Avec de nouvelles variétés cultivées aux USA : Le soja OGM peut aggraver notre dépendance protéique

Claudine Gérard

La mise en culture outre-Atlantique de nouvelles variétés OGM qui n'ont pas encore d'agrément d'importation pour l'alimentation animale dans l'UE pose le problème de notre approvisionnement.

Chaque année, l'Europe importe 34 à 35 millions de tonnes de soja (voir note) pour
l'alimentation animale, essentiellement en provenance d'Argentine et du Brésil (voir
graphique ci-contre). Ces importations sont soumises à un agrément européen pour
chaque variété OGM de soja. Or de nouvelles variétés de soja OGM sont en passe d'être
cultivées en particulier aux Etats-Unis, variétés qui n'ont pas (encore) d'agrément européen
et qui, évidemment, ne peuvent pas être importées. Ce n'est pas, en soi, l'impossibilité
d'importer ces variétés qui est le plus problématique pour les fabricants européens. Mais
c'est bien le risque que, dans un lot de soja OGM autorisé et importé, des traces de ces
variétés OGM non autorisées à l'importation ne soient trouvées. Car, à ce jour, les autorités
appliquent une tolérance zéro ! C'est-à-dire que la découverte de traces d'une variété non
autorisée dans des lots importés rend tout le lot impropre à son utilisation et conduit à son
retour à l'envoyeur ! « Notre demande n'est évidemment pas de pouvoir importer des sojas
OGM non autorisés ! », souligne Stéphane Radé, directeur du Snia (Syndicat National des
Industriels de la Nutrition Animale.

Précisément, le syndicat français réclame deux mesures : la première est que l'UE accélère
les procédures d'agrément de nouvelles variétés, procédures qui, aujourd'hui demandent
environ deux ans. La seconde est que, à partir du moment où l'Efsa (autorité européenne de
sécurité des aliments) s'est prononcée favorablement sur de nouvelles variétés OGM (ce qui
est un préalable à toute autorisation européenne) et que cette variété soit en cours de
procédure d'autorisation. Voilà pour le problème à court terme

Les silos de stockage (capacité de 40 000 tonnes) du soja de l'usine de trituration de la Coamo à Campo Mourão (État du Parana, Brésil). (B. Griffoul)

Les silos de stockage (capacité de 40 000 tonnes) du soja de l'usine de trituration de la Coamo à Campo Mourão (État du Parana, Brésil). (B. Griffoul)

 

Un rapport alarmiste à Bruxelles

Pour le plus long terme, les professionnels européens s'interrogent sur les solutions
qu'auraient les fabricants d'aliment du bétail en cas de non autorisation d'importation de
nouvelles variétés OGM. Ce problème a fait l'objet d'un rapport publié par DF Agri (qui
souligne que les idées qui y sont publiées ne représentent pas nécessairement le point de
vue de la Commission européenne).
Les auteurs prévoient en premier lieu une augmentation aux Etats-Unis de la culture d'une
nouvelle variété de soja OGM (le MON 89 788), non (encore) autorisée à l'importation par
l'UE. Celle-ci pourra l'être, mais la durée nécessaire de la procédure va faire en sorte que,
même dans le cas d'une autorisation à venir, il y aurait un décalage dans le temps entre la
culture de ces sojas et la possibilité pour les Européens de les utiliser. Ce que les
spécialistes appellent : « des autorisations asynchrones ».
Dans ces conditions, les auteurs du rapport dressent trois scénarios. Premier scénario,
seuls les États-Unis cultivent ces nouvelles variétés que l'Europe ne peut pas importer.
Sachant que les importations européennes en provenance des USA ne sont « que » de 2,6
millions de tonnes. Le report d'approvisionnement en provenance d'autres bassins (Brésil,
Argentine) suffirait à satisfaire nos approvisionnements, et ce scénario serait sans grande
conséquence.





 

DifférentS scénarios aux effets contrastés

Second scénario, ces variétés nouvelles sont cultivées aux USA mais aussi en Argentine. Il
ne nous resterait donc comme fournisseur que le Brésil pourrait augmenter ses
exportations de soja vers l'UE de 7 millions de tonnes. Ce qui porterait le déficit de l'UE à 9
millions de tonnes de soja qui pourraient être remplacées en partie par d'autres tourteaux
(tournesol, colza) avec, au final, un déficit en soja de trois millions de tonnes. Dans ces
conditions, les experts calculent que la production et la consommation de porc en Europe
baisseraient très légèrement (en relation avec l'augmentation des coûts) et les importations
de viande se limiteraient à 81 000 tonnes en 2009 et 96 000 tonnes en 2010, tandis que le
prix de la viande augmenterait de 10 % environ.
Dernier scénario « catastrophe », l'Europe ne peut plus importer de soja à la fois du Brésil,
d'Argentine et des USA. Le déficit en soja s'élève alors à 32 millions de tonnes, et le
remplacement possible par les autres tourteaux se solde par un déficit final de près de 26
millions de tonnes de soja ! L'impact de ce dernier scénario sur la production porcine serait,
selon les calculs du modèle, une chute de production porcine européenne de 29 à 35 % en
2009-2010 et, compte tenu de l'augmentation du prix de la viande, une baisse de
consommation de 24 % en 2009, suivie d'une baisse plus modérée de 17 % en 2010, « en
raison d'importations plus élevées de viande »…




Ce scénario est-il plausible où s'agit-il, comme l'affirment certains, d'une pression des États
membres pour faire accélérer les procédures d'agrément de nouvelles variétés ? Certains
observateurs font remarquer qu'on imagine mal le Brésil et l'Argentine mettre en culture des
variétés non autorisées en Europe, qui représente environ la moitié de leurs débouchés
(respectivement 51 % et 42 %) ! Tandis que, pour les Etats-Unis — pour qui l'UE ne
représente que 9 % des débouchés en soja — la problématique n'est évidemment pas la
même. Il faut donc éviter de tomber dans le catastrophisme, tout en sachant que les OGM
compliquent quand même la donne.
« Il sera de plus en plus difficile de pouvoir importer des matières premières pour
l'alimentation animale, affirme Stéphane Radé. Si l'Europe persiste dans ses positions quant
aux OGM dans l'alimentation de ses animaux, il faudra qu'elle s'en donne les moyens et
trouve les solutions pour réduire en particulier sa dépendance en protéines. Et ceci ne se
fera que s'il y a une réelle volonté politique d'indépendance protéique ».


Nota : Graines et tourteaux, exprimés en équivalent tourteau.



Source Réussir Porcs Mai 2008

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