La Chine porcine se structure à pas de géant

Claudine Gérard - Réussir Porcs Novembre 2011

La Chine porcine  se structure à pas de géant
Plus de 60 % des porcs sont aujourd’hui produits dans des élevages spécialisés. © ADN

Une étude hollandaise fouillée sur la production chinoise vient d’être publiée. Elle décrit la façon dont le pays évolue pour structurer sa production de l’amont à l’aval, et répondre aux demandes croissantes de viande de porc en quantité et en qualité.

Les perspectives de développement de la production porcine chinoise, en quantité mais aussi en qualité sont énormes. À la lecture du tout récent rapport de Rabobank(1), on comprend que les changements structurels engagés vers une rationalisation de la production au travers de géants du porc, intégrés, avec un fort soutien politique, vont se poursuivre encore de nombreuses années.
La croissance est évidemment tirée par une demande interne constante. La consommation intérieure a été multipliée par 1,6 entre 1996 et 2010. Les raisons sont connues : augmentation de la population et du pouvoir d’achat, changement de style de vie, urbanisation croissante. Les Chinois passent d’un « aliment besoin » à des aliments pratiques et sains.
Le porc reste la viande phare du menu chinois, avec une consommation qui est passée de 25,8 kg par habitant et par an en 1996 à 37,4 kg en 2010. Toutefois, les analystes de Rabobank annoncent que la part du porc dans la consommation totale de viande (qui atteindrait 65 kg/habitant et par an en 2 015) va probablement baisser, au profit de la volaille essentiellement, dont la consommation restait jusqu’à présent marginale. Les Chinois diversifiant leurs sources de viande, la part du porc est passée de 80 % en 1985 à 65 % en 2010.

La sécurité alimentaire est un enjeu majeur

Aujourd’hui, la sécurité alimentaire est au cœur des attentes des consommateurs chinois, selon une étude réalisée par l’Université d’agriculture chinoise. La production porcine a souvent été secouée par des scandales alimentaires, en particulier celui du clenbutérol qui a coûté deux milliards à la compagnie en cause, Shuanghui Group, leader porcin. Le gouvernement chinois a adopté une loi sur la sécurité alimentaire en 2009, loi qui incite à la qualité et renforce les contrôles sur les additifs. Mais le gouvernement se heurte à des difficultés : la moitié de la production est encore réalisée dans des élevages familiaux de moins de cinq porcs, impossibles à contrôler, et l’administration, complexe, peine à suivre.
 
 

La filière bénéficie d’appuis politiques

Reste que la production porcine chinoise connaît un soutien considérable du pouvoir politique pour lequel la consommation alimentaire des Chinois est un enjeu stratégique. Dans le 12e plan quinquennal qui fixe l’agriculture comme secteur prioritaire, le gouvernement a débloqué une réserve de 2,5 milliards pour accompagner un programme de développement de la production à grande échelle. Le gouvernement n’intervient pas directement, mais supporte la politique d’investissement, de recherche, d’infrastructures, de transports pour accompagner les industriels. S’y ajoute une politique fiscale avantageuse pour les investisseurs, exonération de charges, de taxes pour les abattoirs, aides aux traitements de l’eau… Ainsi qu’une prime à la truie pour favoriser la production. Les experts de Rabobank annoncent que ces « facilités » gouvernementales vont perdurer pendant au moins les cinq prochaines années. Par ailleurs, le gouvernement chinois a mis en place des outils de régulation des prix. Il a établi un ratio prix du porc/aliment, avec un seuil de rentabilité estimé à 6. Quand ce ratio tombe en dessous de 5 ou dépasse 10, le gouvernement peut avoir recours à des réserves et/ou au stockage. Il y aurait environ 200 000 tonnes de porc congelé en réserve, renouvelés tous les quatre mois pour assurer la fraîcheur et la qualité.
 
 

Image 9

Restructuration à tous les niveaux

 Avec ses 49 millions de tonnes et 453 millions de têtes en 2010, la Chine produit la moitié des porcs de la planète. Or, les changements structurels sont colossaux. La production « backyard », c’est-à-dire « de basse-cour » est en recul constant. Elle concernait 74 % de la production en 2001 et ne représentera plus que quelques 30 % en 2013. En cause, leur vulnérabilité vis-à-vis des maladies, de la volatilité des prix, l’urbanisation… Dans le même temps se développent des élevages de grande taille, de moins de 3 000 têtes (appelés élevages spécialisés) et de plus de 3 000 têtes (appelés élevages commerciaux), avec des liens plus ou moins étroits avec le secteur de l’abattage (contractualisation, absorption…). Un secteur de l’abattage qui connaît aussi une restructuration fulgurante. Le nombre d’abattoirs est passé de 30 000 en 2006 à 12 000 en 2011, avec des prévisions à seulement 2 000 en 2020. De grands groupes d’abattage émergent comme Yurun’s, dont la capacité d’abattage a connu ces cinq dernières années une augmentation de 40 % par an pour atteindre 35,6 millions de têtes en 2010…
 Cette restructuration s’accompagne du développement de l’intégration verticale, avec des « mega fermes et d’énormes complexes d’abattage et de transformation » cite le rapport, qui affirme que le gouvernement a opté pour ce type d’organisation.
 
 

Des obstacles à lever

 Le développement chinois va toutefois se heurter à des contraintes. Le sanitaire, tout d’abord, avec des pathologies et des épidémies récurrentes et un système vétérinaire… perfectible. Les coûts de production, ensuite, sont appelés à augmenter, même si les indices de consommation vont s’améliorer. La sécurité alimentaire reste problématique, avec des additifs illégaux qu’il va falloir chasser. Enfin, la productivité reste faible à cause du niveau technique. Mais l’apport étranger (génétique, conduite…) va progressivement limiter ce handicap.
 Pour conclure, le rapport prévoit que la croissance de la production va se poursuivre au rythme de 2 % par an pour atteindre 60 millions de tonnes en 2010. Même avec cette croissance interne, les experts annoncent que les importations vont rester soutenues, même s’ils reconnaissent que le débat est ouvert, à savoir si les Chinois seront importateurs de porcs ou de maïs. « La prochaine décade de l’économie chinoise sera probablement la plus intéressante pour le marché du porc », concluent les experts de Rabobank.

Image 11

 

(1) Rabobank Report : Dynamics of China’s Pork Industry, octobre 2011.

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires