« Les cours de l’été seront décisifs » estime Georges Douguet, économiste de la filière porcs

Claudine Gérard - Réussir Porcs Juin 2012

« Les cours de l’été  seront décisifs » estime Georges Douguet, économiste de la filière porcs
Georges Douguet, Cerfrance Côtes-d’Armor. « De bons cours sont nécessaires pour donner de la perspective et de la confiance, et pouvoir relancer les investissements afin de rester compétitifs. » © C. Gérard

Les cours du porc des dernières années exigent que 2012 soit, enfin, une « bonne année ». Mais il faudra que le prix du porc augmente significativement au cours de l’été.

« Si nous ne parvenons plus, comme par le passé, à retrouver des années de bonne rentabilité, alors, c’est tout simplement le problème de la confiance de la filière porcine, éleveurs, partenaires, banquiers… et leur engagement dans l’avenir qui est menacé », résume Georges Douguet. À l’appui, le bilan de ces dernières années qu’il résume par pertes et profits. On constate, en effet, que le solde entre le prix payé et le coût de revient est négatif de – 0,24 €/kg de carcasse sur les cinq dernières années. À l’exception de 2009 et 2010 où ce solde a été très légèrement positif (+ 0,02 €/kg de carcasse en moyenne), les années 2007 et 2008 se sont soldées par un déficit de – 0,12 €/kg. L’année 2011, considérée comme meilleure au niveau du prix du porc, a encore vu ce solde moyen passer dans le rouge avec – 0,05 €/kg de carcasse.

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« Des spéculations sur des risques potentiels, pas sur des faits. »

À fin mars 2012, le prix moyen au cadran des douze derniers mois s’établissait à 1,34 €/kg. « Compte tenu des coûts de revient actuels et des pertes de ces dernières années, il faudrait maintenant que le cours atteigne 1,45 €/kg au MPB pour que 2012 soit une bonne année. Avec la plus-value, le prix payé serait alors supérieur de 10 c au coût de revient, ce qui est nécessaire aujourd’hui. C’est pourquoi l’été sera décisif », analyse l’économiste.
Car la conjoncture de prix des matières premières est toujours aussi inquiétante, sans toutefois reproduire la situation de 2011, où le prix moyen de l’aliment s’est établi à 260 euros/tonne, « et même 270 €/t pour les éleveurs achetant l’intégralité de leur aliment ». En 2012, Georges Douguet juge la situation toujours préoccupante, avec un prix moyen qui restera élevé même si une détente est encore possible à l’automne. « Nous ne pourrons pas retrouver les niveaux de 200 euros comme en 2007 », prévient-il. En cause, la spéculation qui perdure. « Nous assistons à des spéculations sur des risques potentiels, pas sur des faits. » Ainsi, la menace de sécheresse aux Etats-Unis et en Europe Centrale explique aujourd’hui la tension sur les blés. Quant aux récoltes mondiales prévues à un niveau record en maïs grain, notamment aux USA, il faudra attendre pour y voir plus clair. Du côté des matières protéiques leur prix actuel est très élevé à près de 400 €/t pour le soja et une détente significative semble encore difficile à envisager en 2012.

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Besoin de réinvestir

Ce niveau de cours du porc nécessaire à la filière ne tient pas seulement à la nécessité de compenser le coût alimentaire qui représentait 65 % du coût de production en 2011. Il s’agit aussi de pérenniser l’outil de production et, en particulier pouvoir réinvestir dans les bâtiments. La mise aux normes des truies est un élément essentiel qui va déjà entraîner une annuité supplémentaire sur douze ans de 2 à 7 centimes d’euro environ, par kilo de carcasse et par an, selon les choix possibles entre un simple aménagement et un bâtiment neuf. Mais, pour Georges Douguet, le besoin d’investir va au delà de ce poste truies gestantes. Le parc bâtiment a besoin de rénovation pour rester compétitif. Or, l’analyse des dettes est révélatrice de la crise et de la difficulté pour les producteurs à investir. Depuis 4 à 5 ans, la profession a emprunté plus qu’elle n’a investi. « Ceci est le reflet de la difficulté des éleveurs qui ont de nouveau étalé leurs dettes à court terme en moyen ou long terme. » Pour autant, Georges Douguet juge que la situation est « loin d’être alarmante ». Même si 14 % des éleveurs ont un taux d’endettement supérieur à 100 %, et qu’environ la moitié a besoin d’améliorer sa trésorerie, le taux d’endettement moyen est de 73 %, et la dette totale (nette de créances et disponible) au kilo de carcasse s’établit en moyenne à 0,86 €. « Dans les années 90, la dette était quasiment le double, avec 1,56 €/kg de carcasse en valeur actualisée. À l’époque, on admettait un endettement à ce niveau et la production était facilement financée. » Un niveau est encore bien supérieur à celui d’une mise aux normes complète des truies dans notre région, qui ferait remonter la dette moyenne vers 1,10 à 1,20 €/kg environ. Ce faible niveau d’investissement actuel n’est pas pour autant une « bonne nouvelle ». Il traduit une prudence de la filière porcine liée à un manque de confiance et de lisibilité. « Le point essentiel aujourd’hui est de pouvoir réaliser des investissements productifs, qui permettront aux éleveurs de rester dans la compétition », conclut Georges Douguet.

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