Adolphe Thomas, président du Snia (1) : Les fabricants d'aliment vont perdre 1,5 million de tonnes en 2009

Propos recueillis par Dominique Poilvet

La contraction du marché de l'alimentation du bétail en France a de lourdes conséquences sur l'organisation du secteur de la nutrition animale. Analyse de la tendance par Adolphe Thomas, président du Syndicat de l'industrie de l'alimentation animale française.

Comment évolue le marché de l'alimentation du bétail en France ?

Depuis le début de l'année, les volumes globaux sont en baisse de 6,9 %. Le porc suit la même tendance, avec une diminution de 6,7 % d'aliment fabriqué sur 9 mois. Sur un an, cela représente un retrait de 1,5 million de tonnes d'aliment. Généralement, la baisse des volumes d'aliment fabriqués s'explique par l'érosion constante des productions animales en France depuis le début des années 2000. Cette année, la chute du prix des céréales a sans doute, en plus, incité les éleveurs à conserver leurs récoltes pour alimenter leur cheptel. Nous avions observé l'inverse en 2007-2008, quand les prix des céréales avaient flambé. Les éleveurs avaient préféré les vendre pour acheter de l'aliment composé. En 2010, nous prévoyons une nouvelle baisse des volumes fabriqués de 1,5 à 2 %.

Adolphe Thomas, président du Syndicat national de l'industrie de la nutrition animale. (D. Poilvet)

Adolphe Thomas, président du Syndicat national de l'industrie de la nutrition animale. (D. Poilvet)

Cette évolution a-t-elle des conséquences sur la santé financière des fabricants d'aliment ?

En 2007, le résultat courant avant impôt de notre industrie ne représentait déjà que 0,3 % du chiffre d'affaires(2). Il est certain qu'en 2009, ce ratio sera encore moins bon, d'autant plus qu'avec la crise, une partie du risque lié à l'augmentation des encours client devra être provisionné. Les fabricants ont souvent permis à certains éleveurs de poursuivre leurs activités, parfois en se substituant aux banques. Ces encours importants constituent une charge non répercutée sur le prix de vente de l'aliment, une prise de risque et parfois une responsabilité juridique dans certaines situations.

Cette crise est-elle à l'origine des restructurations récemment constatées, notamment dans l'Ouest de la France ?

Chez les fabricants d'aliment, les charges fixes représentent 70 % des charges totales. Autant dire qu'une baisse significative du tonnage fabriqué entraîne des conséquences sur le résultat financier des entreprises. Regrouper des tonnages d'aliment est un levier majeur de rentabilité, au même titre que l'optimisation de la logistique. La tendance au regroupement n'est pas nouvelle. Le nombre de fabricants d'aliment ne cesse de diminuer et leur taille moyenne augmente. Dans le même temps, on assiste depuis le milieu des années 90 à un accroissement de la part du secteur coopératif dans le capital des entreprises privées.

Comment expliquer cette évolution ?

Les coopératives ont voulu se diversifier et elles ont trouvé de bonnes opportunités dans la nutrition animale. En parallèle, certains entrepreneurs privés, qui étaient souvent les pionniers du développement de la nutrition animale dans les années 60, n'ont pas trouvé de successeurs en interne. De plus, peu de grands groupes internationaux privés de la nutrition ont souhaité investir en France, certains se sont même désengagés (Cargill, Nutreco…), s'inscrivant dans une stratégie mondiale, et préférant se développer dans des marchés émergents. La France est un marché à maturité où le potentiel de développement est devenu limité.

La baisse des céréales a permis une détente des prix d'aliment. La tendance va-t-elle se poursuivre ?

Il est probable que les céréales resteront bon marché, au moins jusqu'à la prochaine récolte. Les stocks se sont reconstitués, aussi bien chez les organismes stockeurs que chez les éleveurs, et les spéculateurs sont moins actifs sur les commodités agricoles. Le tourteau de soja est encore cher, mais les perspectives pour la nouvelle récolte sont encourageantes. Les marchés à terme anticipent déjà cette tendance. L'exercice est délicat s'agissant de prédire les prix, mais nous devons considérer que structurellement la demande mondiale va croître et pèsera sur les prix des matières premières agricoles avec une volatilité accrue sur les cours.

(1) Le Snia représente 104 fabricants d'aliment privés, 161 sites de production et 49 % de la production française d'aliment du bétail (8,5 Mt/an).
(2) Source : Agreste.

Source Réussir Porcs Décembre 2009

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