Cours du porc : Comment sont gérés les risques de prix en France et à l'étranger

Armelle Puybasset

Avec la crise, les débats sur l'intérêt d'un système de soutien du revenu des éleveurs refont surface. Christine Roguet, de l'Ifip, fait le point sur les dispositifs de gestion des risques qui existent en France et à l'étranger.

Comme à chaque période de crise, beaucoup s'interrogent sur la nécessité de mettre en place de nouveaux outils de gestion des risques de prix et de revenu. Le prix du porc a une variabilité importante. Il fluctue notamment selon un cycle, mécanisme libéral d'adaptation de l'offre à la demande. Mais au fil des années, ces cycles sont devenus plus longs, plus irréguliers et leur amplitude s'est accentuée, rendant périodiquement les situations de trésorerie très difficiles. En 2007 et 2008, la hausse brutale du prix de l'aliment a ajouté une nouvelle composante au risque de revenu pour les éleveurs de porcs. Pour limiter l'impact de ces fluctuations de prix sur le revenu des exploitants, il existe déjà, en France et à l'étranger, des dispositifs de gestion des risques. Certains sont entièrement privés (Caisses d'Avance de Trésorerie(1), caisses de régulation, marché à terme, contractualisation ou tout simplement épargne de précaution). D'autres bénéficient d'un soutien public au travers d'économies d'impôts et de charges sociales (déduction pour investissement, déduction pour aléa, assiette fiscale triennale) ou d'aides directes conjoncturelles (FAC, Agridiff…) et structurelles (DPU).

Au Québec, l'assurance revenu Asra a favorisé le développement de la production. Mais ce dispositif a aussi des inconvénients. (F. de Letter)

Au Québec, l'assurance revenu Asra a favorisé le développement de la production. Mais ce dispositif a aussi des inconvénients. (F. de Letter)

Assurance revenu québécoise

L'Ifip étudie les dispositifs de gestion des risques disponibles à l'étranger. En Allemagne, le contrat à terme « porc » proposé depuis 1998 à la Bourse de Hanovre n'a jamais rencontré de succès. Au Québec, les producteurs bénéficient depuis 1981 d'une assurance-revenu (Asra) fortement subventionnée (soutien net moyen de 7 c d'euro/kg de carcasse sur 10 ans) qui fait de nombreux envieux. « Mais envisager un tel outil de soutien du revenu en France semble peu réaliste », estime Christine Roguet, économiste à l'Ifip. « La contribution publique est très élevée. Outre qu'il paraît peu compatible avec l'état des finances publiques, un tel dispositif, qui ne peut être envisagé par un seul État membre, n'est pas dans l'esprit de l'évolution actuelle de la PAC. De plus, sa conformité avec les règles de l'OMC semble « fragile » ».

Le Canada, de son côté, a développé un programme qui vise à stabiliser la marge individuelle de l'exploitation. « Cet outil de lissage est intéressant. Il stabilise le revenu global de chaque exploitation toutes productions confondues et le soutien apporté par les subventions publiques est compatible avec les règles du commerce international. Lors du bilan de santé de la PAC, les réflexions sur la gestion des risques gagneraient à tirer profit des expériences canadiennes en la matière. »

Evolution du prix du porc en France (F/kg) depuis 50 ans (Source Ifip)

Evolution du prix du porc en France (F/kg) depuis 50 ans (Source Ifip)

 

Compétitivité de la filière

Christine Roguet s'interroge sur le dispositif qui conviendrait le mieux à la filière française. Bien qu'efficaces, certains dispositifs (DPA, DPI…) ne sont pas utilisés, probablement car ils ne répondent pas aux attentes des utilisateurs visés. « Toute la question de départ est donc de savoir s'il y a une demande en matière de gestion des risques de prix du porc par la filière porcine et en particulier par les producteurs ? Et laquelle ? », demande l'économiste. « Souhaitent-ils subir de moindres fluctuations des prix ? Les caisses de régulation, pourtant peu utilisées aujourd'hui, sont appropriées. Souhaitent-ils lisser leur revenu ? L'épargne de précaution défiscalisée ou non joue ce rôle. »
Autre question : « Les producteurs sont-ils prêts à s'engager dans un programme collectif ou veulent-ils uniquement des mesures individuelles ? ». À défaut d'une demande unanime de tous les producteurs, certaines catégories d'éleveurs peuvent être plus intéressées par des prix plus stables : les jeunes installés, les éleveurs qui viennent de réinvestir, les éleveurs « allergiques » au risque…

La conception (et l'intérêt) d'un outil de gestion du risque de prix dépend aussi du soutien public envisageable. À court terme, adapter les mesures de défiscalisation semble le plus simple à mettre en oeuvre : hausse du seuil des DPI-DPA, moyenne quinquennale des revenus comme assiette fiscale ou sociale, provision pour perte de chiffre d'affaires… « Face à la concurrence qui pèse tendanciellement sur les prix du porc, il ne faut espérer aucun dispositif miracle », conclut Christine Roguet. « En effet, quels qu'ils soient, ces dispositifs visent à limiter les fluctuations des prix et du revenu. Ils ne remplacent pas les politiques de soutien du revenu. Ils peuvent aussi avoir des effets pervers. Dans un marché libéral et européen, les fluctuations des prix traduisent l'adaptation de l'offre à la demande. Peut-on envisager des outils visant à empêcher ces ajustements ? La question du prix du porc et du revenu des éleveurs n'est-elle pas avant tout une question de compétitivité et d'organisation commerciale de la filière ? »

(1) : CAT (anciennement Stabiporc) est un dispositif d'avance de trésorerie aux éleveurs entièrement remboursable doté pour la crise actuelle de 100 millions d'euros.

Source Réussir Porcs Mars 2008

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