La race locale anglaise Herdwick maintenue par une fondation

Véronique Lucas - Réussir Pâtre Novembre 2011

La race locale anglaise Herdwick maintenue par une fondation

Au Nord de l’Angleterre, plus de 40 000 brebis de race Herdwick continuent de façonner l’identité des paysages montagneux du Lake District, grâce à leur instinct de territorialité.

Le National Trust, une vénérable fondation britannique

© Véronique Lucas

Le National Trust est une institution incontournable en Angleterre. Créé en 1895 pour assurer la sauvegarde du patrimoine, il possède aujourd’hui 300 monuments, 200 jardins, des collections d’art, 1200 kilomètres de côtes, ainsi que 250 000 hectares de terres, ce qui en fait le deuxième propriétaire foncier privé du Royaume-Uni après la famille royale. Cette fondation vit exclusivement des dons et cotisations de ses 3,5 millions de membres, et des produits de la gestion de ses sites touristiques.Afin de maintenir la race Herdwick dans le Lake District, le National Trust a participé à la mise en place de différentes actions de soutien aux éleveurs, comme la création d’une marque National Trust pour assurer la promotion des produits de ses fermiers auprès de ses adhérents.

Malgré les difficultés économiques que connaissent les éleveurs du Lake District, la race Herdwick perdure, affirme John Atkinson, agriculteur et technicien du National Trust, fondation qui possède aujourd’hui 40 000 brebis Herdwick dans cette région. Mais beaucoup d’efforts restent nécessaires pour pérenniser cette race et améliorer sa viabilité économique. »
Peu prolifique mais très rustique, la race Herdwick se concentre en majorité autour du lac de Coniston, situé au cœur du Parc national du Lake District. Cette région de lacs et de montagnes au Nord-Ouest de l’Angleterre, constitue la partie la plus touristique et la plus montagneuse du pays avec des sommets culminant à près de 1000 mètres.

© V. Lucas

Les éleveurs du Lake District connaissent des difficultés économiques en raison de conditions naturelles handicapantes : relief, hivers rigoureux, etc.

© V. Lucas

Maintenue grâce au «National Trust»

La race locale Herdwick se révèle particulièrement adaptée à cette région. Les troupeaux passent l’hiver et l’été sans surveillance dans les pâturages d’altitude gérés en commun entre les éleveurs de chaque village. Même en hiver, les ovins peuvent se suffire des ressources fourragères de ces montagnes aux sols acides, où fougères et bruyères prospèrent. Particularité de cette race : la « territorialité». Ce terme désigne le fait que les troupeaux se réinstallent à la même place d’une saison à l’autre, alors qu’ils sont mélangés à ceux d’autres éleveurs dans des pâturages d’altitude collectifs non clôturés de plusieurs centaines d’hectares. « Selon nous, les brebis Herdwick transmettent les repères géographiques à leur agnelles qui sont ainsi capables de retrouver leur territoire à chaque remontée », explique John Atkinson.
Malgré cette spécificité et sa rusticité qui en font une race facile pour l’élevage dans cette région montagneuse, sa faible productivité et sa laine de qualité moyenne la rendent peu compétitive sur le marché ovin britannique. L’intervention de la Fondation « National Trust » a permis son maintien.

Une viabilité à améliorer

Cette société philanthropique aux objectifs de conservation du patrimoine britannique (voir encadré) a entrepris depuis 80 ans le rachat progressif des « flocks », ces parcelles de pâturages d’altitude identifiées comme lieux de séjour par des troupeaux Herdwick. À chaque achat de flock, elle fait aussi l’acquisition des ovins qui y séjournent. La soixantaine de flocks que détient aujourd’hui cette fondation est louée à des fermiers qui s’engagent à élever les ovins qui leur sont affectés, avec l’obligation de maintenir la taille du troupeau d’origine remis au début du bail. Grâce à ce système, John et Maureen Birkett louent 76 hectares au National Trust, surfaces qui composent une partie des 220 hectares de SAU qu’ils exploitent en propre. « Nous avons aussi des droits d’accès sur 440 hectares de pâturage d’altitude en commun avec cinq autres éleveurs du village, détaille l’agriculteur John Birkett. En tout, nous élevons 750 brebis Herdwick, en plus d’un troupeau d’une trentaine de vaches allaitantes de race Limousine. »
La majorité des fermiers des flocks du National Trust sont des éleveurs ovins et bovins, comme la plupart des éleveurs britanniques. Cette association permet de faire jouer la complémentarité de ces deux espèces animales au pâturage. L’agnelage a lieu dans les prairies de vallées en avril-mai, ce qui permet la vente aux enchères d’agneaux de six mois en novembre pour approvisionner les étals de Noël.

Développement de l’agrotourisme

Les conditions économiques sont difficiles pour les agriculteurs du Lake District, désavantagés par des conditions naturelles handicapantes (relief, hivers rigoureux). Par ailleurs, la forte affluence touristique dans le Parc national entraîne différents désagréments pour les agriculteurs : augmentation des temps de trajets pour les engins agricoles sur les routes étroites encombrées d’avril à octobre, sortie d’animaux pour cause de barrières non refermées par les randonneurs, etc. Paradoxalement, les touristes fournissent une part importante du revenu des agriculteurs de cette région grâce au développement de l’agrotourisme : bed and breakfast, gîtes ruraux, etc. En outre, les éleveurs souscrivent de plus en plus de mesures agroenvironnementales pour maintenir leur revenu. « Pour améliorer la rentabilité de la race, nous attendons beaucoup de la démarche de reconnaissance de l’Herdwick en Appellation d’origine protégée, qui a été récemment entamée par l’association des éleveurs, espère John Birkett. Cela nous permettrait de valoriser les spécificités d’élevage de cette race au niveau de la viande, en jouant sur la renommée du Lake District dans tout le pays. »

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