Une production de viande en décalage avec la demande, cause de revenus trop bas

Crédit-Agricole

Une production de viande en décalage avec la demande, cause de revenus trop bas

Cette situation risque d’aggraver la dégradation progressive du revenu des éleveurs de bovins à viande depuis maintenant 4 années.

Une production de viande en décalage avec la demande, cause de revenus trop bas
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Déjà inférieur du tiers au revenu moyen agricole en 2012, le résultat net ramené à l’actif non salarié se réduit les deux années suivantes de plus de 15 % par an, pour retrouver le niveau de 2009-2010. C’est en 2010 qu’avait été mise en oeuvre le premier report d’échéance bénéficiant, dans le cadre du Plan de Soutien Exceptionnel à l’Agriculture (PSEA), d’une aide publique conséquente (650 M€). Les professionnels s’étaient alors émus du fait que les mesures prises à l’époque ayant pour conséquence un report de la charge de remboursement sur les années ultérieures, cette solution ne pourrait être reconduite avant longtemps. Il faut donc trouver de nouvelles pistes.

 

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Mais il convient aussi de rappeler que les causes de ce marasme sont connues, au premier rang desquelles la divergence persistante - et qui va en s’aggravant - entre l’offre et la demande. Dans un contexte de stagnation des volumes consommés en France, celle-ci continue de faire la part belle à la viande hachée, consommée sous forme de steaks ou se prêtant à des préparations variées : près de 40 % du volume total, constatent les transformateurs. Cette demande contribue à dégrader la valorisation globale de la carcasse car sa progression se fait en utilisant de plus en plus les quartiers les plus « nobles », en principe mieux valorisés, de la partie arrière des animaux. L’éleveur de race à viande peine d’autant plus à valoriser sa production, fruit d’un mode traditionnel de sélection « au sein du troupeau » ainsi que d’une conduite qui se veut le miroir de son terroir, que l’élevage laitier fournit sa part de la ressource, avec la viande issue des réformes, vaches laitières arrivées en fin de carrière, qui ne sont pas autre chose qu’un produit accessoire du lait.

Or aujourd’hui, les 2/3 des carcasses de vaches proviennent de races à viande (2), une proportion qui s’atténue quand on y ajoute la viande de jeunes bovins - taurillons et génisses – et le bœuf. Mais les livraisons annuelles d’animaux proviennent pour environ 56 % des races allaitantes - tant en nombre qu’en volume, après que les broutards allaitants soient envoyés en grande majorité achever leur engraissement en Italie. Et si on ne tient pas compte des veaux de boucherie, viande à part, la proportion approche les 60 % de ce que l’élevage français livre à la consommation domestique…

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(2) Source Interbev, « l’essentiel de la filière viande bovine française 2015, diaporama p 17.

Une production de viande en décalage avec la demande, cause de revenus trop bas

Le cheptel allaitant est-il trop important

Aujourd’hui, se pose clairement la question de l’opportunité de préserver à son niveau actuel le cheptel allaitant le plus important d’Europe, nettement devant l’Espagne, la Grande-Bretagne et maintenant l’Irlande. Ce dernier pays, avant tout laitier, a fait clairement le choix de profiter de la fin des quotas pour développer de façon considérable sa production en vue des marchés émergents (3). Mais son climat le prédispose à une pousse naturelle d’herbe particulièrement importante, ce qui constitue un avantage évident pour promouvoir aussi les élevages à viande. Et les professionnels irlandais ne se privent pas de développer aussi ce type d’élevage, qui produit chez eux à moindre coût. Les débouchés traditionnels de la filière allaitante en matière d’animaux vivants voient grandir l’incertitude quant à leur développement, voire à leur pérennité. Le grand marché export des jeunes animaux maigres destinés à la finition en ateliers d’engraissement italiens ou espagnols se contracte, conséquence à la fois de la crise économique vécue par nos voisins en 2009- 2010, mais aussi d’un changement lent mais profond et régulier des habitudes alimentaires dans ces pays. En outre, il est de plus en plus concurrencé par d’autres provenances européennes (Pologne). Les exportations d’animaux vivants finis vers les pays du Maghreb et du Moyen-Orient offrent, pour leur part, des opportunités souvent intéressantes mais très imprévisibles, fluctuantes et tributaires des turbulences géopolitiques.

Voir tout le dossier PRISME n° 15 - Novembre 2016 - l'analyse de la conjoncture agricole et agroalimentaire : ici

 

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