Jean-François Brousset, éleveur à Asson (64) : La filière porcine du Sud-Ouest doit se restructurer »

Propos recueillis par Dominique Poilvet

Figure bien connue de la production porcine du Sud-Ouest depuis plus de 30 ans, Jean-François Brousset, éleveur à Asson dans les Pyrénées-Atlantiques, estime que le maintien de la production de la région Sud-Ouest ne se fera que si tous les acteurs de la filière se restructurent pour maintenir leur compétitivité.

Jean-François Brousset, éleveur à Asson dans les Pyrénées-Atlantiques. (D. Poilvet)

Jean-François Brousset, éleveur à Asson dans les Pyrénées-Atlantiques. (D. Poilvet)

Comment les producteurs du Sud-Ouest vivent-ils la crise ?

Il y a deux situations bien distinctes : ceux qui produisent leurs céréales et qui fabriquent
leurs aliments ont un coût alimentaire raisonnable. Pour les éleveurs qui achètent leurs
aliments ou les matières premières, le coût alimentaire est le même que dans les autres bassins de production européens. Toutefois, les fabricants d'aliment à la ferme qui se sont
correctement couverts avec du maïs humide à la récolte, avec une bonne couverture en soja, travaillent aujourd'hui avec un prix moyen d'aliment à moins de 200 €la tonne. La situation de cette année ne fait que confirmer l'intérêt pour nous de fabriquer notre aliment avec du maïs humide. Mais pour tous les producteurs, la reprise des cours est indispensable pour soulager les trésoreries.

Où en sont les éleveurs de porcs du Sud-Ouest dans l'évolution de leurs ateliers ?

La taille moyenne des élevages aquitains ne doit pas être éloignée de celle de la Bretagne,
hors Finistère. Progressivement, les élevages se restructurent. Les engraisseurs ont notamment investi dans des maternités collectives qui remplacent le volume produit par les petits naisseurs en voie de disparition. Mais cette évolution doit se poursuivre. La remise aux normes des ateliers truies doit être l'occasion de restructurer les outils de production.

Nous devons également avoir pour objectif de maintenir notre potentiel de production, en
évitant les fermetures d'élevages. Mais la création de très gros élevages n'est pas un objectif essentiel. Un atelier de 200 à 250 truies naisseur engraisseur, adossé à une production de maïs, me semble tout à fait pérenne.

L'encadrement technique pour réaliser ces restructurations existe-t-il ?

Il existe, mais il manque de moyens pour être suffisamment performant. Les groupements se sont restructurés, mais ils n'ont pas encore atteint une taille suffisante pour proposer certains services techniques spécialisés, comme le service bâtiment.

À côté des groupements, des structures privées participent aussi à l'animation et à l'appui technique des éleveurs. Le maintien de la production passe également par de bons résultats
techniques. Aujourd'hui, nous sommes à peu près à égalité de chance avec les autres bassins de production européens sur les aspects structurels. Ce sont donc les éleveurs les plus techniques, ceux qui obtiennent le meilleur coût du kilo de croît, qui seront présents demain.

Les structures d'aval sont-elles suffisamment organisées face aux grands bassins de production ?

Tout d'abord, il est de la responsabilité des producteurs de maintenir les volumes actuels de
production. Ensuite, je pense qu'il est urgent de restructurer tout le secteur de l'aval à l'échelle des régions Aquitaine et Midi-Pyrénées. Face à une distribution très concentrée et qui aura des exigences de plus en plus fortes en termes de sécurité alimentaire, nos régions doivent s'organiser. Dans chacune de ces deux régions, il existe déjà un abattoir spécialisé et performant. Alors que les deux outils sont indispensables en raison de l'éloignement des zones d'élevage, il me semblerait judicieux de réfléchir à un outil commun de transformation pour être compétitif face aux grands bassins de production, notamment
l'Espagne toute proche.

J'espère que l'intérêt général l'emportera et que les structures économiques auront la sagesse de prendre les bonnes décisions pour enfin conforter ce secteur d'aval.

Quel est le bilan des démarches qualités que vous avez mises en place dans la région ?

À côté des niches comme le Porc Fermier et le Porc au grain du Sud-Ouest, la démarche phare du grand Sud-Ouest est bien sûr le Jambon de Bayonne, qui nous donne un droit à produire et donc une garantie de débouché. À défaut d'apporter une plus-value conséquente, il s'agit donc là d'une démarche positive pour l'ensemble de la filière.

Mais cela ne suffit pas pour atteindre l'objectif de maintien de la production. Nous sommes
contraints de suivre le niveau de performance des grands bassins de production. Les démarches qualité doivent être développées, mais tout en investissant dans nos ateliers pour progresser techniquement, et aussi aller vers une filière mieux organisée en aval.

Source Réussir Porcs Mai 2008

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