Agneaux : la filière saura-t-elle répondre aux exigences des nouveaux modes de consommation

Nathalie VELAY

Agneaux : la filière saura-t-elle répondre aux exigences des nouveaux modes de consommation

Le cours des agneaux a progressé depuis quelques années pour atteindre un niveau« record » en avril 2014, à 6,79 €/Kg de carcasse (entrée abattoir). Cette conjoncture favorable n’a pas été suffisante pour améliorer la situation économique des éleveurs. Parallèlement, le coût alimentaire a progressé de 15% en 2 ans ; ce dernier représentant environ 2 €/kg de carcasse. Les résultats économiques 2013 s’en trouvent par conséquent affectés et restent en queue de peloton des productions agricoles. Ce manque de rentabilité récurrent renforce souvent la position des éleveurs, qui, face à l’arbitrage main-d’oeuvre et/ou investissements, sacrifient ou diminuent l’atelier ovin… L’histoire d’une filière qui, depuis plus de 30 ans, perd son cheptel…

Agneaux : la filière saura-t-elle répondre aux exigences des nouveaux modes de consommation

Des cours soutenus par un manque d’offre

Le manque de disponibilités en agneaux s’explique à la fois par un repli structurel de la production ovine française et par une baisse des importations de l’ordre de 30% depuis 2009. Face au manque de dynamisme du marché français, les exportateurs historiques semblent se désengager du territoire national. Les Irlandais et les Britanniques ont baissé de 6 % leurs envois de viande fraîche en 5 ans. La Nouvelle-Zélande réoriente aujourd’hui ses exportations vers des zones plus demandeuses, telles que l’Asie, le Proche et Moyen-Orient (les importations vers l’UE ont fléchi de 190 000 tonnes en 2008 à et 140 000 tonnes en 2012). Selon FranceAgriMer, 2014 n’échapperait pas à cette tendance : les importations sont annoncées en baisse de 3% et la production indigène devrait diminuer de 1% en tec (tonnes équivalent carcasse).

Agneaux : la filière saura-t-elle répondre aux exigences des nouveaux modes de consommation

Quand le manque de disponibilité limite la consommation

Moins d’agneaux produits et moins d’agneaux importés, c’est aussi moins d’agneaux consommés ! Le manque de disponibilités sur les étals, le pouvoir d’achat en berne entraînent pour la 8e année consécutive une baisse de la consommation de viande ovine. L’agneau est enfermé dans l’image d’un produit festif, traditionnel, cher, difficile à cuisiner et donc boudé par les (jeunes) consommateurs. La modernisation du produit et l’élargissement des modes de valorisation deviennent un enjeu fort pour répondre aux nouvelles attentes des citoyens, qui entre autre, recherchent des produits fonctionnels, rapides à préparer. L’intégration de cette demande dans la stratégie de l’offre est indispensable. Or, aujourd’hui, malgré la mise en place de la démarche Agneau Presto en 2008, les produits élaborés en viande ovine ne représentent que 4% des volumes (cf. tableau ci-contre).

L’enjeu relève du marketing, mais pas seulement. Développer des produits finis signifie avoir des outils industriels capables de transformer à moindre coût la viande. Or, aujourd’hui, le paysage de l’aval, c’est essentiellement des abattoirs de petite taille, dispersés sur le territoire… à l’image de la production. La diminution régulière du cheptel a des répercussions sur l’approvisionnement de ces outils, sur le coût d’abattage (qui reste très supérieur à celui des bovins) et sur la capacité financière à développer des processus d’industrialisation permettant de travailler des produits élaborés.

 

Agneaux : la filière saura-t-elle répondre aux exigences des nouveaux modes de consommation

La structuration de la filière semble en marche

La structuration de la filière est cependant amorcée, poussée notamment par les conditions d’agrément des OP. Elles obligent les groupements à justifier d’une activité économique suffisante (commercialiser au minimum 40 000 agneaux et/ou ovins de réformes) et cela depuis le 1er janvier 2013. Rappelons aussi que la filière est précurseur (2010) dans la mise en oeuvre de la contractualisation qui permet, par un prévisionnel de mise en marché, une plus grande lisibilité de l’offre.

Mais, fondamentalement, la professionnalisation des élevages ovins est une des clés pour assurer l’avenir de cette filière. Il s’agit à la fois de moderniser les ateliers, optimiser la taille des structures, gagner en technicité, en productivité, limiter l’atomisation des entreprises sur le territoire, pour être économiquement viable et durable.

Mais l’équation est complexe car, depuis toujours, cette production est un atout majeur dans la valorisation des milieux naturels contraignants et des espaces à haute valeur écologique. Alors assurer le potentiel de production nécessaire à faire tourner une filière économique sera-t-il compatible avec les enjeux territoriaux, sociaux et environnementaux ?

 

Source : CERFRANCE - Lettre Veille Économique Agricole - décembre 2014 - N°40

 

 

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Commentaires 1

lachevrevache

Beaucoup de particuliers donc non professionnels déclarés, en élèvent et en vendent de la main à la main dans un cercle restreint, familial ou local. Faut-il s'en plaindre? Certainement pas! C'est une production de qualité, avec des animaux bien traités, qui entretient des coins de campagne, et le bonheur d'y vivre. De même pour beaucoup de volailles et lapins. Ces petits élevages et le savoir-faire seront toujours là quand la production industrielle n'aura plus les moyens de ses ambitions et aura fini de scier la branche qui la soutient

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