Trois-quarts de viande irlandaise chez MacDonald’s

Delphine Barel

Les producteurs attendent de l’ensemble des acteurs de l’aval de la filière une stratégie de valorisation de la viande bovine française, et en conséquence la mise en avant du logo VBF.
Les producteurs attendent de l’ensemble des acteurs de l’aval de la filière une stratégie de valorisation de la viande bovine française, et en conséquence la mise en avant du logo VBF.

Vendredi dernier, des éleveurs de la FNSEA 44 et de JA 44 se sont mobilisés pour vérifier l’origine de la viande bovine servie au MacDonald’s de la Beaujoire à Nantes. Le constat est alarmant : les trois-quarts de la viande sont d’origine irlandaise et aucune traçabilité n’est garantie aux consommateurs.

Début 2013, suite au scandale des plats préparés, de nombreux opérateurs de la filière viande bovine avaient pris des engagements pour un approvisionnement total en viande bovine d’origine française. À la demande des éleveurs, des enseignes de la grande distribution, telles que Carrefour ou Intermarché, mais aussi des marques nationales comme Findus, avaient également pris cet engagement du « 100 % origine France » pour leurs vian­des préparées, transformées ou cuisinées, garantissant alors la traçabilité et la qualité des produits.

Six mois après ces annonces et face au contexte actuel, l’heure du bilan a sonné. À l’appel de la Fédération nationale bovine (FNB), des éleveurs de la FNSEA 44 et de JA 44 se sont rendus vendredi dernier au restaurant MacDonald’s de la Beau­joire à Nantes afin de vérifier l’application de ces engagements.

« Les producteurs attendent de l’ensemble des acteurs de l’aval de la filière une stratégie de valorisation de la viande bovine française et en conséquence la mise en avant du VBF ! Cette mise en avant de VBF doit s’observer sur les viandes bovines en grandes surfaces, en boucheries et en restauration », explique Alain Bernier, président de la FNSEA 44 « Les restaurants MacDonald’s communiquent sur le fait qu’ils s’approvisionnent essentiellement en viande bovine française, nous venons donc vérifier ! ».

Manque de visibilité et de lisibilité

Après une visite des frigos du restaurant, les éleveurs ont malheureusement constaté que 75 % de la viande bovine utilisée pour la préparation des sandwiches étaient d’origine irlandaise.

« L’affichage réglementaire « origine France/Irlande » dans un coin du restaurant n’est pas suffisant. L’indication de l’origine de la viande n’est pas visible et lisible pour le consommateur comme le prévoit la réglementation. Le consommateur ne peut par conséquent connaître la part de viande française de la part de viande étrangère », déplore Mickaël Trichet, responsable viande bovine de la FNSEA 44.

Le logo « VBF » (Viande Bovine Française) apposé à un produit alimentaire contenant de la viande bovine assure au con­sommateur que cette viande est d’origine française. Ce logo est gage de traçabilité et de qualité, avec l’assurance d’un animal né, élevé et abattu en France. « Quand on parle de VBF se sont derrière, des installations, des producteurs, qui vivent de leur métier et qui le font avec passion en respectant les normes réglementaires, et des emplois », souligne David Moisan, responsable viande bovine de JA 44.

« Le consommateur doit être mieux informé de l’origine des produits qu’il con­som­me », demandent les éleveurs. Ce que partagent le directeur et le franchisé du restaurant, tout en rappelant que « McDonald’s France est le plus gros acheteur de viande bovine française sur le marché du steak haché pour la restauration. En effet, l'enseigne achète plus de 20 000 tonnes de viande française par an, et ce depuis plus de 10 ans. Mais ce marché français n’est pas suffisant pour répondre à la demande nationale des restaurants MacDonald’s ».

Des importations pour faire baisser les prix

« L’offre est pourtant suffisante en France. », rétorque Mickaël Trichet. « Les opérateurs utilisent les importations de viandes comme des outils, des forces de frappe, pour faire baisser les prix. Dans le cas présent, l’entrée sur le marché français de gros volumes de viande irlandaise à un instant T déstabilise le marché. La résultante est directe : la pression est mise sur nos entreprises françaises et les cours chutent ! Cette baisse des prix est insupportable ! »

 Les engagements pris en début d’année par les opérateurs pour un approvisionnement en vian­de bovine française ne sont donc pas tenus. « Clairement, les opérateurs voudraient que la viande bovine soit du minerai. Nous, producteurs français, nous ne le voulons pas ! C’est pour cela que nous nous battons sur la traçabilité », poursuit l’éleveur.

Nouvelles actions

Ce genre de visite de « courtoisie » pourra se répéter par les producteurs de viande bovine de la FNSEA 44 et de JA 44 dans les semaines à venir. « La mobilisation est nécessaire pour le respect d’un approvisionnement en viande bovine française. Aucun acteur ne sera oublié ! »

Traçabilité non garantie

Pour un sandwich spécifique, le restaurant MacDonald’s s’engage à donner la traçabilité au consommateur en moins de 8 heures. Les éleveurs ont donc fait la demande pour le « big tasty », et voici la réponse du franchisé du MacDonald’s de la Beaujoire, reçue par messagerie : « Comme vous nous l'avez demandé, je vous informe que les steaks hachés du lot sur lequel vous m'avez interrogé ont été fabriqués à Orléans à partir de viande irlandaise fournie par l'abattoir Kildare chilling. »

Cette réponse imparfaite est inacceptable pour les éleveurs, qui ne peuvent que déplorer une traçabilité non garantie par les restaurants MacDonald’s. La véracité des informations communiquées aux consommateurs n’est pas prouvée sans justificatifs à l’appui : étiquettes, factures, bons de livraison…

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