Conduite de l'élevage : Comment faire face à la hausse du prix des aliments ?

Nicole Bossis et les techniciens du réseau d'élevage Centre Ouest

Les prix des aliments connaissent une hausse sans précédent et la qualité des fourrages n'est pas forcement au rendez-vous cette année. Comment faire face pour conserver une production au moindre coût ? Eléments de réponse du réseau d'élevage du Centre-ouest.

Céréales, tourteaux, chèvre laitière, luzerne déshydratée… et aussi poudre de lait, tous les prix des matières premières sont à la hausse. Le surcoût des rations est estimé de 50 à 65 € aux 1000 litres par rapport à 2006. En parallèle, si les ensilages de maïs sont de bonne qualité, les foins de 2007 sont abondants mais de qualité très variable en fonction du stade de récolte souvent tardif et des conditions de récolte parfois difficiles.
Dans ce contexte de production défavorable, la plupart des laiteries souhaitent plus de lait et des hausses de prix sont annoncées ou accordées aux éleveurs. Il reste important de bien ajuster sa production à ses besoins en lait. Ce n'est pas la peine de chercher à produire si sa laiterie a déjà trop de lait. Idem pour les fromagers qui doivent ajuster leur production et leur alimentation en fonction de leur marché et de leur prix.

Aujourd'hui, l'objectif est de faire au mieux avec les fourrages récoltés. On gardera les meilleurs fourrages pour la fin de gestation et le début de lactation. A la fin de gestation, il faut viser 0,8 à 0,85 UF de concentration énergétique en privilégiant les fourrages les plus appétants et des concentrés comportant au moins 1 UF par kg de matière sèche. L'incorporation de matières grasses permet à certains concentrés de dépasser 1 UF par kg de matière sèche. Pour éviter des problèmes métaboliques, utiliser des concentrés ne contenant pas plus de 10 % de matières grasses.
Les stocks de foin sont largement suffisants dans la plupart des exploitations, il est donc possible de tolérer davantage de refus en particulier en foin de graminées. On ne dépassera cependant pas les 40 % de refus et on s'assurera d'une ingestion suffisante.

Si le foin est distribué à l'auge, il faut multiplier si possible le nombre de repas et accepter davantage de tri et de gaspillage. Les refus peuvent faire office de litière (au prix de la paille) même si le pouvoir absorbant du foin est moins important que celui de la paille. Dans ce cas, on alternera le foin et la paille en ajoutant éventuellement un asséchant litière pour limiter les problèmes sanitaires.
Si le foin est en libre-service au râtelier, il faut s'assurer que les chèvres en consomment suffisamment. En remuant le fourrage plusieurs fois par jour, on augmente l'ingestion. On veillera aussi à ne pas distribuer de foins moisis pour éviter les risques sanitaires tels que listériose et avortements. Pour améliorer l'appétence, on peut ajouter de la mélasse ou du sel sur les fourrages.

Il faut être, plus que jamais, vigilant sur les quantités effectivement distribuées. (D. Hardy)

Il faut être, plus que jamais, vigilant sur les quantités effectivement distribuées. (D. Hardy)

 

S'assurer de la bonne conservation des enrubannages

Cette année, un certain nombre d'éleveurs ont réalisé de très bons enrubannages en avril et mai, alors que d'autres ont dû enrubanner pour « sauver la récolte » et, de ce fait, les qualités sont variables. Avant de distribuer ces enrubannages, on triera avec attention les parties moisies. Il n'est pas recommandé d'utiliser de l'enrubannage présentant un taux de matière sèche inférieure à 50 % car cela signifierait qu'il a été mal conservé.
Dans la ration, l'enrubannage ne dépassera pas un kilo de matière sèche par jour. La présence d'une fibre de bonne qualité (paille, foin voire luzerne déshydratée) en complément est indispensable pour assurer une bonne rumination. A noter qu'une botte entamée doit être consommée dans les trois jours.
On veillera à optimiser la distribution des concentrés en gérant au mieux le troupeau et les concentrés.

