Génétique : Les acteurs de l'insémination ovine veulent communiquer davantage

Laurence Geffroy

L'insémination animale est en perte de vitesse en élevage allaitant. Les acteurs réfléchissent à des actions pour changer l'image de cette pratique notamment auprès des nouveaux installés.

Réunis en assemblée générale en décembre dernier, les onze membres de l'Association nationale d'insémination ovine (Anio) tirent la sonnette d'alarme. En 2009, 803 700 inséminations animales (IA) ovines ont été réalisées en France (635 400 pour les laitiers, 168 300 pour les allaitants), contre 871 000 en 2003, soit une baisse de 7,7 %.

Premier constat

Le premier constat est celui d'une perte de vitesse depuis quelques années, surtout chez les allaitants, ce qui inquiète les responsables de l'association. 39 % des brebis laitières sont inséminées, mais seulement 4 % des brebis allaitantes !
De 2001 à 2009, on note une diminution de 33 % du nombre de doses de béliers allaitants utilisées sur brebis allaitantes en partie compensée par une augmentation (+ 15 %) d'utilisation de ces doses « viandes » pour les brebis laitières. Ainsi, en 2009, il y a presque autant d'IA « viande » réalisées sur support laitier que sur support allaitant.

Deuxième constat

Il existe une forte disparité de la pratique sur le territoire français. Il y a une forte concentration de l'activité dans le bassin laitier de l'Aveyron (54 %), suivi du Tarn (13 %) et des Pyrénées-Atlantiques (11 %), plus un second bassin avec Insem-Ovin dans la Haute-Vienne et les Deux-Sèvres. Ailleurs, c'est de plus en plus le désert en termes d'IA.

Troisième constat

Le nombre de centres d'IA diminuent : seulement neuf restent. Deux sont à plus de 200 000 doses, deux autour de 85 000 doses et cinq entre 3 000 et 12 000 doses. La moyenne annuelle de doses produites par bélier a été de 286 en 2009 avec une grande variabilité suivant le type de bélier.
En 2009, 859 mâles laitiers et 127 mâles allaitants ont été mis en testage. Près de 100 000 inséminations ont ainsi été réalisées dans les bases de sélection afin de détecter et mettre à disposition des utilisateurs les meilleurs mâles de chacune des races.

Technicien effectuant un prélèvement de semence d'ovin de race Ile de France au centre d'insemination de Verdilly. (J.-C. Gutner)

Technicien effectuant un prélèvement de semence d'ovin de race Ile de France au centre d'insemination de Verdilly. (J.-C. Gutner)

 

L'IA à promouvoir rapidement

Cinq races laitières (Lacaune Lait, Manech Tête Rousse, Manech Tête Noire, Basco-Béarnaise, Corse) et neuf races allaitantes (Mouton Charollais, Île-de-France, Mouton Vendéen, Berrichon du Cher, Rouge de l'Ouest, Suffolk, Texel, Lacaune viande, Blanc du Massif central) ont un programme de sélection intégrant un testage sur descendance des mâles.
En production d'agneaux de boucherie, la race Lacaune viande est la première race à pratiquer l'IA (32,4 %), suivi du Charollais (22,6 %), du Suffolk (18,2 %) et de la Rouge de l'Ouest (10,7 %). Le taux de fertilité en viande est pourtant en augmentation à 66,3 % (65 % pour les adultes et 70 % pour les agnelles), tandis que celui des reproducteurs allaitants chute à 52,7 %. Selon Gilles Lagriffoul, animateur de l'Anio, « dans un contexte de reconquête ovine, il faut rapidement agir pour promouvoir l'IA, technique qui présente de nombreux atouts ». Pour renverser la tendance, la profession doit communiquer davantage sur les intérêts des IA, notamment auprès des nouveaux éleveurs allaitants.
Frédéric Noizet, administrateur de la Fédération nationale ovine, est intervenu pour apporter son soutien à cette démarche et témoigner de ce qui se dit sur le terrain. « Les éleveurs allaitants sont aujourd'hui prêts à investir, mais pas forcément dans la génétique, ils trouvent cela parfois compliqué et cher. »
Pour Philippe Boudou, éleveur de brebis laitières dans l'Hérault et président de l'Anio, « chez les laitiers notamment dans le Rayon de Roquefort, c'est l'inverse, les éleveurs pensent que l'IA, ce n'est pas cher et que ça marche ».

Associer organisations de producteurs et techniciens

Francis Fidèle, responsable du centre d'IA des Pyrénées-Atlantiques, ajoute qu'il faut montrer que cela créé du progrès génétique, « il faut que cela se voit ». Dominique François, chercheur à l'Inra, pense qu'il faut « associer les organisations de producteurs et leurs techniciens dans la discussion ». L'IA doit les intéresser car la technique peut permettre d'avoir des agneaux plus tôt dans l'année mais aussi contribue à procréer un renouvellement de qualité. En conclusion du débat, tout le monde s'est accordé sur la nécessité de mener, dans le cadre de « reconquête ovine », une action de communication auprès des éleveurs et de tous les acteurs de la filière. L'objectif est de changer cette image de l'IA et plus largement de changer la perception de la génétique par les éleveurs.

Source Réussir Pâtre Mars 2011

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