Filière bio organisée : Erca Bio recherche de nouveaux éleveurs

Dominique Poilvet

Un prix déconnecté du MPB, des débouchés assurés, le porc bio a des atouts à faire valoir. Aujourd'hui, Erca Bio se structure pour développer ce créneau confidentiel, mais rémunérateur.

Depuis les crises alimentaires des années 90, l'engouement des consommateurs pour les produits bio ne se dément pas. La viande de porc bio profite de cette tendance, même si ce créneau ne représente aujourd'hui que 0,2 % de la production nationale de porcs. « Nous sommes toujours à la recherche de nouveaux producteurs bio pour satisfaire la demande de nos clients », soutient Corentin Hamard, gérant d'Erca Bio. Cette société, basée à Laval (Mayenne), commercialise la production de 65 éleveurs de porcs bio répartis sur toute la France. Créée en 1998 par le groupement Arca et un groupe d'éleveurs de porcs alternatifs de Mayenne, elle représente aujourd'hui 60 % de la production de porc bio organisée en France. En 2008, elle a commercialisé 22 000 porcs. Le nombre de porcs produits au sein de la structure a évolué de + 15 % ces deux dernières années. Mais surtout, la valorisation des carcasses en bio est passée en quatre ans de 63 % à 99 % ! « Nous avons réussi à diversifier nos débouchés pour améliorer l'équilibre matière et la valeur ajoutée sur les carcasses », précise Corentin Hamard. La grande distribution écoule l'essentiel des pièces vendues en frais. Elle représente 50 % des débouchés. Erca Bio est notamment présent dans 145 des 219 magasins Carrefour en France, sous la marque distributeur Agir Bio. Par ailleurs, certaines boucheries traditionnelles de centre ville se spécialisent en bio. Cependant, ce marché n'est pas encore très développé.

La filière Carrefour a créé la marque Agir Bio pour commercialiser les produits issus de l'agriculture biologique. Ce créneau constitue le principal débouché d'Erca Bio. (D. Poilvet)

La filière Carrefour a créé la marque Agir Bio pour commercialiser les produits issus de l'agriculture biologique. Ce créneau constitue le principal débouché d'Erca Bio. (D. Poilvet)

Des débouchés en Europe du Nord

La charcuterie-salaison, qui constitue le complément idéal de la viande fraîche pour la valorisation des carcasses, est également bien présente sur le créneau du bio. Erca Bio commercialise aussi des pièces vers les pays d'Europe du Nord, où la consommation bio est plus développée. Enfin, la demande de la part de la restauration hors foyer existe, mais reste marginale. « Je m'engage à ce que dans un premier temps, toutes les cantines publiques proposent au moins une fois par semaine un repas issu de l'agriculture biologique», déclarait Nicolas Sarkozy, à l'occasion de la clôture du Grenelle de l'environnement le 25 octobre 2007. Aujourd'hui, cet engagement ne s'est pas encore traduit dans les faits. Mais dans les prochaines années, ce créneau devrait constituer l'un des moteurs essentiels de la bio.
Pour attirer de nouveaux producteurs, Erca Bio dispose d'un argument de choc : le prix de vente des carcasses bio est déconnecté du cadran breton, et il est calculé en tenant compte du coût de production. Début 2009, ce prix se situait autour de 3,45 euros/kg de carcasse.

Ce qui permet, selon Corentin Hamard, de dégager en moyenne entre 1200 et 1600 euros de marge brute par truie et par an. La grille de classement est adaptée à la production, avec une plus-value maximum pour les TMP supérieurs à 60,3. Par ailleurs, les porcs ne sont pénalisés individuellement que si leur poids est inférieur à 80 kg ou supérieur à 115 kg. La plus-value touchée est calculée sur la moyenne du lot, afin de ne pas pénaliser les éleveurs par des lots dont la qualité est généralement plus hétérogène qu'en conventionnel.

+ 15 % en grande distribution

Erca Bio se charge directement de la vente des pièces de la carcasse auprès de ses clients. Elle sous-traite l'abattage et la découpe aux abattoirs de Laval (Mayenne), Saint-Maixent (Deux-Sèvres), et La Chevillote (Doubs). C'est elle qui négocie directement les tarifs de cession auprès de ses clients, environ une fois par an, sauf si le coût de production augmente comme ce fut le cas en 2007. Contrairement à la viande conventionnelle, les grandes surfaces ne semblent pas redouter les hausses de prix de la viande bio. En 2007, les ventes de porc bio en grande surface ont augmenté de 15 % malgré la répercussion de la hausse des matières premières sur le prix de vente. « Il faut cependant se méfier des effets de seuil, et des hausses de prix trop importantes qui pourraient casser la demande », tempère Corentin Hamard.
Le gérant d'Erca Bio chiffre les objectifs de commercialisation à 35-40 000 porcs par an d'ici 2013, soit un doublement de la production en quatre ans. « Nous misons sur le triptyque viande fraîche-charcuterie-exportations pour valoriser la carcasse au maximum et maintenir un prix de vente attractif pour les producteurs », argumente-t-il.

La rentabilité du porc bio ne semble donc pas constituer un frein majeur à la conversion d'élevages conventionnels en élevage bio. Ce qui sera déterminant dans l'évolution du porc bio, c'est la capacité des nouveaux éleveurs à acquérir la « démarche bio » : un cahier des charges que les producteurs actuels ne qualifient pas de « contraignant », mais simplement de « différent », des outils de production qui privilégient le plein air et la litière, des objectifs techniques en retrait, mais cependant essentiels pour assurer une bonne rentabilité, un lien au sol obligatoire, et surtout la certitude que la production de porc bio n'est pas un effet de mode, mais qu'elle permet d'assurer comme n'importe quelle autre signe de qualité la pérennité son l'exploitation.

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Porcs d'avril 2009 (RP n°159, p. 14 à 25)

Source Réussir Porcs Avril 2009

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