Viande bovine : crise des prix ou crise des coûts

Conseil National CERFRANCE POSTEC

Viande bovine : crise des prix ou crise des coûts

L’été 2015 restera marqué par les manifestations d’éleveurs bovins devant les abattoirs. Les prix sont montrés du doigt mais est-ce l’élément principal en viande bovine ?

Viande bovine : crise des prix ou crise des coûts

Les tensions étaient vives cet été dans tous les secteurs de l’élevage, alimentées par la crise porcine. À y regarder de plus près, on constate qu’entre les deux espèces, les causes de mécontentement sont différentes. En porc, c’est clairement la chute des prix qui précipitent les producteurs dans une situation intenable pour certains d’entre eux. En viande bovine, l’effet des prix sur la crise révélée par les éleveurs est beaucoup moins évident.

 

Les prix de toutes les catégories, que ce soit en gros bovins ou en maigres sont supérieurs en 2015 à ceux observés en 2014. Le début de l’année avait été plus difficile dans la continuité de fin 2014, mais depuis le mois de mai, la courbe des prix à la production est au-dessus de 2014. Et pourtant la crise exprimée par les éleveurs n’en est pas moins violente. 

N’assistons-nous pas plutôt à une crise des coûts entraînant des difficultés lourdes de trésorerie plutôt qu’à des prix de marché dépréciés ? Nombre d’éleveurs ont fortement investi dans les dernières années notamment dans l’agrandissement de leur outil de production. Plus d’animaux par unité de main-d’œuvre, cela nécessite des bâtiments rénovés et le matériel d’élevage en conséquence. Cette inflation des investissements n’est pas répercutée dans les prix à la vente. Les éleveurs se retrouvent devant le classique ciseau des prix, et ont exprimé leur détresse cet été. 

La question est de savoir s’il y a des alternatives aux conditions d’élevage telles qu’elles sont pratiquées en France. Sur ce plan, force est de constater qu’un déficit de solutions techniques, ne permet pas aux éleveurs d’envisager d’autres conduites de troupeaux que celles qu’ils maîtrisent actuellement mais qui sont certainement trop coûteuses par rapport à ce que le marché peut rémunérer. La concurrence entre les viandes ne permet pas de valoriser beaucoup plus les prix à la production tels qu’ils sont affichés aujourd’hui. Et c’est bien dommageable pour les éleveurs. Le système bovin viande peut difficilement s’affranchir d’une conduite autonome économe (minimisation des coûts, notamment de structure) avec une productivité de travail (tonnes de carcasses produites par éleveur) suffisante ou d’une différenciation forte.

Marché du maigre

11 septembre 2015, la FCO frappe à nouveau la France et vient bouleverser les tendances du marché du maigre qui semblait plutôt favorable depuis le début d’année 2015.

FCO (fièvre catarrhale Ovine : maladie touchant également les bovins)

Un marché dynamique

Les exportations d’animaux maigres ont progressé de 10 % sur les 7 premiers mois de 2015, portées par la Turquie qui devient le troisième pays importateur de broutards français. Les récoltes fourragères moins abondantes, le maintien des cotations et la demande plus forte sur les animaux légers ont encouragé les éleveurs à vendre plus tôt dans la saison. Ce contexte laissait présager une fin d’année plutôt positive avec un afflux automnal d’animaux moins important, mais c’était sans compter sur les aléas sanitaires. 

FCO, trublion

La découverte d’un cas de FCO dans l’Allier a immédiatement engendré la mise en place d’un zonage de protection pour contrôler la circulation des animaux. Depuis, la zone ne cesse de s’étendre et concerne au 15 octobre une trentaine de départements, fortement spécialisés dans le naissage. Cet événement a des répercussions importantes. Les animaux destinés à l’exportation sont condamnés à rester dans les exploitations, le temps de mettre en œuvre les protocoles de vaccination. Les éleveurs vont devoir gérer des stabulations pleines et des granges vides. D’autre part quelle va être la position des pays importateurs face à des broutards plus lourds et face au risque sanitaire ? Aujourd’hui l’Algérie, la

Turquie et l’Italie refusent d’acheter des animaux qui proviennent des zones réglementées. Le blocage des échanges et la concentration des mises en marché pourraient se traduire par un effondrement des prix. Les difficultés de trésoreries rencontrées par les éleveurs vont se renforcer. Les éleveurs peinent à faire face aux différents engagements pris en amont : investissements et charges alimentaires. La vigilance est actuellement au cœur des exploitations qui puisent sur des réserves de trésoreries le plus souvent inexistantes. 

Les événements à suivre en 2016

• Le positionnement des différents pays importateurs (Turquie, Algérie, Italie) suite à la FCO.

• Les conséquences commerciales de la FCO sont à surveiller mais également ses effets sur la reproduction des troupeaux et le niveau de perte dans les élevages.

• La Turquie est en discussion avec le Brésil sur un protocole d’importation d’animaux maigres. Un tel contrat peut avoir des répercussions sur les ventes françaises. Une attention particulière devra être portée sur l’évolution du contexte géopolitique.

• De nouvelles opportunités à l’export pourraient arriver : levée de l’embargo ESB en Arabie saoudite, discussion en cours avec la Chine, L’Égypte… Les événements de 2015 sont révélateurs des fragilités structurelles des entreprises et de leur précarité face aux aléas qu’ils soient conjoncturels, climatiques ou sanitaires : sommes-nous devant une crise de modèle ?

Source : CERFRANCE ; experts : Nahalie Velay, Jacques Mathé, Guillaume Marval - veille économique agricole - lettre n° 43 - 2015

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Commentaires 2

jb

Personne ne parle non plus de l augmentation des charges de structure

sam 03

Les difficultés de trésorerie viennent sans doute du retard de paiement de la PAC 2015, les indemnités sécheresse qui je le rappelle ne sont toujours pas payés en février 2016.

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