Jean-Luc Cade, président de Coop de France Nutrition Animale : Créons de nouveaux rapports entre les filières animales et végétales

Propos recueillis par Claudine Gérard

Au lendemain de l'assemblée générale de Coop de France Nutrition Animale, son président nous fait part des réflexions et des axes stratégiques du secteur coopératif de l'alimentation animale.

Au lendemain de l'assemblée générale de Coop de France Nutrition Animale, son président
nous fait part des réflexions et des axes stratégiques du secteur coopératif de l'alimentation
animale.

Jean-Luc Cade, naisseur engraisseur à Créhen (22).  (C. Gérard)

Jean-Luc Cade, naisseur engraisseur à Créhen (22). (C. Gérard)

Le thème de votre assemblée était la compétitivité des filières. Quelles conclusions en tirez-vous ?

Compte tenu de l'importance du coût « matières », notre compétitivité passe par l'accès à
toutes les matières premières mondiales dès lors qu'elles présentent un intérêt
économique. C'est en particulier le cas pour des matières premières OGM pour lesquelles
nous réclamons l'accélération des procédures d'agrément pour l'alimentation animale. Par
ailleurs, même dans ce contexte difficile, notre secteur doit pouvoir dégager des marges
suffisantes pour maintenir un potentiel de recherche et développement et continuer à se
moderniser : moderniser les outils, mais aussi les ressources humaines, pouvoir toujours
former les hommes dans cet environnement qui évolue et auquel ils doivent toujours
s'adapter pour que nos entreprises restent compétitives.

L'accès aux céréales OGM ne réglera le problème majeur de la volatilité des matières premières ?

Effectivement, le plus gros problème aujourd'hui est celui de la volatilité des marchés. Nous
savons qu'il est extrêmement difficile de répercuter les hausses brutales de coûts de
production à la grande distribution. Il y aura toujours une filière qui fera le tampon ! En 2007,
c'étaient les productions animales. En 2008, ce seront les productions végétales ! La volatilité
des prix des matières premières n'enrichit pas la sphère agricole (ni les productions végétales,
ni les productions animales).

Dans ces conditions, que proposez-vous pour y faire face ?

Il nous faudra trouver d'autres systèmes d'achat pour limiter les risques. Nous observons
que
depuis deux ans les modèles mathématiques sur lesquels les acheteurs pouvaient
s'appuyer
ne fonctionnent plus. Il sera
nécessaire de trouver des solutions pour apporter plus de régulation dans le prix des
matières
premières, afin de redonner plus de stabilité au coût de l'aliment, vitale pour la pérennité de
la
production et des éleveurs.




N'est-ce pas le moment d'inventer de nouveaux rapports entre les filières animales et végétales ?

Tout à fait. Il y a des moments opportuns pour cela, et nous y sommes. Nous devons profiter
de cette conjoncture pour mener des réflexions de fond entre nos filières animales et
végétales. Mais cela doit mûrir, se construire progressivement. En tout état de cause, je pense
que notre secteur coopératif est très bien placé pour le faire.

Pourquoi ce clivage des secteurs coopératifs (Coop de France) et privé (Snia) perdure-t-il ?

Notre positionnement coopératif nous inscrit totalement au sein de filières, qu'elles soient
ouvertes ou fermées, nous situant « en amont de l'amont », avec le souci de l'intérêt de
l'éleveur. Ceci est d'autant plus facile aujourd'hui où nous sommes tous rassemblés au sein
de Coop de France.
En revanche, dès lors qu'il s'agit de défendre des intérêts que je qualifierais de « supérieurs
», nous, entreprises coopératives et privées, devons les porter ensemble. C'est en
particulier le cas dans le domaine réglementaire, où nous sommes décidés à être proactifs.
Après avoir ensemble mis en place le guide des bonnes pratiques pour la fabrication des
aliments, nous sommes actuellement en phase de mise en place d'Oqualim. Il s'agit d'une
structure commune dont le but sera de mutualiser tous nos auto contrôles sur les matières
premières. Ce qui nous permettra de satisfaire aux exigences réglementaires de façon
intelligente.
Il faut en effet qu'on arrête de nous qualifier de « marchands d'aliments ». Nous sommes
aux antipodes de cela, avec des outils industriels, un savoir-faire… Nous devons
aujourd'hui porter le débat au niveau des fédérations bien au-delà de la concurrence
interne. Il faut changer les états d'esprit, et ne pas rester dans des situations d'opposition
stériles.


Source Réussir Porcs Décembre 2008

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires