Transmission d'exploitation : Pour Jacky Salingardes, président de la Fnec, « les freins sont dans la tête et dans le porte-monnai

Propos recueillis par Damien Hardy

Transmission d'exploitation : Pour Jacky Salingardes, président de la Fnec, « les freins sont dans la tête et dans le porte-monnai

Le président de la Fédération nationale des éleveurs de chèvres analyse les difficultés de transmission observées sur le terrain.

La dynamique actuelle de transmission et d'installation préoccupe-t-elle la filière caprine ?

Le manque d'installation et de transmission en élevage caprin inquiète la filière, surtout dans les zones de production historique de Poitou-Charentes et de la région Centre. Quand il n'y a pas de transmission, le troupeau est démantelé et l'outil est détruit. Pour les laitiers, un point de collecte qui disparaît risque de condamner la petite région a ne plus revoir le camion de ramassage. Pour tous les éleveurs, c'est un collègue qui part et de la dynamique d'élevage en moins.

Quelles sont les difficultés qui limitent les transmissions d'exploitation ?

Même s'il existe une prise de conscience collective de la part du monde agricole sur l'intérêt de transmettre, il existe de puissants freins individuels à la transmission. Des freins financiers d'abord. Les transactions se chiffrent en centaine de milliers d'euros et le cédant veut rentabiliser au maximum tout le travail qu'il a pu fournir dans sa vie professionnelle. Le deuxième frein est d'ordre psychologique. En plus d'intégrer qu'il ne va plus travailler, l'éleveur doit accepter que quelqu'un va le faire à sa place, et ce n'est pas facile dans le monde agricole où la valeur travail est très ancrée dans les esprits.

La taille de l'exploitation a-t-elle quelque chose à voir dans la transmission ?

Certaines exploitations sont devenues tellement grosses qu'elles sont irreprenables. En plus, ce n'est pas parce qu'un élevage sort un gros chiffre d'affaires qu'il crée automatiquement un gros revenu. A contrario, les exploitations caprines plus petites sont plus faciles à céder, mais aussi plus faciles à être happer par le voisinage…

Comment faire alors pour favoriser les transmissions ?

Il faut reconnaître que c'est parfois difficile de transmettre son exploitation, surtout à des hors cadre familial. Mais ce n'est pas parce qu'il y a de la difficulté qu'il faut renoncer. Plus on s'y prépare tôt et plus on peut anticiper les difficultés. Transmettre, ce n'est pas forcement vendre systématiquement. Il peut être intéressant pour le cédant de louer sa ferme en se gardant ainsi un outil de rente. La transmission dans la continuité, via des sociétés agricoles, permet souvent de faciliter l'échange de biens mais aussi de savoirs. En fin de carrière, s'associer permet de s'alléger le travail tous en mettant le pied d'un jeune à l'étrier. Cela permet de laisser la ferme à quelqu'un que l'on connaît car sinon, c'est dur de s'arrêter brutalement en cédant la place à un inconnu. Au niveau collectif, le plan de pérennisation de la filière caprine en cours de préparation intègre un volet sur la transmission et l'installation. Il prévoit de faciliter les rencontres entre cédants et repreneurs à travers les Adasea notamment.

Source Réussir La chèvre Novembre-Décembre 2008

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