Les abatteurs tirent la sonnette d’alarme

Claudine Gérard - Réussir Porcs Novembre 2012

Les abatteurs tirent  la sonnette d’alarme
Les pertes de l’abattage découpe ont dépassé 100 millions d’euros l’an passé, selon le Sniv-SNCP. © C. Gérard

Les industriels de la viande au travers de leur syndicat Sniv-SNCP, avertissent du grand danger économique dans lequel se trouvent leurs entreprises.

« Le danger est grand d’amorcer un déclin irréversible », martèle Jean-Paul Bigard, président du Syndicat des entreprises françaises des viandes, Sniv-SNCP  devant plus de 150 opérateurs réunis à Paris le 2 octobre dernier. Il avance des chiffres clés : en trente ans, la France a perdu 20 % de son cheptel bovin et presque la moitié de son cheptel ovin ; le cheptel porcin a baissé de 15 % en dix ans ; en cinq ans, notre déficit du commerce extérieur en produits à haute valeur ajoutée a été multiplié par 1,7 en viande porcine et par 3,5 en viande bovine…

Pour le secteur porcin, le Sniv-SNCP avait déjà « lancé le pavé dans la mare l’an passé », selon le président, en alertant par communiqué les pouvoirs publics sur le montant des pertes des industries d’abattage découpe, estimées à l’époque à plus de 100 millions d’euros, soit 4 euros pour chacun des 25 millions de porcs abattus, « des chiffres que personne n’a démenti ! ». Pour 2012, Jean-Paul Bigard annonce que les pertes pourraient être encore supérieures. « Cette fois, les outils vont plus que vaciller car le secteur ne dispose pas des réserves nécessaires. »

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La spéculation sur les matières premières est insupportable

« Nous risquons d’être durablement déstabilisés par des mouvements spéculatifs totalement étrangers à la problématique alimentaire mondiale. » Le président dénonce avec force la filière végétale. « La flambée des prix des matières premières végétales devient tout simplement insupportable pour l’élevage qu’elle est en train de conduire à la rupture : faillites, décapitalisation, absence d’installations. » Il affirme que les ajustements du prix de la viande ne peuvent pas être la seule solution quand on sait que « il s’échange 46 fois la production annuelle mondiale de blé et 24 fois celle de maïs sur le marché de Chicago ». Cette spéculation étant la source majeure de flambée des prix des matières premières, le président juge que l’accord du 3 mai 2011 qui définit les seuils de déclenchement de la négociation des prix de la viande avec la distribution, « n’est qu’une illusion, un instrument politico-médiatique pour masquer l’impuissance générale à lutter contre cette spéculation qui ruine des filières entières ».
Autre cause des difficultés du secteur de l’abattage, la « déconsommation » des viandes. Jean-Paul Bigard juge qu’elle a des origines structurelles et conjoncturelles, ces dernières étant la conséquence de la crise qui rend les consommateurs frileux vis-à-vis des viandes, sachant que, paradoxalement, une étude vient de confirmer que « les Français aiment la viande ».

La flambée des cours du porc étrangle les abattoirs

Pour le secteur porcin, la crise a, selon Jean-Paul Bigard, été aggravée par la chute de l’offre, avec un recul de 5 % de la production en août 2012 et l’envolée des cours qui en a suivi. « Une fois de plus, la hausse des cours du porc n’pas pu être répercutée dans la totalité de son ampleur auprès de nos clients transformateurs et distributeurs. Une fois encore, l’abattoir de porcs sert de variable d’ajustement et notre secteur est pris en étau, condamné à faire financer ses pertes par d’autres espèces ou par des activités d’amont. »
Dans ce contexte alarmant, que faire ? « Comme cela est réclamé par les patrons de l’automobile, il est urgent d’ouvrir dans notre secteur une réflexion sur la rentabilité et la compétitivité », affirme le président qui interpelle le gouvernement français sur différents sujets tels que le dumping social allemand, la réglementation sanitaire, l’interdiction des protéines animales…
Mais il en appelle aussi à ses entreprises adhérentes afin qu’elles poursuivent dans l’innovation, source de valeur ajoutée. Et il conclut sur les conditions de survie du secteur : « la première est d’avoir les nerfs solides. (…) Il nous faut également acquérir une capacité d’anticipation débouchant sur de véritables stratégies. (…) Et avoir la volonté d’affronter l’adversité en rangs serrés. Gardons-nous du poison de la division et, au contraire, employons nous à développer une action collective unitaire, moderne, innovante ».

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Commentaires 14

pedro

Message pour GEO
Je tiens à vous préciser que si les éleveurs et le monde agricole bénéficient de subventions publics, sachez aussi que vous bénéficiez en tant que consommateur de ses subventions publics quand vous acheter de la viande par exemple à la boucherie.
Je suis favorable pour ne plus percevoir de ses subventions, mais acceptez au moins de payer vos denrhées alimentaires à leur juste valeurs.
Avec tous mes respects...

CATTLE VOX

Je tiens à rappeler que ces gens là ne parle pas de bovins ni de carcasses entre eux mais de "minerai" la situation d'aujourd'hui les étonne...???

GERARD LAMBERT

RESULTAT DE LA GRANDE IMCOMPETENCE DU MONDE DE L ABATTAGE QUI N AS PORTE AUCUNE ATTENTION A LA SANTE DE LEURS FOURNISSEURS ELEVEURS.QUAND ON TUE LA POULE...

geo

C'est marrant de voir certains nostalgiques dire qu'avant "tous les agriculteurs gagnaient bien leur vie avec un prix à sa juste valeur". Mais le prix à sa juste valeur n'existe plus depuis la création de la PAC (1962). Depuis cette date, tous les prix sont soutenus mais ce n'est qu'en 1992 que sont apparus les soutiens directs, directement versés sur votre compte. L'agriculture est un marché où tout est artificiel et avec les industriels qui jouent aux apprentis sorciers, ce seront bientôt les produits dans nos assiettes qui seront artificiels!
La filière élevage présente de grandes fragilités dans certaines branches (bovin, porcin) , depuis plusieurs années mais les discussion sur les orientations de la future PAC semblent totalement l'ignorer. C'est quand même bizarre de continuer de verser de l'argent public à des productions qui n'en ont actuellement aucun besoin!

pauvpaysan

ça fait un bail que les éleveurs tire la sonnette d alarme!!!

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