Commerce extérieur : De la poudre de lait de chèvre exportée en Chine

Damien Hardy

Non, le commerce avec la Chine ne marche pas que dans un sens. Malgré sa taille modeste, l'Union laitière de la Venise verte (ULVV), une coopérative basée à Maillezais en Vendée, prouve qu'il est possible d'exporter vers l'Asie. Depuis la fermeture du site de Coulon (Deux-Sèvres) en 2004, la coopérative n'a gardé qu'une activité de fabrication de fromages et de transformation du lait en poudre.
C'est cette activité qui a intéressé les partenaires de Chine et de Taïwan à la recherche de lait de chèvre en poudre. « Les parents et grands-parents chinois aiment gâter les enfants uniques », explique Mickaël Paquet, le directeur administratif et financier de la coopérative. « Avec un niveau de vie de plus en plus élevé, les Chinois sont prêt à payer plus cher pour apporter à leur enfant un produit de luxe », détaille Pierre Marty, le directeur de production, en précisant que les vertus du lait de chèvres sont bien connues dans la médecine traditionnelle chinoise.

Les boîtes de lait en poudre sont expédiées vers l'Asie en trois semaines par bateau via Le Havre ou Saint-Nazaire. (D. Hardy)

Les boîtes de lait en poudre sont expédiées vers l'Asie en trois semaines par bateau via Le Havre ou Saint-Nazaire. (D. Hardy)

Le lait plait aux Chinois

Mais il a fallu du temps avant de pénétrer ce marché. L'ULVV exporte environ 50 tonnes de poudre de lait de chèvre par an sur Taïwan depuis 2000. Plus récemment, avec l'aide d'un négociant basé à Rennes, c'est avec la Chine que le commerce s'est développé. « Il a fallu trois ans et demi avant d'avoir le premier contrat », se souvient Mickaël Paquet qui a reçu à plusieurs reprises les clients chinois. « L'exportation a commencé par 20 tonnes en 2009, 50 tonnes en 2010 et nous espérons 150 à 200 tonnes en 2011 », complète Pierre Marty qui estime le marché chinois (21 millions de naissance par an…) à 400 000 tonnes de poudre infantile au lait de vache et 3 000 tonnes de poudre au lait de chèvre. En comptant 8 à 9 litres de lait pour fabriquer un kilo de poudre pur et une formulation qui contient 30 à 50 % de lait dans la poudre infantile, cela fera plus de 600 000 litres de lait de chèvre transformé en poudre qui partira vers l'Asie en 2011.
Depuis le scandale de la mélanine et des protéines de cuir dans le lait, les consommateurs chinois sont devenus très méfiants vis-à-vis des produits laitiers de leur pays. Ils privilégient plus facilement le lait d'importation, gage de sécurité alimentaire. Pour rassurer le client et authentifier la production, le partenaire chinois a fortement mis en avant la laiterie de Maillezais sur son site internet(1). « Il y a le numéro de téléphone de la coopérative sur chaque boîte vendue en Chine », détaille aussi le directeur administratif et financier.

Séché par l'air

Acheté en 2003 pour un peu plus d'un million d'euros, la tour de séchage de la laiterie peut fabriquer 200 à 300 kilos de poudre par heure. Cette taille modeste comparée aux tours capables de traiter plus de 30 tonnes par heure permet de fabriquer des produits de niche et diversifiés. Ainsi, en plus de la poudre au lait de chèvre 1er âge, 2e âge et croissance, l'usine fabrique de la poudre de lait infantile bio, de la poudre de brebis bio, de la poudre de chèvre bio, de la poudre de lait de vache kacher et même de la poudre de lait de jument.
La « petite » tour de séchage est haute quand même de trois étages. Après pasteurisation et concentration, le lait est finement pulvérisé à l'intérieur de la tour chauffée par un courant d'air sec et chaud (environ 150 °C). L'eau s'évapore et la poudre ainsi obtenue est récupérée en bas. Au terme de ce traitement, il ne reste quasiment que la partie sèche du lait, c'est-à-dire les nutriments (protéines, matières grasses, minéraux…). Le lait en poudre détient donc les mêmes qualités que le lait liquide avec l'avantage de se conserver un an à température ambiante.

Selon la formulation, la poudre infantile ne contient que 30 à 50 % de lait de chèvre. L'ULVV ajoute donc à la préparation des sucres, des protéines sérique, de l'huile et des vitamines. « Nos clients asiatiques envoient leur formulation et leur maquette d'étiquette et nous réalisons le produit à leur demande », résume le directeur administratif et financier.
Si le marché de la poudre de lait de chèvre se développe en Asie, il est en revanche limité en Europe car la poudre de lait de chèvre n'est pas reconnue comme source de protéine par le Codex alimentarius. L'ULVV vend cependant une cinquantaine de tonnes de poudre de lait entier de chèvre à 26 % de matière grasse pour les fromageries ou les industries agro-alimentaires (glaciers…). Livrée en sac de 25 kilos, la poudre est facturée aux alentours de 7 euros le kilo. La coopérative fabrique aussi à la demande du lait de croissance de chèvre mais pas de lait premier et deuxième âge.
Grace à ce débouché pour le lait de chèvre, le niveau du prix du lait se maintient à 20 euros aux 1 000 litres de plus que les coopératives voisines. La coopérative collecte trois millions de litres de lait de chèvre par an auprès d'une quinzaine d'éleveurs. Une production insuffisante pour répondre à la demande de fromage et de poudre mais l'ULVV se fournit sans problème en lait de chèvre auprès de sa voisine la coopérative Glac dans le cadre d'accords d'échange de collecte et de marchandise.

Après mélange avec les compléments infantiles (sucres, huiles, vitamines, minéraux…), la poudre de lait est conditionnée en boîtes métalliques de 900 g. (D. Hardy)

Après mélange avec les compléments infantiles (sucres, huiles, vitamines, minéraux…), la poudre de lait est conditionnée en boîtes métalliques de 900 g. (D. Hardy)

 

(1) www.fitsa.cn

Source Réussir La Chèvre Mai 2011

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