Dans l'Aveyron : Un projet collectif de méthanisation de fumier de brebis

Bernard Griffoul

Onze éleveurs de Millau, particulièrement motivés, travaillent sur un projet de méthanisation de fumier de brebis. Long à mettre en oeuvre, il n'est pas encore acquis qu'il aboutisse.

Il n'est jamais facile d'être un défricheur. Onze agriculteurs, situés aux portes de Millau dans l'Aveyron, sont en train d'en faire l'expérience. Éleveurs dans la filière roquefort, ils s'évertuent à faire avancer depuis presque trois ans un projet collectif de méthanisation de fumier de brebis. Ils ont pourtant l'enthousiasme de la jeunesse et forment un groupe très soudé. Mais, ils reconnaissent qu'il est « difficile de rester mobilisé aussi longtemps ».
L'affaire prend néanmoins depuis quelques mois une tournure plus concrète avec le lancement de l'étude de faisabilité qui devrait livrer son verdict vers le mois d'avril. Le plus difficile a été d'obtenir son financement. Pourtant, le dossier bénéficie de la caution du Parc naturel régional des grands causses.
« Nous nous sommes investis avec la chambre d'agriculture pour rédiger un cahier des charges, recruter un bureau d'études et monter un plan de financement », indique Frédérique Nègre, sa directrice. L'étude de faisabilité, dont le coût s'élève à 39 000 € sera financée pour 22 % par la région Midi-Pyrénées et 42 % par le Feder (Fonds européen de développement régional), le reste étant des prestations de service du Parc.
En fait, l'étude porte sur deux projets de méthanisation agricole, l'un collectif, l'autre individuel avec du fumier de brebis et du lisier de porc. L'idée étant pour le second de « tester à l'échelle d'une exploitation un prototype de méthaniseur qui pourrait être dupliqué sur le territoire du Parc ».

Projet de développement durable

L'été dernier, la chambre d'agriculture a recensé tout le potentiel de biomasse, pas seulement agricole, qui pourrait alimenter le projet collectif. Les éleveurs veulent néanmoins privilégier « le maximum de produits issus des exploitations et choisir rigoureusement les cosubstrats », affirment Pierre Causse, Bertrand Bonnefous et Pierre-Louis Fages, trois des éleveurs à l'initiative de ce projet. Une majorité d'entre eux sont ou vont être en agriculture biologique.
Pas question donc de mettre n'importe quoi dans le digesteur. Ils ne veulent pas voir non plus le projet leur échapper. Si, au départ, il suscitait peu d'intérêt, aujourd'hui, ils sont courtisés par des industriels qui voient là un moyen intéressant de se débarrasser de leurs déchets. Ayant le souci de « monter un vrai projet de développement durable », les agriculteurs veulent limiter le transport des matières premières. Eux-mêmes sont situés dans un rayon de 5 à 6 kilomètres. Vigilance donc sur la taille du projet. « Nous ne sommes pas obnubilés par la rentabilité du système mais nous voulons en conserver la gestion », affirment-il.

Bien des intérêts

Ils voient en effet bien d'autres intérêts dans ce projet de méthanisation que les revenus qu'ils pourraient en tirer. Tout d'abord une solution pour traiter les eaux blanches de laiterie, problème que plusieurs d'entre eux n'ont pas encore réglé. Ensuite, la valorisation agronomique du digestat sur leurs terres : « un produit meilleur et plus rapidement utilisé par la plante que le fumier ». Ils y voient enfin un intérêt environnemental (réduction des odeurs, production d'énergie) et par là-même une meilleure insertion des exploitations dans la société. Un emploi serait créé pour faire tourner le digesteur et assurer le rendu terre des effluents. Le méthaniseur serait installé dans la zone artisanale de Millau afin de valoriser la chaleur auprès d'entreprises. Mais, ils n'en sont pas encore là.
L'étude de faisabilité indiquera le potentiel méthanogène des fumiers et donc la nécessité d'ouvrir le digesteur plus ou moins largement à des cosubstrats pour assurer la rentabilité du projet. Elle étudiera différentes solutions techniques et les niveaux d'investissements en rapport. Le printemps prochain sera donc crucial. Chiffres en main, les onze éleveurs décideront de poursuivre ou non cette aventure. Si elle paraît viable, il sera alors temps de trouver la meilleure structure juridique pour porter cette activité, de construire les partenariats indispensables et de rechercher les financements. Affaire à suivre.

Pour en savoir plus

Voir dossier Réussir Pâtre de février 2010. (R. Pâtre n°571, p. 16 à 27)

Source Réussir Pâtre Février 2010

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