Sécheresse et prix des céréales à la hausse : Nouveau coup dur pour le monde de l'élevage

Claudine Gérard, Pascal Le Douarin et François d'Alteroche

Après la sécheresse, la récente flambée du prix des céréales et ses probables répercussions sur le prix de l'aliment constituent une nouvelle source d'inquiétude.

L'accalmie enregistrée depuis l'an dernier sur le prix de l'aliment du bétail pourrait bien n'être que de courte durée. La sécheresse, la canicule, puis les incendies non maîtrisés qui ont sévit cet été en Russie ont fait flamber le prix des céréales et risquent à nouveau de mettre les filières de productions animales sous pression.
Tout est donc parti de la vague de chaleur qui a frappé l'Europe de l'Est (Allemagne, Russie, Ukraine, Kazakhstan…) à partir du début du mois de juillet. Initialement prévue aux alentours de 85-90 millions de tonnes, la récolte russe était mi-août annoncée aux environs de 60-65 millions de tonnes, contre 97 l'an dernier. Celle de l'Ukraine à 18 millions de tonnes au lieu de 21. Or, la région de la mer Noire est une zone qui pèse lourdement dans le commerce international. D'après Agritel, avec 14 % des volumes mondiaux échangés, la Russie est le troisième acteur mondial en blé (18 Mt). Afin de privilégier son marché intérieur, ce pays est assez prompt à fermer ses frontières. Annoncé le 5 août par le Premier ministre Vladimir Poutine, l'embargo russe sur les exportations de céréales est entré en vigueur le 15 août et il est prévu qu'il perdure au moins jusqu'au 31 décembre prochain sans exclure de le prolonger au-delà. Après avoir elle aussi annoncée le 17 août qu'elle entendait réduire ses exportations, l'Ukraine a finalement reporté la prise de cette éventuelle décision.

Spéculateurs à l'affût

A cette crainte de pénurie, est venu s'ajouter l'effet amplificateur de la spéculation. « Comme en 2007, ce sont surtout les spéculateurs qui font flamber les cours, se lamente Hervé Vasseur, président de l'Association des fabricants d'aliments bretons (Afab), d'autant que le marché des actions n'est pas très bon. » Or, le marché boursier des grains impacte directement le marché physique, y compris français. Ce qui explique la progression du cours du blé rendu Rouen de 125 euros la tonne début juillet à plus de 200 euros début août. « Le blé a presque doublé en quatre semaines. C'est du jamais vu ! » renchérit le fabricant. Même en 2007, cela n'avait pas eu lieu aussi rapidement.
Le blé entraîne dans son sillage les autres céréales à paille, le maïs et même le soja. « Les enseignements de la crise de 2007 n'ont pas été tirés », regrette Hervé Vasseur. « La situation actuelle met une fois de plus en évidence les effets négatifs d'une trop grande volatilité des prix des matières premières entretenue par une active spéculation, et l'intérêt que représentent pour les acteurs économiques, le maintien et la création d'outils de régulation de marché à l'échelle européenne » souligne de son côté le Syndicat national de l'industrie de la nutrition animale.
Pendant que les spéculateurs spéculent, la plupart des observateurs relativisent la crainte d'une pénurie de céréales au niveau mondial. Au moins à court terme. Alors, réel danger ou panique injustifiée ?

Source : La Dépêche

Source : La Dépêche

 

DE belles récoltes aux Etats-Unis

D'après eux, il convient de temporiser l'impact de ces aléas climatiques à l'Est. Par ailleurs, les États-Unis annoncent de belles récoltes en volume et en qualité et se disposent à compenser les défaillances du bassin de la mer Noire auprès des pays importateurs. Contrairement à 2007, les stocks mondiaux ne sont pas au plus bas. Jean-Michel Adenot, directeur de la coopérative Garun-Paysanne dans les Côtes-d'Armor fait les comptes : entre juin 2007 et juin 2008, les stocks mondiaux de céréales étaient estimés à 63 jours et l'on parlait de pénurie. En juin 2009, ils étaient de 77 jours et les prix baissaient. Et pour juin 2011, les estimations sont de 76 jours « donc pas de quoi justifier une envolée des prix ! ». De même, mi-août, le Conseil international des céréales prévoyait, malgré la baisse de la moisson mondiale 2010, un stock de report des céréales de 192 millions de tonnes, le deuxième le plus élevé de ces cinq dernières années.

 

Répercussions à moyen terme

Reste que si les fabricants d'aliment ont l'habitude de lisser leurs achats de matières premières avec des échéances plus ou moins lointaines, ils sont impuissants face à la brutalité de telles variations. L'impact réel sur le prix de l'aliment sera certes moindre que sur celui des céréales, mais il s'accroîtra au fur et à mesure des semaines. « Au bout de leurs possibilités en termes de compression de marge et de facilités de trésorerie aux éleveurs, les fabricants n'auront pas d'autres possibilités que de répercuter ces hausses sur leurs tarifs d'aliment » averti Jacques Poulet de Coop de France. Reste ensuite à savoir si cette hausse des coûts de production pourra être répercutée à l'aval ?

Source Réussir Bovins Viande Septembre 2010

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