Mobilisation nationale pour maintenir le prix du lait

Damien Hardy - Réussir La Chèvre Janvier-Février 2012

Manifestation dans les rues de Surgères le 13 décembre 2011. © D. Hardy
Les éleveurs ont exprimé leur malaise et leur colère vis-à-vis des laiteries.

En manifestant massivement le 13 décembre, à Surgères en Charente-Maritime, les éleveurs caprins ont montré leur détermination à maintenir le prix du lait. Les discussions se poursuivent pour trouver une issue à la crise.

Plus de 450 éleveurs de toute la France et de toutes couleurs syndicales se sont rassemblés le 13 décembre dernier à Surgères (Charente-Maritime) à l’appel de la Fnec, la Fédération nationale des éleveurs de chèvres, pour défendre le prix du lait. Les éleveurs demandaient aux laiteries de maintenir le prix du lait de chèvre en 2012, de mettre en place une réelle adaptation de l’offre à la demande et d’arrêter la guerre commerciale et la spirale à la baisse des prix des fromages.
« La crise du lait de chèvre est causée par des surstocks importants et une guerre commerciale livrée entre les principales entreprises » décrit la Fnec. Les hausses de collecte successives (+ 9,1 % en 2009 et + 6,4 % en 2010) ont entraîné l’accumulation de surstocks importants dans les entreprises alors que la consommation des fromages stagne. Les prix de vente sortie usine ne cessent de diminuer depuis 2009, exerçant une pression de plus en plus forte sur les prix du lait payé aux producteurs. Selon l’Insee, en septembre 2011, les prix de vente sortie usine étaient retombés à l’indice 101 (indice 100 en 2005) après être grimpé jusqu’à plus de 112 en 2009.

Baisse insupportable

« Les premières victimes de cette dévalorisation sont les producteurs qui restent très inquiets des menaces qui pèsent sur le prix du lait de chèvre » s’alarme la fédération des producteurs. La principale menace vient de l’union de coopératives Glac qui semble souffrir de sérieux problèmes de trésorerie. La coopérative évoque une baisse de 30 euros les 1 000 litres. « Le dégagement des 20 millions de litres de surstocks nous coûte au moins le double » se défend Patrick Charpentier, le vice-président du Glac. « Or, garder les surstocks est intenable car ils nous coûtent au moins deux millions d’euros en frais financiers. Les accords sur la réduction de la collecte ont été appliqués plus ou moins bien selon les entreprises et nous nous retrouvons toujours avec un excédent de lait. Nous sommes d’autant plus victimes de ces accords non respectés que notre approvisionnement est uniquement français. »
Mais les éleveurs de chèvres ne sont plus en mesure de supporter de nouvelles baisses de prix du lait. Ils ont déjà subi les précédentes baisses successives de 40 à 50 euros en deux ans. De plus, l’application de la nouvelle grille de paiement du lait à la qualité prévoit des pénalités renforcées allant jusqu’à 90 €/1000 litres. Enfin, la sécheresse de 2011 a touché de plein fouet les éleveurs caprins et les coûts de production sont repartis à la hausse, entrainant un surcoût de 100 à 140 € les 1000 litres.

Image 2

Éviter la braderie

« Pour une exploitation moyenne avec 200 000 litres produits chaque année, la hausse des coûts de production, la sécheresse et la baisse de prix supplémentaire représentent une baisse de chiffre d’affaires pouvant aller jusqu’à 30 000 euros » calcule avec inquiétude la Fnec. « Je suis particulièrement inquiet pour les jeunes agriculteurs à qui on a demandé de s’installer et qui maintenant sont en difficulté » soulignait François Bonnet de la Fresyca.
Le Glac collectant 30 % du lait de chèvre français, tous les éleveurs se sentent concernés par cette menace. « Toutes les laiteries risquent de s’aligner sur le Glac » craint Jacky Salingardes, le président de la Fnec. « Toutes les entreprises vendent sur le même marché et si un concurrent veut s’octroyer des parts de marché en baissant le prix du lait, nous serons obliger de nous aligner si on ne veut pas augmenter nos stocks » explique Joseph Giraud, directeur de deux coopératives du groupe Eurial.
« Ce n’est plus possible de toujours taper sur les producteurs quand il y a un problème » martelait Jacky Salingardes lors de la manifestation. « Nous n’avons pas à subir la gestion maladroite du passé. La baisse risque d’entraîner de la compétition devant les GMS et des fromages davantage bradés ».
Les responsables de la Fnec appellent à une poursuite rapide de la restructuration du Glac. « Il faudrait trouver six millions d’euros, auprès des banques, des pouvoirs publiques ou des coopérateurs pour consolider les fonds et ne pas avoir besoin de baisser les prix » estime Jacky Salingardes, trouvant au passage anormal qu’une entreprise avec un chiffre d’affaires de 600 millions d’euros ne travaille qu’avec une seule banque.

Retrouver les équilibres

Dans les négociations qui se poursuivent en région et au national, en interprofession et au niveau de l’Etat, le Glac espère lui une mutualisation des surstocks. « Avec l’aide financière de l’Etat, si on transforme les surstocks de toutes les entreprises en poudre de lait, la baisse ne pourrait se limiter qu’à une quinzaine d’euros et on peut espérer retrouver les grands équilibres de la filière dès cet automne » calcule Patrick Charpentier du Glac. « Une sortie mutuelle de la crise à travers le plan stratégique ne se ferait qu’en contrepartie d’une réelle maîtrise de la collecte contrôlée par l’Etat. Une sortie de crise collective serait moins pénalisante que laisser une entreprise se débrouiller seule ».

Poursuite des négociations

Cette menace de baisse arrive alors que le lait de vache est dans une tendance haussière. De même, les prix du lait de chèvres aux Pays-Bas et en Espagne repartent à la hausse. Le prix moyen du lait de chèvre hollandais était 15 % de plus en octobre 2011 qu’une année auparavant. En Espagne, la reprise est moins franche (et les statistiques moins fiables) mais le prix du lait en septembre 2011 avait augmenté de 5 % par rapport à septembre 2010.

« A plus long terme, il y a une obligation de trouver des accords interprofessionnels pour adapter l’offre à la demande » soulignait François Bonnet de la Fresyca. La profession espère ainsi beaucoup du plan stratégique en cours de discussions avec l’Etat et l’interprofession. Ce plan pourrait être annoncé par le ministère lors du salon de l’agriculture. Les entreprises semblent s’y préparer déjà à l’image de Lactalis qui réfléchit à la mise en place de références individuelles en lait de chèvre. Les discussions se poursuivent mais la volonté semble là pour limiter la casse et sortir rapidement de l’ornière.

Plus de photos de la manifestation sur www.la-chevre.fr

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires