L’année porcine 2016 a été sauvée par la Chine.

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L’année porcine 2016 a été sauvée par la Chine.

Après le rétablissement en 2016, quel prix du porc en 2017 ?

L’année porcine 2016 a été sauvée par la Chine.

La hausse de ses importations a permis le redressement des cours à partir du mois de mai. Leur retombée depuis octobre fait craindre pour 2017. La poursuite de l’appel d’air chinois est probable, mais son amplitude inconnue. Côté offre, une relative incertitude règne quant au niveau des productions européenne et étatsunienne en 2017. La prudence reste de mise. En attendant, les producteurs français soufflent un peu avec une année qui devrait enfin aboutir à un solde positif.

En cette fin d’année, les prédictions de prix du porc pour 2017 vont bon train. Au vu des incertitudes qui règnent, tant du côté de l’offre que de la demande, les conclusions des analystes reflètent surtout le tempérament, plus ou moins optimiste, de leur auteur. Impossible d’imaginer 2017 sans revenir sur les événements intervenus entre 2014 et 2016. 

L’année porcine 2016 a été sauvée par la Chine.

Restructurations à la chinoise

Petit retour en arrière: en 2014, la Russie annonce un embargo, d’abord pour raisons sanitaires puis géopolitiques, sur le porc provenant de l’Union européenne. La cotation amorce alors une descente qu’elle poursuit inexorablement en 2015. L’explication est simple: l’UE a perdu son premier marché extérieur alors que sa production ne cesse de croître: +2,8% par rapport à 2014. Les hausses de volumes en Espagne (+8,3%), au Danemark (+5,7%), en Pologne (+5,2%), font l’objet de tous les débats. Les États-Unis, remis de la DEP (Diarrhée Épidémique Porcine), connaissent la même tendance, de même que le Brésil qui récupère le marché russe. Heureusement, l’Asie, en particulier la Chine, apporte une bouffée d’oxygène en augmentant ses importations de 50%. L’empire du milieu doit compenser la décapitalisation de son cheptel. Confrontés à des cours trop bas en 2013 et 2014, un certain nombre d’éleveurs chinois ont jeté l’éponge. Mais la réduction du cheptel provient surtout d’une restructuration à marche forcée imposée par le gouvernement. Le pays s’est fixé des objectifs de modernisation, concentration et régionalisation de la production, censés, d’une part améliorer l’auto-approvisionnement du pays, d’autre part résoudre les problèmes de pollution posés par les élevages. Un plan prévoit le développement de la production dans certaines régions et au contraire son interdiction totale dans d’autres afin d’éloigner les élevages des grandes villes, des sources d’eau potable et des zones fragiles d’un point de vue environnemental. En parallèle, les autorités planifient la fermeture d’un grand nombre de petits élevages familiaux, considérés comme responsables des problèmes sanitaires récurrents du pays. Des élevages de grande taille doivent remplacer les petites structures. Depuis 2014, dans certaines provinces chinoises, des dizaines de milliers d’élevages ont fermé, provoquant une baisse de production de plusieurs millions de porcs.

La première étape du plan de restructuration chinois conduit donc à une forte réduction des volumes. Oui, mais de combien exactement et pour combien de temps? Les données du Ministère de l’agriculture chinois donnent une perte de 25% du cheptel de truies entre 2013 04. Porcs

La décrue des volumes a provoqué en Chine une forte hausse du cours du porc. et 2014, puis de 10% en 2015. Pour cette même année le bureau national des statistiques du pays parle plutôt d’une baisse de l’ordre de 3,3%. Pour 2016, la Rabobank estime la décroissance à 5%. Une chose est sûre, la décrue des volumes a provoqué en Chine une forte hausse du cours du porc: +50% entre avril et août 2015, +60% sur le 1er semestre 2016. Celle-ci, combinée au ralentissement de l’économie chinoise, a entraîné une rétractation de la consommation de viande porcine d’environ 4%. 

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L’année porcine 2016 a été sauvée par la Chine.

Auto-approvisionnement versus importations

 Le porc constitue en Chine une production stratégique. Elle représente environ les deux tiers de la consommation de viande. Les autorités ne peuvent se permettre de laisser son prix s’envoler trop haut et trop longtemps. Elles ont donc décidé, d’une part d’ouvrir les stocks stratégiques, d’autre part de recourir aux importations. En 2016 celles-ci grimpent de plus de 100%, passant d’environ 1 million de tonnes en 2015 à 2,4 millions. L’Europe fournit 70% des tonnages importés, avec en première ligne l’Allemagne, l’Espagne et le Danemark. Les autres pays européens bénéficient aussi de l’appel d’air car il entraîne une moindre pression sur leurs marchés nationaux.

Les choses vont-elles se poursuivre à l’identique en 2017? Tout dépendra de la vitesse à laquelle le pays parviendra à passer à la 2e étape du plan de restructuration, à savoir la reconstitution des cheptels dans des exploitations modernisées. Si la Chine est le premier consommateur de porc au monde, elle en est aussi le premier producteur avec plus de 50% des volumes mondiaux. L’écart entre production et consommation, n’est que de 1 à 2%. L’USDA s’attend à ce que la production chinoise se redresse en 2017, passant de 51,9 millions de tonnes en 2016 à 53,7 millions, ce qui entraînerait un repli de 8% de ses importations. Celles-ci ont commencé à baisser au 3e trimestre 2016. La Rabobank estime quant à elle que les imports devraient se redresser en fin d’année en raison de la faible production chinoise d’une part, et de la préparation du nouvel an chinois d’autre part (le 28 janvier).

L’afflux de viande importée, même si elle ne représente que 1,5% du marché chinois, inquiète de nombreux observateurs locaux qui y voient un danger pour la production locale. Il est probable que les autorités n’hésiteront pas à utiliser tous les outils de gestion des marchés connus, y compris les barrières douanières, s’ils jugent nécessaire de protéger leur production intérieure. 

Recul de l’offre en Europe, hausse aux USA

La remontée des cours du printemps n’est pas due à la seule Chine. La réduction du cheptel européen y a aussi contribué. C’est là l’autre inconnue de 2017: quelle sera l’ampleur de la baisse de production de l’Union européenne. Les dernières estimations prédisent une contraction de la production de 3,5% sur le 4e trimestre 2016 et une stabilité en 2017. D’après l’enquête cheptel de mai dernier, le nombre de truies de l’UE reculerait de presque 4% en 2016. Les principales baisses se situent en Europe de l’est: Pologne (-15,8%), Hongrie (-7%). Les gains de productivité par truie et l’importation de porcelets danois ou néerlandais par la Pologne pourraient conduire malgré tout à un maintien des volumes.

De leur côté les États-Unis devraient conclure 2016 sur une hausse de 2% et poursuivre sur cette lancée avec une progression de 2,6% en 2017. Les cours ont commencé a chuté au cours de l’été, améliorant la compétitivité du pays à l’export.

Les marges progressent

Chez les producteurs de porc français, en début d’année, les marges brutes sont à un niveau encore bien bas. Elles s’améliorent au 2e semestre avec une augmentation du prix payé producteur combiné à une baisse du coût de l’aliment. À partir des clôtures de septembre, elles permettent en moyenne de couvrir les charges de structure (rémunération de l’exploitant incluse). D’ici la fin de l’année, les marges devraient encore s’améliorer d’environ 100€ par truie. 2016 se soldera enfin en moyenne par une année bénéficiaire. De bénéfices, les producteurs en ont besoin pour renflouer les trésoreries. Le manque de rentabilité des dernières années, notamment 2015, a laissé des traces. Au 1er semestre 2016, le niveau de trésorerie est jugé dégradé à très dégradé chez une majorité d’entre eux. Une meilleure rentabilité doit s’inscrire dans la durée pour permettre d’engager plus sereinement des investissements pour l’avenir.

Source : veille économique agricole cerfrance - décembre 2016 - Anne Bras

Pour plus d'informations : dossier :  Veille économique agricole – n° 46 déc. 2016

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