Les Chinois vont importer plus de deux millions de tonnes de porc

Claudine Gérard

Les Chinois vont importer plus de deux millions de tonnes de porc
Le port de Shangai, le plus gros du monde, est la plus grande porte d'entrée de marchandises existante. - © Kevin Lee - Commission européenne

Dans son dernier rapport daté de juin (1), la banque néerlandaise Rabobank prévoit encore une augmentation des importations chinoises de viande de porc de 30 % sur l'année, et la tendance qui devrait se poursuivre encore en 2017.

Les Chinois vont importer plus de deux millions de tonnes de porc
Infographie Réussir

Changement de la politique chinoise envers la production nationale

Selon Rabobank, la politique chinoise vis-à-vis de son agriculture, et du secteur porcin en particulier, est dans une phase de changement depuis deux ans environ. Par le passé, les interventions du gouvernement consistaient essentiellement à ajuster l'offre et la demande pour maintenir des prix stables. Aujourd'hui, les politiques interviennent moins, laissant plus de liberté au commerce, ce qui explique une plus grande volatilité des prix.

La volonté du gouvernement est aujourd'hui d'améliorer la « chaîne de valeur » de sa production porcine et s'inscrire dans la durabilité. Les réglementations environnementales se durcissent pour protéger les terres et l'eau, et de nombreuses exploitations, de toutes tailles, ont dû cesser leur activité ou se délocaliser pour cause de pollution. Le déploiement de nouvelles réglementations environnementales devraient conduire à de nouvelles fermetures d'exploitations pour les années à venir, selon Rabobank.

Des prix du porc trop variables en Chine, des ateliers tenus de fermer pour raisons sanitaires ou par non-respect de nouvelles normes environnementales... De nombreux élevages chinois, y compris de moyenne et grande taille, ont cessé leur activité ces deux dernières années. Ce qui va conduire à une baisse de production intérieure de 5 % en 2016, selon le rapport de Rabobank qui annonce un abattage de 637 millions de têtes pour l'année en cours.

Le prix du porcelet est révélateur de cette situation tendue. Il a simplement doublé au premier trimestre 2016. Ce qui laisse présager des prix du porc charcutier au plus haut de septembre à novembre prochain selon les experts qui ajoutent que des producteurs seraient tentés de garder les charcutiers femelles pour les mettre à la reproduction. D'où un déficit accentué qui propulserait les prix du porc sur le marché intérieur à 22 yuans/kg, soit 2,99 EUR/kg, contre 20 yuans par kilo (2,70 EUR/kg), niveau déjà record.

Les Chinois vont importer plus de deux millions de tonnes de porc

Face à une offre intérieure en retrait, la demande a aussi marqué un recul en 2016, évalué à - 4 %, en raison d'une moindre croissance économique et du prix très élevé de la viande de porc pour le consommateur.

Il reste toutefois un différentiel de 1 % environ à combler, soit 500 000 tonnes de plus que l'année précédente. Ce qui explique que les importations de porc aient atteint 1,5 million de tonnes en 2015, une quantité considérable mais qui ne représente au final que 3,5 % de la consommation du pays, soulignent les experts de Rabobank.

Le scénario devrait se poursuivre en 2017 selon Rabobank qui précise que le déficit qui va perdurer « sera comblé par l'Europe, les États-Unis et le Canada qui entreront en compétition sur ce marché ».

Les Chinois vont importer plus de deux millions de tonnes de porc

L'Europe devrait maintenir ses positions, mais...

L'Europe devrait encore rester le fournisseur principal des Chinois. En 2016, elle aura satisfait 60 % de la demande supplémentaire chinoise en porc et divers produits du porc (275 000 tonnes sur les 470 000 tonnes de plus qu'en 2015) et le total exporté par l'UE en 2016 sera d'environ 1,4 million de tonnes selon les prévisions. Les économistes considèrent que, même avec une baisse de production de 1,5 % dans l'UE, les quantités disponibles seront suffisantes pour satisfaire la demande chinoise. Les principaux fournisseurs de la Chine resteront l'Allemagne, l'Espagne et le Danemark, qui disposent d'agréments chinois pour de nombreuses entreprises, et possèdent des outils d'abattage efficients. Mais les spécialistes de Rabobank invitent les Européens à améliorer leur « offre produit » vers la Chine, avec des produits de qualité et différenciés. Car les producteurs d'Amérique du Nord se sont aussi adaptés à la demande chinoise, en particulier en développant une filière « sans ractopamine ». Par ailleurs, le différentiel de prix à venir comparé à l'Europe, devrait lui être plus favorable. Enfin, les Chinois s'attachent à varier leurs sources d'approvisionnement dans le monde.

Pour toutes ces raisons, les experts de Rabobank conseillent aux opérateurs européens de continuer à améliorer leur compétitivité et à nouer des partenariats solides qui puisse sécuriser leur accès à cet incomparable marché chinois.

(1) Rabobak INdustry Note #554, june 2016 : "What is happening in china's pork market ? "

Voir aussi article "Fanye Meng aide à vendre le porc français en Chine".

Source Réussir Porc

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