L’élevage de montagne suspendu au choix bruxellois

Patricia OLIVIERI

Sans une aide de la future Pac, les ateliers porcins de montagne sont voués à disparaître selon Christian Guy, responsable de la section porcine de la FRSEA Massif central.

 Avec un cours du porc en hausse de 20 % sur l’année 2012 et un cadran breton qui, cet automne, a même connu un pic à 1,70 €/kg carcasse, on aurait pu s’attendre à une année 2012 enfin florissante pour les producteurs de porcs, d’autant que les perspectives, côté consommation, sont tout aussi favorables. “Sauf qu’on a été rattrapé par la forte augmentation des coûts alimentaires”, corrige de suite Christian Guy, éleveur en Châtaigneraie cantalienne et responsable de la section porcine de la FRSEA Massif central. En un an, le prix de la tonne d’aliment a grimpé de 70 euros. On en devine les conséquences quand on sait que les coûts d’aliments (céréales et soja principalement) représentent 65 % du prix du porc.

Les élevages porcins de montagne accusent un surcoût de production de 10 cts €/kg carcasse.

Un cadran au minimum à 1,65 €

Au final, loin d’être euphoriques, les résultats des éleveurs porcins en 2012 seront proches de ceux de l’année 2011, qui, comme celles de la décennie 2000, ne permettra pas à ces derniers de se refaire une santé financière et encore moins d’investir malgré des besoins criants de modernisation. Surtout dans le Massif central et les zones de montagne en général qui accusent un surcoût de production de 10 centimes d’euros par rapport à leurs homologues du Grand Ouest. “On a survécu mais sans renouveler nos outils de production, confirme Christian Guy. C’est une situation intenable. Les producteurs de porcs vont être bientôt les esclaves des céréaliers !” Même s’il s’emporte, le syndicaliste cantalien sait que ces coûts alimentaires vont restés élevés à l’avenir. Aussi, pour l’année 2013, formule-t-il deux vœux qui ont plus le caractère d’urgences : en premier lieu un prix du porc durablement élevé. “Il nous faudrait un cadran à 1,65 € pour couvrir les charges, pouvoir investir, explique-t-il. Sachant qu’une augmentation de 20 % du prix payé au producteur ne se traduirait que par 4 centimes de plus sur le kilo de viande à la consommation. Ce n’est pas significatif quoi qu’en disent certains à l’aval de la filière.” Mais même avec cette première condition, les élevages de montagne auront du mal à s’en sortir du fait de leurs handicaps. Des handicaps qu’ils demandent à Bruxelles de prendre en compte dans le cadre de la future Pac 2014-2020. “Le décrochage de la production dans nos régions, on l’a vu en 2007 avec l’arrêt de l’aide à la qualité de montagne, jugée non euro-compatible, mais qui représentait l’équivalent des investissements de la production porcine dans nos régions, analyse le syndicaliste. Il s’est amplifié depuis avec les coups de Trafalgar liés aux coûts alimentaires.” Et en la matière,  les prochaines semaines s’annoncent décisives : d’ici fin janvier, la Commission européenne devrait décider si oui ou non elle élargit sa “liste positive” des productions autorisées à bénéficier de ce type de soutien communautaire. Malgré un travail quotidien de lobbying, la Fédération nationale porcine n’est pas sereine : “On nous a dit que ça allait se jouer sans doute à une voix près...”

Tolérance pour la mise aux normes

Et, Christian Guy et ses collègues de la région sont mobilisés sur un autre dossier : celui de la mise aux normes bien-être des ateliers truies gestantes, mise aux normes qui doit être effective depuis le 1er janvier. Si la moitié des élevages du Massif central sont dans les clous, nombreux sont ceux chez qui les travaux sont en cours ou projetés mais pas achevés. “On sera vigilants à ce que dans ce cas, les contrôles de l’administration ne conduisent pas à des sanctions”, souligne Christian Guy. En rappelant que même si les producteurs connaissent cette échéance depuis plusieurs années, les crises à répétition ne leur ont guère donné de répit pour réaliser cette mise aux normes. Comme au niveau national, la section régionale estime que 10 % des élevages ne s’y conformeront pas, d’où une nouvelle baisse de la production attendue fin 2013- début 2014.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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