Le mouton Bleu du Maine : Une brebis prolifique aux bonnes qualités maternelles

Louis Reveleau, chargé de mission auprès du Crapal

Très herbagère, cette race adaptée au plein air mérite l'intérêt par le faible coût de production de ses agneaux. Sa conduite d'élevage facile pourrait favoriser sa relance.

Origine de la race

Au XVIIIe siècle, l'abbé Carlier note dans le Grand Ouest et dans cette région du Maine « des petits moutons bocagers colorés ou non ». Il souligne également la présence d'animaux de grand format dans cette partie de l'Ouest, originaires de Hollande, amenés par les populations venues pour drainer les zones marécageuses. Puis, les races anglaises créées par Bakewell et Ellman ont été importées, puisque très amélioratrices des qualités bouchères. Le Dishley et le Wensleydale en particulier, ont introduit cette couleur bleu ardoise des muqueuses encore inconnue. Plus récemment, en 1934, C. Brune, directeur régional des Services vétérinaires de la Sarthe et de l'Eure-et-Loir, signale « deux populations distinctes dans la Sarthe : un mouton du Maine à face bleue et un mouton du Maine à face blanche » ; elles sont créditées toutes les deux « d'une fécondité remarquable » et « parfois naissent de parents à face bleue des agneaux noirs ; ils sont immédiatement sacrifiés ».

Mise bas facile, nombreux agneaux, allaitement à l'herbe : voici une excellente brebis pour le plein air et le développement durable. (DR) (DR)

Mise bas facile, nombreux agneaux, allaitement à l'herbe : voici une excellente brebis pour le plein air et le développement durable. (DR) (DR)

Conduite et mode d'élevage

En 1936, dans l'Union ovine, G. Bréart signale le petit nombre d'animaux par lots et leur cohabitation avec les chevaux et les bovins. Leur grande prolificité est aussi soulignée avec la production laitière y afférent. Le mode actuel de conduite a peu changé, cette brebis de grand format est une remarquable herbagère presque toujours localisée dans des zones à fort potentiel fourrager. Sa rusticité s'inscrit dans le cadre d'une parfaite adaptation au système plein air. Les agnelages sont partout signalés en fin d'hiver, début de printemps. Les facilités de mise bas sont toujours mises en évidence avec de grandes qualités maternelles ; ce critère est palpable au travers des mortalités néonatales qui sont peu élevées (inférieures à 10 % entre 0 et 3 jours). Les croissances des agneaux sont toujours importantes avec des poids de carcasses égaux ou supérieurs à 20 kg. Ceci est parfois souligné comme un handicap. Cet argument s'efface actuellement avec le mode de vente de détail pratiqué, les gigots étant majoritairement coupés en tranches et vendus comme tels.

A l'herbe, la croissance des agneaux est considérée bonne. (DR)

A l'herbe, la croissance des agneaux est considérée bonne. (DR)

 

Répartition géographique

Le berceau d'origine de cette race est donc le Maine Anjou, plus précisément la petite région de Bazougers en Mayenne ; d'ailleurs l'iconographie signale en 1930, un « mouton de Bazougers à pattes bleues ». Actuellement, la majorité des animaux se trouvent dans ce périmètre et un noyau non négligeable est situé dans le Nord-Est de la France. Apparemment les pays limitrophes sont aussi attirés par ce type d'animaux.
La mission que nous a confiée le Crapal en 2007 pour faire un inventaire aussi exhaustif que possible des animaux en dehors de l'Upra, démontre qu'une quinzaine de petits troupeaux sont répartis de façon homogène sur le territoire, implantés là au hasard de la dispersion de troupeaux déjà existants. Les animaux visités sont de grande qualité et constituent une réelle diversité génétique. Les performances zootechniques sont élevées, la prolificité se situe souvent entre 1,8 et 2 dans ces lots à effectifs réduits.
Une bonne trentaine de lots semblables existent, aussi également répartis, mais avec des effectifs inférieurs à dix femelles ; ils n'ont pas été visités mais les animaux ont été répertoriés dans l'effectif total.

Un format remarquable et une viande fine caractérisent cette race. (DR)

Un format remarquable et une viande fine caractérisent cette race. (DR)

 

Aujourd'hui : 1600 brebis

L'Upra décomptait en 2006 : 606 brebis et agnelles contrôlées en 20 élevages.
Elle comptait 3867 femelles en 94 élevages en 1980(1) Pour les animaux répertoriés au cours des visites d'élevages hors UPRA en 2007, les effectifs se décomptent ainsi : 963 femelles y compris environ 20 % d'agnelles de renouvellement, 52 béliers en état de reproduire.
Rappelons que ces effectifs représentent 15 élevages visités et une trentaine de petits lots pour lesquels les éleveurs ont été contactés par téléphone.

L'effectif en béliers demeure suffisant pour préserverla diversité génétique. (DR)

L'effectif en béliers demeure suffisant pour préserverla diversité génétique. (DR)

 

Une variabilité génétique bien maintenue

La mission confiée par le Crapal représente un effort notable de la part de la région des Pays de la Loire. Ces visites d'élevages ont été appréciées de la part des éleveurs rencontrés, ceux-ci se sentant en effet un peu isolés. Dans le cadre de la conservation et relance des races ayant des effectifs en régression, ce type de contact semble nécessaire.
L'approvisionnement en reproducteurs s'effectue de façon directe ou indirecte dans les élevages inscrits ; malgré cela une bonne variété de phénotypes subsiste, en conformité avec le type racial. Même en dehors des troupeaux contrôlés, des animaux « d'exception » existent, ils sont intéressants à conserver pour le maintien d'une bonne variabilité dans cette race.
Malgré les effectifs qui se réduisent, on note un attachement réel des éleveurs à la Bleu du Maine, le problème de sa survie ne se pose donc pas, mais une certaine vigilance s'impose.

De bonnes croissances à l'herbe

• Prolificité :
- mise bas jusqu'à 19 mois : 1 ,495
- mise bas après 19 mois : 1 ,899
• Croissance :
10-30 des simples : mâles 342, femelles 317
10-30 des doubles : mâles 281, femelles 263
10-30 des triples et + : 249
30-70 des simples : mâles 377, femelles 331
30-70 des doubles : mâles 303, femelles 268
30-70 des triples et + : 285

Chiffres obtenus au Contrôle de Performances (moyennes établies sur cinq ans.

En savoir plus

• UPRA Bleu du Maine
La Péraudière 72700 Pruillé le-Chétif. Tél. 06 80 99 91 96
• Conservatoire des Races animales en Pays de la Loire (Crapal). Secrétariat Toulan 44630 Plessé
Tél./fax : 02 40 79 94 34
Mail : fresneau.crapal@free.fr

Le Crapal est une association loi 1901 créée en 1998 dont le but est de fédérer les actions de conservation autour des races et populations à faibles effectifs présentes dans les Pays de la Loire. Son président est le Pr Bernard Denis également président de la Société d'ethnozootechnie.



(1) Source Upra, assemblée générale 4 juillet 2007.

Source Réussir Pâtre Février 2008

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