« Arrêtons les querelles de chapelle ! » demande le vice-président de la FNP

Propos recueillis par Claudine Gérard

« Arrêtons les querelles de chapelle ! » demande le vice-président de la FNP
François Valy : " les accords entre abattoirs et groupements sont un simulacre de contractualisation. " - © C. Gérard

Accusant les différents acteurs de la filière de se rejeter les responsabilités, François Valy, vice-président de la FNP*, juge que les difficultés de mise en oeuvre du fonds d'urgence porcin tiennent essentiellement à des querelles stériles.

Le fonds d'urgence de 100 millions d'euros destiné à aider les producteurs est en panne. Pourquoi ?

En début d'année, tous les acteurs, des groupements à la grande distribution, avaient donné leur accord pour prélever temporairement une somme équivalent à neuf euros par porc afin de la redistribuer aux éleveurs. Ce qui représenterait pour un élevage de 200 truies environ sur les six mois prévus au calendrier. Mais au moment de passer à l'acte, tour à tour, les opérateurs ont dressé des obstacles, Coop de France, puis Culture Viande, puis les salaisonniers... Personne ne souhaitant être au coeur du prélèvement de ces sommes, qui étaient prévues figurer en pied de facture. Tous craignent que leurs clients ne leur fassent payer la note au final.

Les éleveur ont-ils quelques espoirs de voir ce fonds leur parvenir ?

Nous continuons à y croire et y travaillons sans relâche. Aujourd'hui, nous examinons la possibilité que la grande distribution collecte elle-même les neuf euros par porc prévus à l'origine. C'est un système qui fonctionne par exemple en Belgique pour le lait. Mais le risque est de ne pas pouvoir capter par cette voie 100 % du montant initialement prévu, puisque ce « circuit » met hors du jeu les autres débouchés que sont les bouchers charcutiers, traiteurs, et la restauration hors foyer. Cette solution permettrait d'aboutir, mais le risque est bien qu'elle aboutisse à un fonds sensiblement moins élevé que les 100 millions prévus à l'origine des discussions. En tout état de cause, il ne faudra pas accuser le syndicalisme qui, dans ce dossier, a tout fait pour trouver des solutions. Et je n'accepterai pas que soit mis en cause Xavier Beulin qui veut voir ce dossier aboutir, comme nos représentants des FDSEA, et bien entendu la FNP.

Vous accusez donc ouvertement le secteur de l'abattage découpe ?

Entre autre oui. Même s'ils ont eu des périodes difficiles et des rentabilités faibles, ils sont aujourd'hui dans un contexte qui leur est très favorable, et gagnent de l'argent qui ne revient pas aux éleveurs, ceux-ci étant au final toujours la variable d'ajustement. D'une manière générale, toute l'agriculture souffre du manque de transparence des différents acteurs, abattoirs, mais aussi firmes d'aliment, fournisseurs d'intrants...

Que demandez-vous aux abattoirs aujourd'hui ?

Nous leur demandons de faire leur travail d'abatteurs et de tout faire pour valoriser au mieux la production de qualité, fruit du travail des éleveurs.

Il faut aussi arrêter la vente directe via les groupements (actuellement à hauteur de 50 à 90 % de la production) au travers des 32 cahiers des charges existants qui ne servent qu'à tenir les éleveurs. En retour, ils octroient aux éleveurs quelques petits centimes que j'assimile à un « treizième mois », mais c'est bien le prix de base qui fait le revenu !

Ces accords entre groupements et abatteurs n'ont rien de formel. C'est juste un simulacre de contractualisation puisqu'ils n'engagent les abattoirs ni sur la durée, ni sur le prix, ni sur les quantités. Les groupements doivent être capables de se regrouper pour « assécher » en partie cet approvisionnement en direct et rétablir des rapports de force corrects entre producteurs et abatteurs.

Mais le projet de plateforme de vente qui réunirait une partie des groupements de producteurs est aussi en panne !

Oui, totalement, et ceci essentiellement à cause d'egos surdimensionnés de certains dirigeants, de querelles de chapelles qu'il faut faire cesser. Quand la production était dans une spirale de croissance, ce petit jeu avait peu de conséquences. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas, et nos organisations professionnelles coopératives ne jouent plus leur rôle initial et primordial de commercialiser au mieux la production de leurs adhérents. J'ajouterai qu'elles ne sont souvent plus dirigées par leur conseil d'administration, mais par leurs directeurs !

* Fédération nationale porcine

Source Réussir Porc

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