Salers primeurs du Cantal : un premier lot qui confirme l’essai

PATRICIA OLIVIERI

La semaine dernière, les 38 premiers jeunes mâles engagés pour la filière salers primeurs ont été abattus avec des résultats qui ont pleinement convaincu industriel et distribution.

Il est un peu plus de 15 heures ce mercredi après-midi, sur le plateau de Saint-Cernin balayé par un vent froid. Un SMS vient d’arriver sur le téléphone portable de Dominique Langlois. Un message en provenance de l’abattoir d’Ussel(1) dont il s’empresse de dévoiler le contenu au groupe qui l’accompagne dans la visite du bâtiment du Gaec Duffayet à Cors : des responsables du groupe des Mousquetaires, des éleveurs de la FNB (Fédération nationale bovine) et des élus de la Chambre d’agriculture. “Trois cent ving-cinq kilos de poids carcasse en moyenne, 66 % d’animaux classés R et même 4 broutards en U : on est exactement dans notre cible !” se félicite le patron de SVA-Jean Rozé qui vient de découvrir les résultats du premier lot de broutards salers primeurs abattus le matin même en Corrèze.

Après avoir assisté à l’abattage des premiers salers primeurs à Ussel éleveurs, industriel (SVA), distributeurs (Intermarché) ont visité l’exploitation de Lionel Duffayet et Brigitte Troucellier. Cette semaine, ils devaient poursuivre avec un détour au rayon boucherie.

Objectif 3 000 voire même 5 000 têtes

Des chiffres d’autant plus prometteurs que cette fois, la démarche n’en est plus à la phase de test mais bien à la mise en production de cette toute jeune filière avec 38 premiers JB  primeurs issus de six élevages cantaliens abattus le 13 novembre et dont la viande devrait bientôt se retrouver sur les étals des magasins Intermarché. “Nous avons contractualisé avec 50 producteurs pour 800 bêtes, l’objectif est de monter à 3 000 animaux mais ça pourrait rapidement être 5 000. Pour le moment, c’est un projet réussi, on est content”, assure le patron de SVA. Car ce dernier l’a dit et redit : sa société a besoin de conforter et sécuriser ses approvisionnements. Et si l’industriel est autant soucieux d’assurer sa matière première, c’est que du côté de son partenaire de la grande distribution, la demande est réelle et pérenne : “On a géré des excédents pendant des années. Là, on entre dans une ère où on va devoir gérer la pénurie”, affiche André Mauger, adhérent Intermarché et responsable de la filière viande pour le groupe de distribution qui compte 1 800 adhérents et quelque 1 400 rayons de boucherie traditionnelle. Un approvisionnement en viande encore plus essentiel pour Les Mousquetaires qui ont fait de la boucherie un rayon stratégique, en faisant le choix de conserver une approche traditionnelle et des hommes derrière des barquettes. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si dans une conjoncture nationale qui affiche - 2 % sur les ventes 2013 en viande bovine, l’enseigne se démarque de ses concurrents avec des volumes en hausse de 2 %. Et le broutard salers primeur est vu comme le mouton à cinq pattes qui manque à la filière : poids, rendement, état d’engraissement, couleur, “on est sur un segment qui correspond parfaitement à ce qu’on veut, c’est-à-dire à un produit milieu de gamme”, précise Dominique Langlois qui ne cache pas que selon les perspectives de marché, ces broutards primeurs pourraient aussi voyager vers le Portugal ou d’autres destinations. Et que des animaux un peu plus lourds pourraient aussi en- trer dans la démarche. “On va y travailler avec la Chambre d’agriculture, c’est pour tout le monde un gage de transparence”, fait valoir Dominique Langlois.

3,90 € du kilo carcasse

Dans les rangs des producteurs, le satisfecit est aussi de mise au vu des résultats détaillés des abattages : 325 kg carcasse de poids moyen, 24 % d’animaux classé O, 66 % en R, 11 % en U, un rendement moyen de 58 % et un prix payé moyen qui atteint 3,90 € kg carc. Soit 14,90 F en équivalent vif, précise Bruno Dufayet, président de la section bovine de la FDSEA. 14,90 F (2,27 €) à comparer à la cotation actuelle des salers purs classés R : 13,60 F (2,07 €). “On est vraiment satisfaits de ces résultats qui nous confortent dans l’idée qu’on peut ramener de la valeur ajoutée dans les élevages salers. L’opérateur est aussi convaincu de l’intérêt de cette production pour son entreprise tout en étant conscient qu’il faudra du temps. À nous éleveurs de nous poser la question d’aller chercher cette valeur ajoutée et d’accorder autant d’importance à la valorisation de nos produits qu’au prix du foncier...”, lance Bruno Dufayet, qui relève aussi une certaine hétérogénéité des performances selon les animaux. D’où pour lui l’importance de l’accompagnement technique engagé avec les services de la Chambre d’agriculture. “C’est aussi un moyen de faire progresser plus rapidement la race”, avance Gilles Amat, élu de la Chambre d’agriculture. “Et on fait la démonstration qu’engraisser en montagne, c’est possible”, complète Lionel Duffayet, président des instances raciales qui, pour l’heure, a engagé 22 broutards dans la démarche. (1) Qui s’est rapproché du groupe SVA pour abattre des salers primeurs.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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