Henri de Thoré, chargé du bien-être animal pour les OP porcines : C'est la capacité de développement qui conditionne la mise aux normes »

Claudine Gérard

Henri de Thoré, chargé du bien-être animal pour les OP porcines : C'est la capacité de développement qui conditionne la mise aux normes »

L'état d'avancement de la mise en groupe des truies est très variable selon les bassins porcins européens. Les restructurations des filières dans les pays du Nord ont facilité la mise aux normes 2013.

Qu'en est-il de l'avancement de la mise aux normes dans les différents pays européens ?

Il n'existe toujours pas de statistiques officielles, ni en France, ni dans les autres pays européens. Nous ne pouvons donc nous fier qu'à des déclarations généralement approximatives des différents Etats membres.

On dit toutefois que les pays du nord de l'Europe sont plus avancés que nous ?

Oui, et cela tient en particulier à des raisons structurelles de développement. Au Danemark, il faut se souvenir que sept élevages sur dix ont disparu en dix ans, pour une production équivalente, via une très forte restructuration qui a permis de créer de nouveaux élevages, donc aux normes. Aux Pays-Bas, pour des raisons sanitaires et environnementales, le gouvernement a mis de gros moyens à partir de 2002 pour restructurer le naissage, avec une proportion importante d'outils neufs. De même, en Espagne comme en Allemagne, le développement fulgurant de ces dernières années s'est probablement constitué sur la base de truies en groupe pour les nouveaux ateliers. En clair, c'est le développement qui a permis à ces bassins porcins de se positionner face à l'échéance de 2013.

Et la France n'a pas saisi cette opportunité

Non, elle n'a pas pu le faire comme les pays du nord de l'Europe, en raison des difficultés que rencontrent les éleveurs face à tout projet de développement ou de restructuration : difficultés liées à l'obtention d'autorisations, aux pressions anti-élevage et aux bilans trop dégradés par la crise. Nous n'avons donc pas pu saisir l'opportunité de la nécessaire modernisation de nos élevages pour préparer la mise en place de cette directive bien-être comme nos voisins. En France, avec ces obstacles, on empêche les éleveurs volontaires de mettre leurs ateliers aux normes et aux candidats à la cessation d'activité de pouvoir valoriser leurs outils avant de quitter le métier. Or, cette modernisation est la clé des progrès dans de multiples domaines : biosécurité, cohérence de la chaîne de bâtiments, respect des conduites en bandes et des vides sanitaires. Autant de domaines où nous avons tous à gagner en compétitivité, sans oublier l'amélioration environnementale permise par les nouveaux bâtiments. Mais pour y parvenir, il faudrait une réelle volonté politique d'accompagnement de la filière et des perspectives de croissance, qui, aujourd'hui, nous font cruellement défaut.

Peut-on espérer un délai pour les élevages qui ne seront pas aux normes début 2013 ?

Je ne peux pas présager de ce qui pourra se passer. Mais nous devrons être très attentifs à ce qui va arriver concernant les élevages de poules pondeuses, pour lesquelles l'échéance de la mise aux normes est fixée au 1er janvier 2012. Dans ce secteur, tous les élevages n'auront pas pu réaliser les aménagements nécessaires.

Dans le porc comme dans la volaille, peut-on craindre de voir les administrations contrôler ?

En effet, nous pouvons nous interroger sur la façon dont tombera le couperet dans les différents Etats membres, où les « cultures administratives » sont à plusieurs vitesses. Je pense en particulier aux pays de l'Est et du Sud, pour lesquels il conviendra de suivre de près l'application des directives européennes.
Pour ce qui nous concerne, les pouvoirs publics devront assumer le fait que, je le répète, la mise aux normes doit pouvoir être accompagnée par une restructuration des élevages. Ils devront également tenir compte de la difficile situation économique des éleveurs :
Au rythme où s'annoncent les intentions de ne pas réaliser cette mise aux normes et de cesser l'activité naisseur, c'est toute la filière qui peut s'en trouver menacée. Car, soit le nombre de porcs produits diminue en proportion des disparitions de truies, soit les places d'engraissement sont chargées de porcelets importés avec les risques sanitaires et de traçabilité qui en découlent.

Pour en savoir plus : voir le Guide 2011 « Truies en groupe », supplément de Réussir Porcs n°184 de juillet-août 2011 . (44 pages)

Pour en savoir plus : voir le Guide 2011 « Truies en groupe », supplément de Réussir Porcs n°184 de juillet-août 2011 . (44 pages)

 

Source Réussir Porcs Août-Septembre 2011

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