Fortuné Le Calvé, président d’Aveltis et ancien président du CRP

Propos recueillis par Dominique Poilvet - Réussir Porcs Novembre 2012

Fortuné Le Calvé, président d’Aveltis et ancien président du CRP
Fortuné Le Calvé a été président du Comité régional porcin Bretagne de 1997 à 2012. © D. Poilvet

À la tête du CRP Breton(1) pendant 15 ans, le président Fortuné Le Calvé a passé la main à Philippe Bizien. Nous avons fait avec lui le bilan des actions défendues par l’organisation professionnelle.

Que mettez vous en avant des 15 années d’action du CRP Bretagne ?

Le principal point positif, c’est que les éleveurs ont su garder une gouvernance forte sur les structures représentatives de la production. Grâce à cette gouvernance, ils ont la main sur les outils qui gèrent leurs relations avec l’aval. C’est la profession qui a négocié la grille de paiement des porcs et qui met en place les nouveaux systèmes de pesée-classement dans les abattoirs. Mais la profession est encore trop divisée. L’exemple de la production de mâles entiers est révélateur de ces divisions. Arrêter de castrer les porcs pour des raisons concurrentielles est dangereux. Il faut être sûr à 100 % que la viande malodorante n’arrive pas dans les assiettes, sinon tous les éleveurs pâtiront de l’initiative de quelques-uns. Il faut aussi se poser la question de l’intérêt économique de la non-castration. Dans les pays de l’Europe du Nord, la production de mâles entiers se met en place sous la pression des welfaristes, pas pour des raisons économiques.

Pourtant les éleveurs peuvent se montrer solidaires sur des dossiers comme le dumping social en Allemagne ?

Oui, car même si tout le monde n’a pas pris la mesure de l’ampleur du problème au niveau de la production, ce sont bien les producteurs qui ont révélé cette distorsion de concurrence dès 2006. Et comme pour les montants compensatoires européens (MCM) des années 70, ce sont eux qui gèrent les actions pour dénoncer ce problème auprès de l’Union européenne. La profession peut aussi se montrer solidaire sur des grands dossiers comme l’éradication de l’Aujeszky. Il a fallu aller jusqu’à pénaliser ceux qui ne vaccinaient pas. Ce fut difficile mais nécessaire, et je pense qu’aujourd’hui, personne ne regrette cette décision.

Dernièrement, les producteurs bretons ont également pris en main leur propre communication

L’objectif est de donner une image positive de notre profession. Il est essentiel d’ouvrir nos portes pour que la production porcine ne soit pas mise systématiquement au ban de la société. Que ce soient les jeunes qui gèrent ce dossier est une bonne chose. Concernant la promotion de notre production, je regrette cependant que Cochon de Bretagne ne soit pas devenu le référentiel de tous les producteurs. Dès que ce label a été créé, les grandes surfaces ont imposé leurs propres cahiers des charges pour diviser la production. Cochon de Bretagne était un VPF avant l’heure.

Quel est votre principal regret de ces dernières années ?

Nous n’avons pas su moderniser la gouvernance de nos institutions. : MPB, CRP, Uniporc, UGPVB. La création d’une AOP (Association d’organisation de producteurs), qui pourrait être ouverte aux organismes des régions limitrophes qui le souhaitent, aurait permis d’avoir plus de poids politique. Avec la diminution du nombre d’éleveurs, ces restructurations s’imposent pour limiter les coûts et favoriser leur efficacité. Ce sera l’un des grands chantiers de la nouvelle gouvernance du CRP.

Comment voyez vous l’évolution de la production porcine Bretonne ?

L’Etat ne prend pas assez les éleveurs en considération. Il ne les voit pas comme les chefs d’entreprise responsables qu’ils sont devenus. Les difficultés pour faire avancer les dossiers de restructuration ne viennent pas de l’administration, mais des responsables politiques qui font les lois et imposent leurs points de vue. Le discours du nouveau gouvernement qui affirme vouloir relancer les filières agro-alimentaires pour créer des emplois me convient tout à fait. Mais on a trop souvent été échaudé dans le passé par les politiques pour prendre ces déclarations au pied de la lettre.

 
(1) Le Comité régional porcin de Bretagne est une organisation professionnelle représentative de l’amont de la production porcine. Il est composé de l’UGPVB (union des groupements), de la FRSEA Bretagne, des JA Bretagne, de la chambre régionale d’agriculture, du Marché du porc breton et d’Uniporc Ouest.

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 1

ben 50

oui on peut reconnaitre l'obsolescence des institutions leurs couts de fonctionnement faramineux , et leur inutilité en attendant il faut que l'on est des resultats probants sur l'environnement, sur la surmedication les antibioresistance qui nous conduisent droit dans le mur et vers un scandale sanitaire, et sur les prix au producteurs

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires