Suivi épidémiologique : Syndrome de diathèse hémorragique du jeune veau : un suivi mis en place en Creuse

Dr Didier GUERIN

Suivi épidémiologique : Syndrome de diathèse hémorragique du jeune veau : un suivi mis en place en Creuse

Un nouveau syndrome hémorragique du veau semble émerger. Un suivi est mis en place en Creuse pour savoir si ce syndrome est présent et pouvoir mieux en cerner les causes en cas de présence.

Un syndrome de diathèse hémorragique (troubles de la coagulation) du veau est décrit depuis plus d'un an dans plusieurs pays européens. Les causes restent inconnues.

Un syndrome identifié dans plusieurs pays européens

Ce syndrome affectant les veaux de races allaitantes et laitières, a été identifié en Allemagne, puis en Belgique, aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne (Angleterre, Écosse, Pays de Galles) et en Italie. En France, des cas ont été observés par des vétérinaires praticiens dans de nombreux départements. Une première série d'observations concernant 42 cas confirmés en France a été publiée par l'Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse. Il est actuellement difficile de savoir s'il s'agit réellement d'un nouveau syndrome et d'estimer l'ampleur de son émergence.

Un tableau hémorragique sur des veaux âgés de deux à trois semaines

Ce syndrome concerne des animaux nés parfaitement normaux et âgés en général de deux à trois semaines lorsqu'ils présentent les signes d'atteinte. Les principaux symptômes observés ont été, par ordre de fréquence décroissante, des hémorragies punctiformes sur les muqueuses (gencive, 3ème paupière, muqueuse vulvaire), des sueurs de sang, une hyperthermie (>39,8°C), une augmentation du temps de saignement (observée notamment lors d'injection), une pâleur des muqueuses, du sang dans les fèces, une augmentation de la fréquence respiratoire. L'hématurie (sang dans l'urine) ou l'épistaxis (sang dans le jetage) ont été rares pour les cas rapportés. Des symptômes de bronchopneumonie ou d'infection du nombril ont été également observés.

Une évolution le plus souvent fatale

En fin d'évolution, le veau est léthargique, incapable de se lever seul et la température rectale décroît. La durée d'évolution individuelle est brève (quelques heures à 72 h), à partir des premiers symptômes. La terminaison dans 90% des cas a été la mort naturelle ou par euthanasie in extremis. Une survie à 30 j après les 1ers symptômes a été observée sur environ 10% des cas. Différents traitements ont été tentés transfusion, antibiothérapie à large spectre, corticothérapie. Dans l'état actuel des données, aucun d'entre eux n'a semblé modifier significativement l'évolution. A l'autopsie, les lésions hémorragiques sont observées sur la plupart des organes de la cavité thoracique et abdominale, sous forme de pétéchies, de suffusions, parfois de larges plages hémorragiques.

Une baisse importante des globules blancs et des plaquettes, des recherches virales négatives

Les examens hématologiques font apparaître une baisse importante des globules blancs (<2.500 par mm3) et des plaquettes (<80.000 par mm3) et une anémie sévère (hémoglobine < 80 g/L). Ces résultats hématologiques suggèrent une aplasie médullaire. Ce qui a été confirmé après examen de la moelle osseuse. Les examens virologiques BVD et fièvre catarrhale se sont révélés négatifs sur l'ensemble des veaux prélevés. Les résultats des recherches bactériologiques et mycologiques ont été non-significatives ou ont permis de mettre en évidence des pathogènes spécifiques associés à des lésions inflammatoires, par exemple de bronchopneumonie, leur développement a été interprété comme consécutif à la baisse des globules blancs et à l'aplasie médullaire.

Une origine toujours inconnue

Ces différents résultats suggèrent que les veaux sont exposés au facteur responsable de l'aplasie médullaire, sur une période très proche de la naissance. Sans démonstration formelle, le colostrum pourrait jouer un rôle majeur comme vecteur du facteur à l'origine de l'aplasie médullaire (agent pathogène, toxique, effecteur immunitaire). Par contre, le rang de vêlage n'a aucune influence. La maladie est rencontrée aussi bien chez les multipares que chez les primipares. Dans les conditions d'actualité sanitaire, on ne peut s'empêcher de rapprocher l'émergence du syndrome hémorragique du jeune veau, de la vague d'infection par le virus de la fièvre catarrhale et de la campagne de vaccination qui s'en est suivie. Ces deux éléments ne se retrouvent pas présents de manière systématique dans les cas observés. Certains ont été identifiés avant l'épizootie et avant la vaccination. Ainsi, il est certain que cette affection a été observée, il y a quelques années, en Allemagne, en Belgique ou en France, sous forme sporadique. Par contre, on observe actuellement une augmentation du nombre de cas en Europe. De même, ce syndrome a été récemment décrit en Amérique du Nord.

Le suivi et les modalités de recueil des données

Les critères d'alerte pour ce syndrome vont être des veaux âgés d'une à trois semaines présentant des hémorragies sur trois sites (gencives, 3ème paupière, muqueuse vulvaire, sueurs de sang, sang dans les fèces…). Face à cette situation, l'éleveur est invité à contacter son vétérinaire qui :
• Réalisera une prise de sang pour hématologie.
• Pratiquera une autopsie en cas de mortalité du veau. En cas de possibilité de réalisation de l'autopsie au LDA, un prélèvement de moelle osseuse sera effectué.
• Remplira un questionnaire apportant des informations sur le veau malade, la vache mère, le taureau ainsi que l'élevage d'origine.

Une mobilisation de GDS Creuse, des vétérinaires et du LDA ; une coopération avec l'Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse

Face à cette probable émergence d'un syndrome hémorragique sur des veaux âgés de 2 à 3 semaines, une connaissance plus approfondie est nécessaire tant en matière d'importance que de caractéristiques des élevages où il est présent. C'est la raison pour laquelle un suivi épidémiologique est mis en place sur notre département par GDS Creuse, les vétérinaires et le Laboratoire Départemental d'Analyses en relation avec l'Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse. Pour toute information complémentaire, n'hésitez pas à contacter votre vétérinaire ou GDS Creuse.

Source Groupement de Défense Sanitaire de la Creuse

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