Quand le marché du lait dirige celui de la viande

PARIS Le réseau CERFRANCE

Quand le marché du lait dirige celui de la viande
Quand le marché du lait dirige celui de la viande

Une offre pléthorique de vaches

Le fait marquant de l’année 2016 restera l’offre abondante de vaches de réforme, qu’elles soient laitières ou allaitantes. C’est le résultat d’une combinaison de facteurs: des trésoreries exsangues qui poussent à la réforme, des stocks de génisses importants dans les élevages, un marché laitier difficile depuis plus de 24 mois… En France, comme en Europe les volumes d’abattage de vaches ont progressé de plus de 6% par rapport à 2015. Sur l’ensemble du continent les prix sont orientés à la baisse, en France les cotations des laitières chutent de 15% entraînant dans leur sillage une baisse de 9% des cotations des vaches allaitantes. Cette phase de décapitalisation devrait se poursuivre encore quelques mois, 25000 à 50000 têtes sont encore attendues durant l’hiver. Cependant on observe depuis plusieurs semaines une stabilisation des cotations, laissant présager un rééquilibrage progressif du marché en 2017. Reste à espérer que la reprise des prix des produits laitiers sur le marché mondial se confirme et pousse les éleveurs à ralentir leur rythme de réformes.

L’année 2016 démontre à quel point les liens entre le marché du lait et de la viande sont forts, partagés entre des interactions concurrentielles et complémentaires:

• les phases de capitalisation et décapitalisation du cheptel laitier bouleversent régulièrement les équilibres offre-demande de la viande et fixent ainsi le prix directeur des vaches allaitantes. Ce fut le cas en 2007, en 2010 quand face à un prix du lait porteur la rétention des animaux laitiers a provoqué une hausse du prix des réformes allaitantes et inversement en 2008 ou en 2016.

• l’évolution des modes de consommation renforce cette tendance concurrentielle. Le haché poursuit sa progression au rythme de 2% par an au détriment des achats de viandes piécées en baisse de 15% depuis 2010. Plus d’un tiers des rayons des supermarchés sont consacrés à des produits en promotions ou à bas prix, alimentés principalement par du catégoriel laitier. Ainsi les opérateurs privilégient dans un premier temps les approvisionnements d’animaux issus du troupeau laitier, plus homogènes dans leur conformation, plus faciles à travailler pour les découpes à la chaîne. Même si les vaches de haute qualité bouchère résistent mieux à ces tendances, il n’en demeure pas moins qu’une partie du troupeau allaitant connaît de plus en plus de difficultés à se positionner dans ce nouveau schéma de consommation.

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Le marché du jeune bovin, dans un étau

La baisse du prix des vaches entraîne par ricochet des difficultés pour les jeunes bovins. Sur le marché indigène, ils peinent à trouver leur place dans des abattoirs déjà saturés par les femelles et les prix souffrent de cette situation. Rappelons qu’en France la consommation se porte essentiellement sur de la viande rouge (vache ou bœuf).

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Les difficultés sont également présentes sur l’export notamment sur les marchés historiques. La Grèce engluée dans une situation économique difficile achète moins de quartiers de JB. L’Italie oriente ses importations de jeunes bovins vers des produits moins chers provenant de l’Europe de l’Est. Le manque de compétitivité du JB français pose aujourd’hui un problème aux opérateurs pour remporter les appels d’offres. Cette tendance baissière pourrait se renforcer dans les prochains mois. En septembre 2016 ce sont près de 800000 mâles de moins d‘un an qui ont potentiellement alimenté le marché du broutard, soit 59000 têtes de plus qu’en 2015. La croissance du nombre de veaux est la conséquence directe de la capitalisation des vaches allaitantes depuis 2013. Or, contrairement à 2015, la Turquie ne désengorgera pas le marché avec ses achats de près de 80000 têtes. Si les broutards ne trouvent pas de place à l’export, ils seront certainement réorientés vers les ateliers d’engraissement français… mais au bout du compte pour répondre à une demande très hypothétique.

La baisse généralisée des prix va se répercuter sur le revenu des exploitations allaitantes, structurellement bas depuis plusieurs années. Mais n’oublions pas que les véritables leviers d’amélioration des résultats sont indépendants de la conjoncture. Raisonner la saisonnalité des sorties, travailler la finition des femelles, améliorer la productivité du travail, produire un veau par vache et par an, mettre en perspective ses investissements et son coût de production sont des leviers sur lesquels les éleveurs peuvent agir et qui sont source de réussite.

Source : Veille économique cerfrance - décembre 2016 - Nathalie VELAY

Pour plus d'informations : dossier :  Veille économique agricole – n° 46 déc. 2016

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