avoir avoisiné 300 000 tonnes en 2006, le déficit en viande bovine de l'Union européenne à 27 devrait continuer à s'accroître, et suivant les hypothèses retenues oscillerait entre 500 000 et 750 000 tonnes à l'horizon 2015. Soit une baisse régulière d'environ 3 % des quantités produites pour atteindre autour de 7,9 millions de tonnes en 2015. Le chiffre de -3 % ne constituerait, bien entendu, qu'une tendance qui n'exclut pas quelques petits à-coups, liés à des phénomènes conjoncturels momentanés. La poursuite de cette décroissance de la production qui s'accompagnerait inévitablement d'une hausse des importations est à relier à la baisse des deux troupeaux laitiers et allaitants.

La hausse du prix des céréales devrait exercer une forte pression dans les zones d'élevage où certaines parcelles en herbe peuvent encore être labourées. (S. Leitenberger)

La hausse du prix des céréales devrait exercer une forte pression dans les zones d'élevage où certaines parcelles en herbe peuvent encore être labourées. (S. Leitenberger)

 

Moins de laitières et d'allaitantes

Pour l'Institut de l'élevage, le repli des volumes de viande bovine mis sur le marché serait globalement assez bien partagé entre pays, même si « les différents choix politiques en matière de recouplage et d'accompagnement par les politiques nationales ont pu et pourront néanmoins entraîner quelques spécificités nationales de comportement. » Il est globalement attendu une certaine stabilité au Royaume-Uni et en Irlande. A l'inverse le recul devrait être nettement plus prononcé en Allemagne « où la production bovine est concurrencée par la politique de diversification énergétique, encourageant la production de biogaz ». Pour ce qui est des volumes produits en France, à l'avenir, l'inconnue concerne l'activité d'engraissement avec toutes les incertitudes liées à l'attractivité renforcée du secteur des cultures. En revanche, il ne faut pas s'attendre à un bouleversement radical des équilibres en cours, du fait de la récente entrée dans l'Union européenne des nouveaux pays. Avec un peu plus de 10 % de la production de l'Union européenne à 25, ces pays devraient rester marginaux en termes de production, mais également de consommation.

Même si le phénomène est actuellement ralenti compte tenu du regain d'attractivité de la production laitière, les économistes de l'Institut de l'élevage tablent sur une poursuite de la diminution du nombre de vaches laitières en Europe. En effet, ils considèrent que pour les années à venir, la tendance actuelle qui va dans le sens d'une intensification de cette production ne devrait pas être remise en cause dans la plupart des troupeaux européens. Le niveau moyen de production par vache est à la hausse et cette tendance va se poursuivre. Compte tenu des évolutions tendancielles de ces dernières années, le niveau moyen de lactation des vaches laitières avoisinerait les 6800 kg/vache à l'horizon 2013 dans l'Union européenne à 27. Ces chiffres réduiraient mathématiquement le nombre d'animaux nécessaires. Le cheptel laitier européen avoisinerait donc 23,1 millions de têtes en 2013 contre 24,6 en 2006. « Et 6 % de vaches laitières en moins, c'est également 6 % de veaux disponibles en moins sous forme de gros bovins ou de veaux de boucherie. »

Ces chiffres doivent aussi tenir compte d'une éventuelle rallonge de quota qui pourrait se traduire par un ralentissement plus limité de la baisse du nombre de laitières et donc de veaux disponibles.
De la même façon, du côté du cheptel allaitant, l'Institut de l'élevage voit mal quels facteurs pourraient aller dans le sens d'une croissance soutenue des effectifs. C'est même le scénario inverse qui est attendu. La hausse du prix des céréales et le regain d'attractivité de la production laitière ne vont pas inciter à mettre en place beaucoup de nouveaux cheptels et ce quel que soit les pays.

« Les surfaces en prairies labourables ont certes été réduites ces trente dernières années, mais il en reste ! Certains polyculteurs éleveurs seront ainsi tentés de semer des céréales à la place des prairies en réduisant la place qu'ils dédiaient à l'élevage allaitant. » De plus, la majoration des coûts de l'alimentation en activité d'engraissement induira une pression sur le prix des animaux maigres, ce qui n'ira pas dans le sens d'un maintien des vaches allaitantes, en particulier dans les pays qui ont déjà découplé toutes les aides, y compris la PMTVA. Au final, le cheptel allaitant européen passerait de 12,02 millions de têtes en 2006 à 11,6 millions en 2013. Avec un cheptel amputé de quelque 1,5 million de vaches laitières et 0,4 million d'allaitantes, les volumes de viande bovine produits dans l'Europe à 27 ne peuvent que diminuer.

 

Source Réussir Bovins Viande Janvier 2008

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