Bâtiments d'élevage : Concevoir une chèvrerie adaptée et évolutive

Damien Hardy

La construction d'une chèvrerie engage des sommes financières importantes et sur suffisamment longtemps pour prendre le temps de bien réfléchir à sa conception.

La construction d'un bâtiment engage l'élevage pour une cinquantaine d'années. Il est capital de bien le concevoir dès le départ. Un temps de réflexion est donc nécessaire avant d'entreprendre les plans puis les premiers coups de pioche.
Le lieu d'implantation est la première question à se poser pour une installation ou une délocalisation de la production. Quitte à commencer sur un espace vierge, autant voir grand. En plaine, un terrain d'au moins un hectare et demi permet d'implanter sereinement la chèvrerie mais permet aussi d'imaginer plus tard un agrandissement ou la création d'autres bâtiments de stockage ou d'élevage des chevrettes. « Il faut se projeter dès le début dans l'avenir pour penser à l'agrandissement possible, à la transmissibilité de l'exploitation et à une éventuelle reconversion » explique Christophe Béalu, conseiller en bâtiment caprin à la chambre d'agriculture des Deux-Sèvres. « Mais si le bâtiment doit être évolutif, il doit être adapté à la taille du troupeau » tempère Jean-Yves Blanchin, du service bâtiment à l'Institut de l'élevage. « A l'installation, il est important de soigner le bâtiment des chevrettes car c'est là que se préparent les résultats de demain » renchérit l'expert. « Pour les fromagers, il est important d'investir correctement sur un atelier de transformation pratique et fonctionnel quitte à économiser provisoirement sur le bâtiment d'élevage. ».

Si la réglementation actuelle impose d'être à plus de 35 mètres des cours d'eau et à plus de 50 mètres de tiers, il est préférable de s'isoler à plus d'une centaine de mètres des premiers voisins pour éviter les retours de bâton causés par les nuisances de l'élevage (mouche, bruit de la machine à traire…).
Pour une aération efficace, le bâtiment sera orienté de façon à avoir la ligne de faîtage perpendiculaire aux vents. Cependant, certains profitent des bonnes conditions actuelles de rachat de l'électricité solaire pour couvrir leur bâtiment de panneaux photovoltaïques.
Ensuite, le choix de la chèvrerie va se raisonner en fonction du système et des conditions d'exploitations. Combien de chèvres ? Conduites en un ou plusieurs lots ? Avec quelle salle de traite ? Quelle est la main-d'oeuvre disponible aujourd'hui et à plus long terme ? Se débrouiller seul à la traite est un avantage car il est alors plus facile de se faire remplacer.

Une chèvrerie doit être fonctionnelle pour l'éleveur en diminuant la pénibilité et en facilitant l'organisation du travail. (D. Hardy)

Une chèvrerie doit être fonctionnelle pour l'éleveur en diminuant la pénibilité et en facilitant l'organisation du travail. (D. Hardy)

 

L'espace ne se regrette pas

Le choix du système d'alimentation va aussi conditionner la taille du bâtiment. Si l'alimentation se fait à partir d'un couloir central, une largeur de 4 mètres suffit dans la plupart des cas. Cependant, prévoir une largeur de 5 mètres permet d'envisager, demain, le passage d'une grosse mélangeuse ou d'une autochargeuse. Cela permet aussi de circuler aisément autour des balles rondes posées au milieu du couloir.
Assez présent dans le Sud-Est, les tapis d'alimentation permettent de distribuer fourrages et concentrés à partir de l'extrémité du bâtiment. Si le tapis demande moins de surface au sol, donc moins de largeur et de toiture, il oblige l'éleveur à marcher sur l'alimentation pour observer les animaux. Sauf si, lors de la conception du bâtiment, un couloir de surveillance d'au moins 60 cm de large a été prévu. A noter que ce couloir peut aussi servir de couloir de circulation des animaux. « Les éleveurs ne regrettent jamais l'espace prévu en plus » témoigne Christophe Béalu. « Il faut accepter de perdre quelques mètres pour laisser passer un homme ou de remplacer deux places aux cornadis par un passage d'homme pour éviter d'enjamber en permanence les barrières ».

Le choix des matériaux dépendra des attentes et, bien sûr, du budget. Pour les bâtiments en dur, les charpentes métalliques offrent plus facilement du dégagement et du volume. Par contre, on préférera le bois pour l'ambiance phonique et thermique. Pour l'ambiance, la toiture en fibre ciment est préférée aux plaques de tôle ondulée qui n'isolent ni du froid ni du chaud. Plus lourd, le fibro-ciment nécessite cependant une charpente plus épaisse. Depuis peu, on a vu apparaître des couvertures légères et isolantes en PVC recyclé et sciure de bois. Faciles à monter, elles sont vendues sur mesure sous forme de plaques de longueur adaptée à son toit.

La propreté de la cour est le premier effort pour tenir compte de l'intégration paysagère. (C. Bealu)

La propreté de la cour est le premier effort pour tenir compte de l'intégration paysagère. (C. Bealu)

 

Des astuces pour limiter les coûts

Avec des devis qui se chiffrent en centaine de milliers d'euros, il faut arbitrer ses envies avec ses capacités de financement. Surtout qu'on constate souvent une augmentation de 15 % du coût entre les devis négociés et la facture finale. De même, il ne faut pas oublier de compter le terrassement, les branchements eau et électricité, les plans de l'architecte, le permis de construire et les frais de notaire.
Pour cela, construire soi-même permet de limiter les coûts. Certains fabricants proposent des bâtiments en kit et l'assemblage ressemble alors à un grand jeu de meccano. Souvent, l'autoconstruction se limite aux parties qui ne nécessitent pas trop de matériel spécifique ni de savoir-faire particulier : la maçonnerie, la pose des bardages et l'aménagement intérieur des tubulaires ou des cornadis… L'autoconstruction nécessite du temps et il peut être utile de profiter de l'entraide des voisins.

Pour limiter les coûts, certains investissements peuvent être reportés plus tard : cornadis, porte pneumatique ou dépose automatique… Si l'on souhaite se passer de cornadis (environ 25 euros la place), il faut avoir un moyen de contention dans la salle de traite ou dans un parc.
Ce n'est pas toujours la peine de monter des parpaings à deux mètres pour des caprins qui poussent quand même moins que les bovins. Un soubassement de quelques parpaings surmontés d'un bardage en bois assure un aussi bon confort en limitant les frais. Dans tous les cas, les conseils des techniciens élevage et bâtiment ainsi que les nombreuses visites aux éleveurs installés permettent de se fixer les idées et imaginer sereinement son futur outil de travail.

Les principes d'éco-construction vont être pris en compte dans les bâtiments d'élevage. (D. Hardy)

Les principes d'éco-construction vont être pris en compte dans les bâtiments d'élevage. (D. Hardy)

 

Pour en savoir plus

Voir dossier de La Chèvre de mai-juin 2009. (Réussir La Chèvre n°292, p. 16 à 27).
Et en ligne sur www.la-chevre.fr en juillet 2009.

En savoir plus sur le prix des bâtiments

La chambre d'agriculture des Deux-Sèvres met à jour son étude sur le prix de construction des bâtiments caprins. Déjà en 2006, la fourchette de prix à la place de chèvre (chèvrerie avec bloc traite matériel compris) oscillait entre 350 et 750 euros (variabilité liée au bâtiment dur ou tunnel et plus ou moins mécanisé).

Source Réussir La Chèvre Mai-Juin 2009

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