Quand les maladies s’acharnent

Patricia OLIVIERI

Installée en 2007, Mélaine Védrines a dû faire face à une succession d’infections sur son troupeau.

Mélaine Védrines, ici avec Coralie Montbertrand, a retrouvé le sourire après des années de galère.

“Mélaine, c’est pratiquement un cas d’école pour des élèves vétérinaires”, reconnaît Olivier Salat. Pourtant, ce vétérinaire praticien qui exerce depuis 22 ans au cabinet sanflorain de la Haute-Auvergne en a vu d’autres. “Bien sûr, il y a des facteurs de risque comme le surpâturage, du fumier qui avait tendance au départ à s’écouler dans la bergerie, mais il y a vraiment eu dans cet élevage une accumulation de malchances”, poursuit le véto. Listeria, echtyma, border disease, salmonellose... : depuis qu’elle s’est installée en élevage ovin allaitant à Luc d’Ussel en 2007, cette jeune agricultrice a tout connu ou plutôt tout subi.

Si bien que cet élevage s’est imposé tout naturellement au GDS, qui l’a accompagné, au moment de choisir le support à sa journée annuelle de formation à destination des moutonniers. Journée qui, cette année, porte sur les maladies d’élevage (lire ci-dessous). Pourtant, quand elle constitue son troupeau, Mélaine Védrines prend soin de se fournir auprès de deux élevages présentant les meilleures assurances sanitai- res : celui de Marc Chabanier, chez qui Mélaine a fait ses armes comme stagiaire, et celui du lycée agricole de Volzac où la jeune femme a suivi son CS ovins. Son erreur sera sans doute de complèter son cheptel de souche auprès d’un troisième élevage altiligérien qu’elle ne connaît pas, sachant qu’en ovins, hormis la brucellose, aucune prophylaxie n’est imposée.

Les premières difficultés de Mélaine apparaissent en février 2008 avec la contamination d’un silo boudin par la listeria. Une bactérie qui cause une maladie dégénérative incurable chez les brebis. Bilan : 50 brebis euthanasiées sur un cheptel d’un peu plus de 300. La caisse de secours du GDS est mobilisée pour la prise en charge des frais vétérinaires mais la listeria va laisser des traces. La bactérie étant très résistante, Mélaine entreprend le nettoyage de ses trois tunnels, des cornadis, auges, etc., au nettoyeur haute pression.

Quatre années cauchemardesques

Mais ce geste va engendrer un déséquilibre microbien et permettre à une autre bactérie, l’echtyma, de proliférer dans la bouche et sur les lèvres des agneaux, les pis des mères... “Pendant deux mois, j’ai soigné 80 mères tous les jours avec de la graisse à traire et de la teinture d’iode, pareil pour les agneaux...”, se rappelle Mélaine. Malgré ce protocole du Dr. Salat, suivi à la lettre, des brebis devront être réformées et des agneaux seront perdus faute de pouvoir têter. La trésorerie de la jeune agricultrice s’en ressent. Mais la série noire est loin d’être terminée. L’élevage enregistre encore beaucoup de pertes avec des brebis qui maigrissent. Les analyses diligentées en 2009 par le vétérinaire révèle la présence de border disease, le cousin germain de la BVD bovine (maladie des muqueuses), qui, dans le cas de Mélaine, débarque accompagnée de salmonellose.

En quelques mois, le troupeau est décimé : 120 agneaux et 80 brebis périssent ou sont euthanasiés. Les bêtes immunodéprimées sont par ailleurs la cible de muguet, d’invasion massive de strongles (parasites) résistants... “La border reste assez rare dans nos zones et pour ce qui est de la salmonellose, c’était mon premier cas”, commente Olivier Salat. “Le souci en ovins, c’est le coût prohibitif des analyses : en gros, c’est le même prix pour une analyse en mélange pour 20 agneaux (37,5 €) que pour 20 bovins”, explique Coralie Montbertrand, en charge de la section ovine au GDS et qui a suivi l’agricultrice tout au long de ses difficultés. Impossible donc de faire un dépistage individuel de tous les animaux. “Ça a été très dur. Quand je rentrais dans la bergerie, c’était pour ramasser des cadavres...”, confie Mélaine Védrines.

Alors maman d’un petit Ludvik âgé de neuf mois, elle va devoir désinfecter en plein hiver toutes ses bergeries à la chaux vive, vacciner tout le cheptel... Heureusement, la caisse de secours du GDS va une nouvelle fois être activée, et l’éleveuse va pouvoir compter sur le soutien des Jeunes Agriculteurs et la solidarité de ses voisins. Les séquelles sur l’élevage vont se faire ressentir encore trois ans, avec des agneaux qui ne profitent pas, des brebis qui retiennent mal... Mélaine commence seulement à sortir aujourd’hui la tête hors de l’eau. “Si nous avons choisi de faire la formation chez Mélaine, c’est aussi parce qu’elle a suivi toutes les préconisations vétérinaires et qu’elle pourra témoigner qu’il existe des moyens pour faire face aux maladies”, déclare Coralie Montbertrand.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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