Le Marché du Porc Breton fonctionne, utilisez-le !

Propos recueillis par Claudine Gérard. Réussir Porcs Février 2012

Daniel Picart, président du Marché  du porc breton.
« Les éleveurs doivent redevenir les acteurs de la commercialisation de leurs porcs ». © C. Gérard

Les abatteurs se sont montrés très critiques vis-à-vis du marché du porc breton ces dernières semaines. Entretien avec le président du MPB, Daniel Picart.

Acteur important de la filière porcine

© C. Gérard

Daniel Picart est éleveur de porcs, naisseur-engraisseur, à Plouigneau dans le Finistère. Il est président du MPB (Marché du porc breton)depuis juin 2011. Il est également administrateur du groupement Aveltis et de Cochon de Bretagne.

Ces dernières semaines ont vu leurs lots de critiques adressées à l’encontre du MPB, en particulier de la part des abatteurs et de leur syndicat, le Sniv-SNCP qui l’accuse de « défier les principes les plus élémentaires de la concurrence » et d’être un marché virtuel.

Dois-je rappeler que ce sont chaque semaine 70 000 porcs qui sont présentés au cadran ? Cela n’est pas du virtuel mais bien du concret ! Par ailleurs, nous sommes toujours accusés par les producteurs quand le prix est trop bas, et par les abatteurs quand il est trop haut… Je voudrais quand même rappeler que ce sont les abatteurs qui « appuient sur le bouton », donc qui, au final font le prix !

Les abatteurs se disent étranglés et auront enregistré des pertes de 100 millions d’euros en 2011.

J’ignore si c’est la réalité. Je répondrai simplement que, lorsque le cadran baisse de 5 c/kg, la perte pour les éleveurs est de 100 millions d’euros pour l’année. Le Sniv nous accuse aussi de leur faire « subir » le prix des céréales à la hausse. Mais il s’agit d’un prix mondial que nous sommes obligés de passer dans nos charges. Plutôt que de chercher à acheter toujours moins cher, les abatteurs devraient trouver une solution pour vendre mieux. Les éleveurs se sont pris en main il y a quarante ans pour vendre ensemble. Pourquoi les transformateurs n’en feraient-ils pas de même ?

Le CRP a aussi récemment réclamé un cours à 1,40 € pour l’année à venir. Qu’en dites vous ?

Que c’est un minimum compte tenu des coûts de production. C’est un souhait que je formule aussi, bien entendu, mais n’oublions pas que c’est le commerce qui fera le prix. Et que des cours plus élevés passent par davantage de porcs présentés au MPB. Or, depuis septembre dernier, nous avons vu leur nombre diminuer de 10 %.

Comment expliquez vous ce recul des porcs au MPB ?

C’est clairement la stratégie de groupements peu scrupuleux qui préfèrent la livraison directe aux abattoirs dans le but de récupérer des plus-values pour leur propre fonctionnement, et pas pour les éleveurs. Pendant que les producteurs qui apportent au marché en subissent les aléas : invendus, changements d’abattoirs, horaires d’enlèvement variables… Ils sont les fantassins qu’on envoie au front pour défendre le prix qui sera payé à tous.

En quoi plus de porcs au MPB permettrait d’avoir de meilleurs cours ?

Parce qu’il serait plus représentatif de la confrontation et jouerait davantage son rôle. Probablement que, comme en Allemagne, les amplitudes seraient plus fortes. Mais qu’importe si, au final, la moyenne est meilleure.
Le MPB a fait la preuve de sa raison d’être au cours de cet automne. On a l’habitude d’être quasiment résignés à subir des cours bas à partir de septembre. Cette année, compte tenu en particulier de l’activité en Asie, nous avons complètement inversé la tendance et sommes parvenus à entraîner le cours allemand à la hausse. Preuve que le MPB est un bon outil.

Qu’en est-il du marché à livraison différée ?

Il se cherche. Acheteurs et vendeurs en sont à régler les curseurs, et des lots sont proposés chaque mercredi. Il faudrait qu’en parallèle existe un marché des pièces. Nous savons qu’il y a une demande pour des contractualisations de ce genre.

Après neuf mois à la présidence du MPB, quel premier bilan en tirez vous ?

Ce n’est pas un métier de tout repos, et je comprends le poids que portait Jean-Jacques Riou sur ses épaules, car nous sommes tenus pour responsables du prix : trop bas pour les éleveurs, trop haut pour les abatteurs, alors que le MPB n’est que le thermomètre d’un marché où se confrontent une offre et une demande.

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