Saga familiale : Quand le charolais « a blanchi » la Vendée

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Des générations de Batiot ont «fleuri» les charolais avant les concours. Histoire d'une saga familiale qui présida au berceau de la race en Vendée.

La passion du cheptel et le savoir-faire de ses ancêtres s'entendent encore dans les propos d'Armand, dernier de la lignée d'éleveurs-sélectionneurs aux Essarts, lorsqu'il raconte l'histoire de l'introduction des charolais chez les deux frères Batiot, dans les années 1870. Armand, arrière grand-père de son père Maurice, et Victor, frère du premier. L'un est agriculteur à Saint-Germain-de-Prinçay, le second au Bourg sous-La Roche.

Les deux compères, un peu pionniers dans l'âme, se rendent à l'une des Expositions universelles de Paris, où ils sont subjugués par les qualités de la race charolaise. « À cette époque, on n'élevait en Vendée que des Parthenaises. Les boeufs avaient de grandes qualités de traction pour les cultures et les femelles fournissaient lait et beurre à la famille et quelquefois le panier vendu au marché par la fermière. Les fermes étaient petites, conduites en auto-suffisance : on n'avait pas les moyens d'avoir deux races de bovins, une pour le lait, une pour la viande. »

C'est là que les frères Batiot ont l'idée de valoriser leur cheptel pour améliorer les qualités des bêtes à l'abattage : d'autres déjà avaient fait l'expérience de croiser la Parthenaise avec la limousine, la durham, la Maine-Anjou. Sans essais très concluants. « La limousine améliorée perdait au développement, avait le gabarit plus petit, un courage moyen au travail et surtout un caractère très vif. »

Savoir-faire du gras persillé

Armand et Victor achètent un taureau « blanc » dès 1878, font des croisements avec leurs Parthenaises. Précurseurs du genre, puisque personne ne l'avait tenté avant eux en Vendée. Ils poursuivent leurs efforts en faisant immigrer les premières génisses charolaises vers 1900, venues directement de la Nièvre. « Il y avait le rameau Nivernais, race mixte réputée pour la travail de la terre. Tous les céréaliers de la Beauce venaient s'approvisionner en animaux de traction dans la Nièvre. Un peu plus au sud, en Saône-et-Loire, la race charolaise était sélectionnée pour sa viande. Ces régions fournissaient traditionnellement des cheptels en maigre aux éleveurs. Elles n'avaient pas besoin de diversifier leur production et leurs terres se prêtaient moins aux cultures de céréales. Pour toutes ses raisons ils ne mettaient donc pas leurs bêtes à l'engraissement. »

C'est donc en Vendée, que l'on commença à «terminer» le charolais pour mieux le valoriser. Aujourd'hui encore, l'Ouest est réputé pour son savoir-faire du « gras persillé » qui donne son goût à la viande de Charolais. « Avec les veaux croisés des deux frères Batiot, certains éleveurs du cru, dont des voisins de Bournezeau au Thibeuf et les Frères Gendreau, commerçants au Poiré-sur-vie, prennent le train en route, étendant le rayonnement des cheptels croisés aux alentours. »

Parallèlement, la famille Batiot commence à élever de la race pure. En 1906, une première sélection est présentée aux comices de La Roche-sur-Yon. Suivra après-guerre la création du premier syndicat d'élevage de la race charolaise. Le « blanchiment » des troupeaux est en bonne voie : en 1929, 105 000 têtes croisées ou pures broutent au pays et vingt ans plus tard, les premières inséminations vont propager la sélection vendéenne.

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