Des clés pour moins d’antibiotiques en post-sevrage

Agnès Jardin, Anne Hémonic, Nathalie Chatelier et Claudine Gérard - Réussir Porcs Mars 2013

Des clés pour moins d’antibiotiques en post-sevrage
La pompe doseuse est l’outil insipensable au sevrage non-médicamenteux. © C. Gérard

Deux thèses de vétérinaires réalisées au sein de la Selas de la Hunaudaye et de l’UGPVB montrent que diminuer la consommation d’antibiotiques pour les porcelets est possible, sous réserve d’être motivé, attentif au confort des porcelets… et disposer d’une pompe doseuse.

Le panel Inaporc décrypte les usages des antibiotiques en élevage

Des clés pour moins d’antibiotiques en post-sevrage

Les porcelets en post-sevrage sont majoritairement destinataires des antibiotiques de l’élevage.
C’est un des résultats du panel Inaporc, mis en œuvre par l’Ifip avec l’appui de l’Anses. Ce panel est basé sur un échantillon de 170 élevages représentatifs de la production française. Il a comme objectif de mesurer de façon précise les quantités d’antibiotiques utilisées en 2010 et de décrire les modalités d’usage (animaux concernés, voies d’administration, motifs de traitement, dose et durée de traitement…). Cette étude confirme aussi que la majorité des antibiotiques sont administrés sous forme de prémélange dans l’aliment pour traiter les problèmes digestifs
en post-sevrage.

Des éleveurs animaliers, réactifs, motivés, attentifs au confort global des porcelets avant et après sevrage, respectant les normes zootechniques et de biosécurité. Voilà le portrait de ceux qui parviennent à réduire voire supprimer les antibiotiques pour les porcelets, au regard de deux enquêtes terrain menées dans le cadre de thèses d’étudiants vétérinaires.
À la Selas de la Hunaudaye, une comparaison a été faite entre les pratiques de 20 éleveurs les plus faibles utilisateurs d’antibiotiques, avec celles de 18 de ceux en utilisant le plus. Premier constat sans surprise, les éleveurs les plus utilisateurs d’antibiotiques en post-sevrage sont plutôt situés dans les zones à plus forte densité porcine, et doivent lutter contre de plus nombreuses pathologies que les élevages peu utilisateurs : le SDRP, l’actinobacillose… Pour faire face, ils utilisent certes plus d’antibiotiques, mais aussi plus de vaccins : leurs frais de vaccination sont de 56 euros par truie contre 36 euros/truie pour les faibles utilisateurs (GTE 2011).
En moyenne, ces forts utilisateurs d’antibiotiques ont une meilleure productivité mais ont malheureusement des structures de bâtiments moins adaptés que les faibles utilisateurs. L’enquête montre qu’ils tentent de compenser ces défaillances structurelles par plus de biosécurité, plus d’hygiène ou encore par le choix d’aliments post-sevrage plus sécurisés. « Mais au regard de leur utilisation d’antibiotiques, on voit que cela ne suffit pas… », commente Agnès Jardin, vétérinaire Selas Hunaudaye. « Trop souvent, les éleveurs se trouvent avec un parc bâtiment qui ne permet pas de respecter les recommandations. »

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De gauche à droite, Anne Hémonic, vétérinaire Ifip, Agnès Jardin, vétérinaire Selas Hunaudaye, et Nathalie Chatelier, vétérinaire UGPVB. © C. Gérard

Zoom sur 21 éleveurs utilisateurs d’aliment blanc

Au-delà des données purement techniques, l’étude montre que le facteur humain tient également un rôle important, et que les éleveurs diffèrent par leur profil psychologique. « Économe » est la caractéristique qui revient le plus chez les faibles utilisateurs d’antibiotiques, alors qu’« anxieux » est l’adjectif qui caractérise le mieux 30 % des éleveurs forts utilisateurs (les 70 % restant n’ont pas de profil particulier). « On retrouve là une des caractéristiques bien connues en médecine humaine où la prescription est influencée par le caractère du patient ! », analyse Agnès Jardin.
Une autre thèse conduite au sein de l’UGPVB a permis de recueillir les pratiques et perceptions de 21 éleveurs n’utilisant plus d’antibiotiques systématiquement au sevrage.
Pour tous ces éleveurs, l’équipement en pompe doseuse est un élément incontournable pour passer à l’aliment 1er âge blanc. Les clés de la réussite sont aussi une bonne motivation et surtout une bonne réactivité.
Depuis l’arrêt de la supplémentation de l’aliment 1er âge, la composition de l’aliment 1er âge a changé et les porcelets sont rationnés en post-sevrage. Les premiers jours suivant le sevrage, les porcelets disposent de tapis ou de plaques au sol pour leur confort et sont mieux surveillés.
« Les éleveurs interrogés s’y retrouvent financièrement, et ce passage à l’aliment blanc a permis à certains de préserver l’efficacité de certains antibiotiques dans leur élevage », conclut Nathalie Chatelier, vétérinaire à l’UGPVB qui rappelle que, dans tous les cas, il importe que l’éleveur puisse avoir une discussion approfondie avec son vétérinaire.

     

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