Guillaume Roué, président d'Inaporc : Un vrai leadership de l'abattage-découpe est né

Propos recueillis par Claudine Gérard

La restructuration de la filière a réellement commencé il y a un an avec le rapprochement Gad- Europig et Cecab Prestor. Entretien avec Guillaume Roué, président de cette union, mais aussi président de l'Interprofession.

Quel jugement portez-vous sur les restructurations de ces derniers mois dans la filière porcine ?

Le diagnostic réalisé au travers du rapport Porry dès 2001 pointait du doigt le problème que
posait l'atomisation de l'abattage-découpe de notre filière. Celui-ci prédisait que les
rapprochements étaient nécessaires. Il en découlait donc que cela se ferait par choix ou
par obligation. Les deux ont contribué à cette restructuration. Bien sûr, des affinités
existaient entre les dirigeants et les entreprises qui se sont rapprochées, mais il ne faut pas
oublier les difficultés de certains outils qui n'avaient pas beaucoup trop d'autre choix. Cette
restructuration s'est quand même organisée sous la contrainte économique, entraînant de
facto les rapprochements en amont. Même si tout reste à écrire chez Bigard-Socopa, on
voit bien naître l'émergence de deux leaders nationaux : Cooperl Arc Atlantique et Bigard
Socopa, qui vont représenter environ 22 % de l'abattage national chacun, suivis de 3 ou 4
organisations de taille significative. Avec quatre structures qui vont réaliser 60 % du
potentiel national, nous assistons à l'émergence d'un vrai leadership dans l'abattage-
découpe.

Guillaume Roué : « Deux systèmes peuvent cohabiter et susciter une saine concurrence. » (C. Gérard)

Guillaume Roué : « Deux systèmes peuvent cohabiter et susciter une saine concurrence. » (C. Gérard)

Pour Socopa, est-ce un échec de la coopération et d'une filière montée par la production ?

Je ne le crois pas. S'il y a eu ce rapprochement, c'est parce que des hommes le
souhaitaient. Le mariage entre la coopération et le privé permet précisément de donner à
ceux qui savent gérer l'indépendance de gestion, d'avoir un sourcing sécurisé, et de
pouvoir offrir aux actionnaires un intéressement au résultat. À titre d'exemple, cette année,
au sein de Prestor, nous avons redistribué sous forme de dividendes quatre millions
d'euros à nos éleveurs grâce aux résultats des outils industriels du groupe Gad. Par
ailleurs, la filière coopérative a su démontrer sa capacité à obtenir des succès. Les deux
systèmes peuvent cohabiter et susciter une saine concurrence !

Ces restructurations vont-elles se poursuivre et former des groupes européens de la taille de Vion ?

Je pense que l'étape suivante concernera d'abord la salaisonnerie. Ce secteur se trouve
aujourd'hui face aux mêmes difficultés que le secteur de l'abattage avant ces
restructurations : une multiplicité d'outils, et une surcapacité qui ne permettent pas au
secteur d'être performant à la vente. Et c'est ce qui explique l'incapacité à valoriser
correctement les produits et les difficultés qui pénalisent toute la filière. Concernant le
jambon cuit, « produit phare de la salaisonnerie », nos outils ont une capacité de 220 000
tonnes pour un marché de 180 000 tonnes ! C'est une situation explosive qui va, à mon
avis, rapidement obliger le secteur à se restructurer.

Face à ces évolutions, certains éleveurs craignent une remise en cause du MPB. Qu'en pensez-vous ?

Je constate qu'avec le positionnement effectif d'un vendeur qui représente plus de 60 % des
apports au MPB d'un côté, et de quatre acheteurs de l'autre qui confrontent leur opinion, le
MPB se trouve dans la situation de distribuer les animaux… À partir du moment où les
représentations ont évolué, il serait logique qu'il y ait un rééquilibrage des acteurs, avec une
participation indispensable des leaders du secteur qui ne peuvent plus être absents de cette
instance particulièrement nécessaire à la fixation d'un prix public qui est la référence de tous.

Source Réussir Porcs Novembre 2008

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