Reconstitution des stocks fourragers : Acheter de la paille, c'est d'abord acheter du transport

Cyrielle Delisle

Le prix de la paille s'explique avant tout par les grandes distances effectuées pour la transporter. Et les besoins sont très conséquents.

Il était cet été impossible de ne pas croiser de camions de paille sur les routes et autoroutes de France. Ils étaient et sont toujours partout, sillonnant le pays depuis les zones céréalières jusqu'aux fermes d'élevage pour amener la précieuse marchandise. Précieuse, le mot n'est guère usurpé puisque ce produit s'est vendu à des tarifs déconnectés de sa médiocre valeur alimentaire. Pour autant, difficile de faire sans ! « Un peu plus de 1 million de tonnes de paille ont été contractualisées », indiquait début août la FNSEA sur son site en estimant à 600 000 tonnes les achats/ventes effectués à grande distance (plus de 300 kilomètres) entre les zones de production et de consommation. Des chiffres qui s'ajoutent au million de tonnes qui circule chaque année. L'une des difficultés réside dans le fait que des départements habituellement exportateurs de paille comme l'Indre et le Cher ont eu une production insuffisante par rapport aux besoins accrus de leurs élevages. La paille fait donc des kilomètres et une grosse part des volumes mobilisés vient du Bassin parisien. Nombre de céréaliers ont « joué le jeu » même si la redistribution des aides après le bilan de la PAC s'est traduite par des tarifs pour de la paille en andain négociés au-delà des préconisations entre 20 et 25 €/tonne.

Malgré la gratuité des péages, le transport pèse vite la moitié du prix de la paille, voire plus. Une coquette somme pour des exploitations dont les trésoreries sont souvent archi-tendues. (A. Conté)

Malgré la gratuité des péages, le transport pèse vite la moitié du prix de la paille, voire plus. Une coquette somme pour des exploitations dont les trésoreries sont souvent archi-tendues. (A. Conté)

Éloignement des zones d'approvisionnement

« Dans le Cantal, la paille vient habituellement du Tarn-et-Garonne, du Puy de Dôme ou du Berry. Cette année, elle viendra principalement du Gers, de l'Indre et Loire, de l'Aube, de l'Yonne, de la Marne, de la Somme et d'Espagne », indique par exemple David Boyer directeur de la FDSEA du Cantal. C'est d'abord cet éloignement des zones d'approvisionnement habituelles qui explique les tarifs. « Cette année, quand tu achètes de la paille tu achètes d'abord du transport ! », résume un participant à un forum consacré à ce sujet sur un site internet.
« Le transport est le noeud du problème », confirme Nancy Faure qui travaille sur ce dossier à la FNSEA. Au tarif indicatif de 20 à 25 € la tonne en andain sur le champ vient s'ajouter le prix du pressage (15 à 25 €), de la manutention (15 à 25 €) soit 50 à 60 € la tonne pour de la paille en bout de champ. Le reste du prix, c'est du transport avec pour un camion, des tarifs oscillant suivant les transporteurs entre 1 et 2 € du kilomètre. Tout dépend du tonnage que peut transporter le camion (12 à 22 tonnes), de la possibilité de ramener du fret pour réduire les voyages à vide et de la qualité du pressage. Des bottes insuffisamment serrées font vite exploser les prix.

Le transport en train n'est pas la panacée

Et le train ! Pour Luc Smessaert, membre du bureau de la FNSEA, le transport par train devrait concerner quelque 40 000 tonnes soit autour de 8 % des tonnages concernés par les transports longue distance. Le coût du transport en train a été négocié sur 5 sillons prioritaires par un accord national entre la SNCF et la FNSEA à 25 €/tonne. Mais comme les wagons n'arrivent pas dans la cour de l'exploitation, il faut encore rajouter des kilomètres effectués en camion. « Dans le Cantal, nous n'avons pas actuellement de gare qui accepte des marchandises. Certaines sont fermées ou en travaux. Pour le transport en train, il faut aller chercher la paille à Brioude en Haute-Loire. L'accès à bien des fermes est difficile. Il faut alors trouver des transporteurs avec de plus le problème de l'absence de fret pour le retour, ce qui renchérit le transport », ajoute David Boyer.

Source Réussir Bovins Viande Septembre 2011

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