Elevage : Une baisse des cours du porc imposée aux éleveurs

B.BOUCHOT d'après Les Echos

En un an, les cours français du porc ont chuté de 17%. L'été, les cours du porc ont habituellement tendance à repartir à la hausse, les éleveurs attendent cette reprise pour reconstituer leur trésorerie mais en vain.

Du côté des acheteurs de viande, on maintient depuis quinze jours une forte pression pour que ces prix baissent. En se fournissant à moindre coût, les industriels de l'abattage et de la charcuterie, et la grande distribution essaient ainsi de consolider leurs marges.

« Stratégie bien cordonnée » des abatteurs

Tout se joue à Plérin, en Bretagne, où les cours du porc sont fixés deux fois par semaine et font référence pour toute la France. Le 30 juillet dernier, les abatteurs ont obtenu une première baisse. A la séance suivante, nouvelle tentative de leur part mais cette fois les groupements de producteurs se sont mobilisés et ont refusé de vendre une partie de leurs porcs, le prix est resté inchangé.

Dernièrement les éleveurs n'ont pas pu résister, les abatteurs sont parvenus à imposer de nouvelles baisses. « Dans une stratégie bien coordonnée, les trois principaux groupes d'abattoirs privés ont encore misé au plus bas du jour pour chercher à grappiller quelques millièmes d'euros par kilo » rapporte Jean-Pierre Joly, le directeur du marché de Plérin. « Les producteurs sont coincés », explique un professionnel, « ils ne peuvent pas stocker leurs animaux qui, sinon, grossissent et perdent de la valeur, tout en coûtant cher en aliments. A un moment, il faut vendre.… ».

Conséquence : les cours ont chuté de 11% depuis début juillet. Par rapport à l'an dernier, une chute de 17%. A 1,21€ par kilo, les cours sont tombés en dessous de leur niveau des trois années précédentes à la même époque.

D'après les éleveurs, une politique à courte vue

En France, la viande de porc ne souffre pas d'un problème de pouvoir d'achat. Etant une viande peu chère, la consommation reste à peu près stable. En revanche, « nous avons de grosses pertes de marchés à l'exportation », explique un dirigeant du groupe coopératif Cooperl. Entre la récession mondiale et les dévaluations monétaires, exporter vers la Chine, la Russie, la Pologne, etc. s'avère beaucoup plus dur qu'auparavant. C'est l'argument mis en avant par les industriels pour justifier la baisse des cours qu'ils réclament.

« Mais c'est aussi un prétexte », accuse Jean-Michel Serres, président de la fédération nationale des éleveurs de porcs. « J'ai la conviction que les abatteurs ont de grosses restructurations à financer après les rapprochements signés ces derniers temps, et qu'ils nous font payer l'addition ». D'importants mouvements sont en effet intervenus récemment : Bigard a repris Charal puis Socopa, Gad et Cecab se sont alliés. « C'est clair : ces transformateurs sont désormais assez concentrés pour peser sur les prix et ils ont besoin d'améliorer leurs comptes », analyse un expert de Plérin.

Pour les éleveurs, il s'agit d'une politique à courte vue : « Les diminutions de cours, dramatiques pour nous, sont inutiles pour les abatteurs, car la grande distribution les récupère immédiatement en baissant ses prix d'achat », dénonce Jean-Michel Serres. L'an dernier, un rapport d'Eric Besson commandé par le ministre de l'Agriculture avait déjà pointé la marge particulièrement élevée des distributeurs au rayon porc.

Source Les Echos 12.08.2009

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