Pour le troupeau, il faut se résigner à réformer les animaux improductifs (chèvres vides, chèvres en dessous de 1,5 kg de lait). Constituer des lots de production homogènes optimise le rationnement. Si ce n'est pas toujours facile à mettre en oeuvre, il faut au moins isoler les plus faibles productrices. D'après des essais menés dans le cadre d'Agrotransfert caprin Poitou-Charentes, la mise en deux lots permettrait une économie de concentrés d'environ 100 ? par mois pour 120 chèvres.
Pour mieux gérer les concentrés, il faut ajuster la complémentation au stade physiologique de l'animal et au niveau de production. Vérifier la cohérence entre la production permise par la ration et la production réelle permet d'éviter de distribuer une ration pour 4,5 kg si les chèvres ne produisent que 3 kg. Le pic de lactation a lieu environ 6-8 semaines après la mise bas, il est essentiel de réajuster la complémentation après cette date ou après la première pesée pour les éleveurs au Contrôle laitier.

Si la lactation est mal partie, ce n'est pas la peine d'essayer de la rattraper par des apports supplémentaires de concentrés qui ne seront quasi jamais rentabilisés et pourront engendrer des problèmes métaboliques.
Lors de modification de la taille du lot (réformes…), il faut peser les quantités distribuées et les réévaluer. Vérifier au moins une fois par semaine le tarage des distributeurs de concentrés qu'ils soient manuels (seaux, brouettes…) ou mécaniques (DAC, distributeurs mobiles de concentrés…). A chaque nouvelle livraison, il faut tarer de nouveau ces distributeurs.

 

Luzerne et sous-produit à valoriser selon les prix

Le prix des luzernes ou des pulpes de betteraves déshydratées augmente pour l'instant moins vite que celui des céréales, des concentrés type chèvre laitière et du complémentaire azoté. Il peut être intéressant de substituer une partie des céréales par des sous produits. On peut par exemple remplacer 400 g de céréales par 450 g de pulpes de betteraves déshydratées dans des rations à forte teneur en amidon. Dans certaines régions, l'utilisation de drèches de blé peut aussi s'envisager. Le niveau de prix décidera de leur intérêt.
Pour les sous produits dont on ne dispose pas de références d'utilisation en élevage caprin, mieux vaut rester prudent. Et, pour les sous produits plus connus, s'assurer de la caractéristique du produit au départ et, ensuite, que le process ne change pas.
Dans le contexte actuel, la nature des matières premières incorporées dans les aliments peut évoluer et il est recommandé de bien lire les étiquettes à chaque livraison. La couleur des tourteaux de soja peut varier : si elle est trop foncée, les tourteaux ont sans doute été trop chauffés et les protéines sont moins digestibles.

Si l'éleveur a un doute sur l'efficacité de sa ration, « sur le papier, elle doit permettre quatre litres et mes chèvres ne décollent pas », il peut, après s'être assuré de la qualité de son rationnement et de sa bonne mise en oeuvre, faire analyser les produits incorporés dans sa ration.
La hausse du prix des aliments d'allaitement même s'ils amorcent une baisse depuis novembre (1500 à 1700 € la tonne relevés en élevages au 8 janvier 2008), la faible valorisation du chevreau à trois jours et la gestion problématique des colostrums relancent l'intérêt d'utiliser ces laits non commercialisables pour alimenter les chevreaux. Le colostrum peut se conserver par le froid voire être congelé. Il peut ensuite être réchauffé au bain-marie ou consommé à température ambiante. Compter en moyenne 25 à 30 litres de colostrum pour produire un chevreau de 8 à 8,5 kg de poids vif.
Le colostrum peut aussi s'utiliser sous forme fermentée acide. Seul le colostrum des huit premières traites sera retenu et le produit pourra être consommé sept jours à partir de la dernière incorporation de colostrum.

Pour les chevrettes de renouvellement, il est aussi possible d'utiliser le colostrum dans les troupeaux indemnes de Caev. Dans les autres élevages, privilégier l'aliment d'allaitement habituel. Les fromagers peuvent aussi donner le lactosérum issu de la fabrication. La chèvre peut ingérer deux à trois litres de lactosérum par jour et la valeur alimentaire de 10 à 15 litres de lactosérum équivaut à un kilo d'orge.
A plus long terme, pour s'affranchir de la hausse du prix des aliments, les éleveurs ont intérêt à mettre en place des systèmes alimentaires plus autonomes à la fois en fourrages et en concentrés. Cette autonomie peut s'envisager à l'échelle locale, au-delà de l'exploitation. La mise en place de tels systèmes est à raisonner en fonction de la situation de chacun : potentiel des sols, rendements respectifs fourrages et cultures de vente, main-d'oeuvre disponible…

 

Source Réussir La Chèvre Janvier/Février 2008

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