Canada : La baisse des cours et des exportations met la filière porcine en grande difficulté

Claudine Gérard

Les producteurs de porcs canadiens vivent une crise d'une ampleur exceptionnelle. Le prix du porc, la baisse des exportations vers les USA et le changement des règles de l'assurance revenu au Québec fragilisent la filière porcine pour les mois et années à venir.

Au Canada, environ 105 000 truies, 340 000 places d'engraissement, soit environ 6 % du cheptel national, sont déjà « retirés » du marché, au moins pour trois ans, avec une aide de l'État. Ceci est dû à une crise très dure que vivent les canadiens en raison de plusieurs facteurs. Le premier est la faiblesse du prix du porc. Comme ils l'avaient souhaité, le prix du porc payé au Québec est aujourd'hui le même que celui du porc US (voir Réussir porcs, juin 2009). C'est donc mieux que le prix que fixait l'encan électronique qui se situait toujours globalement 7 à 10 centimes de dollars canadiens (environ 0,5 à 0,70 €/kg) en dessous du prix US. Mais c'est toujours insuffisant pour couvrir les coûts de production. Le prix payé, à 143 $ canadiens/100 kg de carcasse (environ 104 euros) est inférieur d'environ 24 $ (17,5 €) au coût de production.

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Des arrêts d'activité subventionnés

Autre élément de taille dans le commerce du porc, le système « Cool » mis en place aux Etats-Unis. Réclamé par les lobbies américains, il privilégie une viande porcine « née, élevée et abattue aux Etats-Unis ». Cette préférence nationale a fait chuter brutalement les exportations de porcelets et de porcs charcutiers canadiens, en particulier des provinces de l'Ouest (Manitoba, Saskatchewan et Ontario). Entre 2007 et 2009, les exportations d'animaux vivants (porcelets et porcs charcutiers) ont reculé de 38 %. D'où un excédent d'animaux qui se retrouvent en partie au Québec… et pèsent sur le marché.
Face à ce déséquilibre offre/demande, le gouvernement canadien a mis en place un système d'accompagnement à l'arrêt de la production pour les éleveurs volontaires. Ce programme fédéral de transition pour les exploitations porcines (PTPEP) prévoit d'aider financièrement les producteurs qui s'engagent à arrêter leur production pendant trois ans. Le montant de l'aide est proposé… par l'éleveur lui-même en fonction de son taux d'endettement et sous réserve qu'il soit propriétaire de son exploitation (et pas en intégration). En février dernier, selon l'hebdomadaire québécois La terre de chez nous, les premières soumissions (propositions) s'établissaient à 584 $ unité animale équivalente (1) et, en moyenne, elles se situent aujourd'hui à 925 $UAE. Au total, 338 élevages ont à ce jour bénéficié de l'accompagnement, pour le retrait de 105 000 truies, principalement en Ontario, pour un coût total évalué au final à 75 millions de dollars. Lyse Grenier, présidente du syndicat des producteurs de porcs de la région de La Beauce, déclare dans ce même hebdomadaire que, dans sa région, « la majorité des participants au programme de transition sont des producteurs dont les bâtisses sont désuètes, ou qui ont une production contingentée à côté (poulet par exemple, N.D.L.R.), et qui sont tannés de manger de l'argent avec le porc ».

 

Des prêts pour épargner les dettes

Par ailleurs, un programme de réserves pour pertes a été mis en place afin de consolider les dettes des élevages. Doté d'une enveloppe de 400 millions de dollars canadiens (environ 290 millions d'euros), ce programme prend la forme de prêt, à rembourser sur dix ans, avec un maximum de 85 $/porc et 30 $/porcelet sevré. Mi-février, 300 millions de dollars ont été prêtés à 113 élevages. Malgré ces mesures, la filière porcine canadienne reste très déprimée et les différents acteurs rencontrés ne cachent pas leur pessimisme pour l'avenir. Déjà, de nombreux élevages se sont retrouvés en faillite, et certains intégrateurs affichent de lourdes pertes pouvant même remettre en cause leur pérennité.
Le journal La Voix de l'Est du 16 février consacre ainsi une pleine page aux difficultés de l'entreprise Boulay. Son président, François Boulay, annonce que, sur les 100 000 porcs produits par an, la perte est aujourd'hui de 14 $/porc, et l'entreprise est aujourd'hui incapable de rembourser les 14 millions de dollars canadiens qu'elle doit à quelque 120 créanciers… Et plus généralement, ce sont aujourd'hui les contrats qui lient les producteurs aux intégrateurs qui sont revus en forte baisse, provoquant évidemment la colère des éleveurs, en particulier des récents investisseurs.

 

Source Réussir Porcs Avril 2010

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