Allemagne, Danemark et Pays-Bas : Un grand bassin de production se dessine en Europe du Nord

Claudine Gérard

Les Pays-Bas et le Danemark voient leurs élevages évoluer vers des ateliers de naissage de grande taille, avec des exportations croissantes de porcelets qui sont engraissés et abattus en Allemagne du Nord, toute proche.

Le naissage au Danemark et aux Pays-Bas, l'engraissement et l'abattage en Allemagne, voici le schéma qui se dessine en Europe du Nord qui devient ainsi un bassin de production unique, constitué de zones et d'élevages spécialisés.
Déjà, 70 % des truies sont concentrées chez des naisseurs aux Pays-Bas, et 50 % au Danemark. Pour Christine Roguet, l'élevage porcin danois s'oriente ainsi vers une exploitation sociétaire multisite, avec un site de naissage de 1 000 à 5 000 truies, produisant des porcelets transférés sur des sites d'engraissement danois ou… allemands !
Elle prévoit que, dans quelques années, sur 29 millions de porcelets sevrés chaque année au Danemark, 10 millions (soit un tiers de la production) pourrait être exporté à 30 kg principalement. Ceci est la conséquence de difficultés croissantes d'engraisser les porcs au Danemark, principalement pour des questions liées à l'environnement. Le pays a imposé des règles concernant les distances entre élevages, les émissions d'odeurs, un lien au sol extrêmement coûteux avec une flambée du prix des terres (jusqu'à 30 000 euros par ha). S'ajoutent des difficultés d'accès au crédit et celle de trouver de la main-d'oeuvre pour l'engraissement, le naissage étant plus attractif.

Élevage naisseur danois à Karstoff ( Jutland) de 420 truies. (Franky de Letter)

Élevage naisseur danois à Karstoff ( Jutland) de 420 truies. (Franky de Letter)

Aux Pays-Bas, en 2009, 700 exploitations porcines ont disparu, dont 600 détenaient des porcs à l'engrais (et 200 des truies). L'Ifip avance que l'évolution des structures confirme bien le développement du naissage pour l'exportation. Fin 2009, l'élevage porcin des Pays-Bas compte 7600 élevages dont 3100 avec truies et 6500 avec des porcs à l'engrais et la production se concentre dans 2000 unités de plus de 2000 animaux. La Rabobank prévoit qu'à l'horizon 2015, le même nombre de porcs sera produit avec la moitié d'unités en moins. Parmi les facteurs qui expliquent cette mutation du secteur porcin, les experts avancent la suppression des quotas laitiers qui devrait conduire un certain nombre d'éleveurs à abandonner la production porcine. Et l'année 2013, avec la mise en groupe des truies devrait être un des moteurs de cette restructuration qui va progressivement spécialiser l'élevage néerlandais vers la production de porcelets. Ces porcelets, comme ceux du Danemark, trouvent aujourd'hui un débouché intéressant en Allemagne du Nord, très proche, et historiquement spécialisée dans l'engraissement. 80 % des porcs charcutiers sont en effet présents chez des engraisseurs spécialisés (à comparer à 37 % en France).

En 2009, l'Allemagne aura importé 9 millions de porcelets du Danemark ou des Pays-Bas, soit 20 % de sa production. Les exportations de porcelets par le Danemark ont été multipliées par 3,8 en 10 ans, pour atteindre 5,8 millions de têtes en 2008. Tout comme aux Pays-Bas où ces exportations ont été multipliées par 2,4 en 10 ans pour atteindre 4,5 millions. « Cette spécialisation croissante de ces pays dans le naissage s'accompagne d'une concurrence acharnée sur le marché allemand. » Et ce phénomène se fait au détriment des éleveurs du sud de l'Allemagne, le plus souvent des naisseurs de petite taille (90 truies en moyenne). Les effectifs truies y ont chuté de plus de 5 % l'année passée. Au total, l'Allemagne a perdu 80 000 reproducteurs en un an, soit 3,5 % de son effectif. Dans le même temps, les effectifs de porcs à l'engrais ont progressé de 2,1 % au total (selon l'Ifip). Et, plus en détail, les porcs de plus de 80 à 110 kg recensés en 2009 (1) ont progressé de + 1,5 %, et ceux de plus de 110 kg de + 7,5 %.

Ces modifications de l'organisation de l'élevage en Europe du Nord ont été rendues possibles grâce au développement spectaculaire des outils d'abattage allemands. En 2009, l'Allemagne a abattu 58 millions de porcs et, selon le MPB, en abattra 60 millions en 2010. À l'inverse, au Danemark, les abattages sont en recul de 4 millions de porcs en 2009, soit – 8 %. Danish Crown, le principal intervenant, a enregistré une baisse de tonnages (porc essentiellement et bovins de réforme) de 10 % sur son territoire. Les activités internationales ont compensé les difficultés sur le marché intérieur danois. Mais l'entreprise a du fermer plusieurs sites et réduire ses effectifs de 6 %.

 

L'Allemagne détrône le Danemark

Autre fait marquant de la structuration de l'élevage au Nord de l'Europe, l'Allemagne est devenue le premier exportateur de l'UE vers les pays tiers (1). Sur les dix premiers mois de 2009, les exportations allemandes se sont élevées à 436 000 tonnes, (-2 % par rapport à 2008), dépassant de fait les exportations danoises qui, avec 412 000 tonnes, sont en retrait de 12,8 %. Dans le même temps, la France a perdu 17 % de ses débouchés et se situe au 3e rang avec 154 000 tonnes.

 

Source : MPB.

Source : MPB.

 

Source Réussir Porcs Février 2010

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