« Ne restons pas dans notre bulle » recommande Guillaume Roué, président d’Inaporc

Propos recueillis par Claudine Gérard - Réussir Porcs Juillet-Août 2012

« Ne restons pas dans  notre bulle »  recommande  Guillaume Roué, président d’Inaporc
Guillaume Roué, président d’Inaporc, est par ailleurs vice-président de l’OIV, organisation internationale des viandes (ou IMS, International Meat Secretary en anglais). Il a présidé le comité d’organisation du Congrès mondial de la viande à Paris. © C. Gérard

Le comité d’organisation du Congrès mondial de la viande, qui a rassemblé plus de 700 participants du monde entier à Paris les 5 et 6 juin dernier, a été présidé par Guillaume Roué. Bilan de cet événement.

Que doit-on retenir à l’issue de ces deux journées du Congrès mondial de la viande qui a compté quelque 40 présentations d’acteurs du secteur venus du monde entier ?

Globalement, chacun a conscience que la demande mondiale de viande va croître avec neuf milliards annoncés d’individus à nourrir et l’augmentation du pouvoir d’achat à travers le monde. Chacun entend évidemment avoir sa part du gâteau. Mais on observe deux attitudes distinctes. Celle des Américains du nord et du sud est claire : ils entendent répondre à cette demande en s’emparant tant que possible des avancées scientifiques et des nouvelles technologies. Et celle de la « vieille Europe » qui mise sur la qualité, l’image environnementale, le bien-être animal… Je vous laisse prévoir qui l’emportera…

Vous êtes donc pessimiste quant à l’avenir de la production de viande en Europe ?

Non ! Si nous continuons à tenir ce même langage, il est clair que nous serons hors jeu. Mais si nous parvenons à monter dans le train de la modernité et admettre que le monde ne s’arrête pas en 2000, alors, oui, nous pouvons espérer rester dans la compétition.

Comment envisager un tel revirement stratégique ?

Aujourd’hui, nous répondons à la demande de citoyens européens très protégés, riches, conservateurs, qui, par leurs exigences, handicapent les entreprises dans un marché de plus en plus mondialisé. Celles-ci devront bien un jour ou l’autre avoir la possibilité de bénéficier des avancées scientifiques, technologiques modernes. Nos concurrents américains le font au travers des améliorations variétales dont font partie les OGM, mais aussi des facteurs de croissance comme la ractopamine, auxquels les clients potentiels, notamment asiatiques, ne sont pas hostiles. Nous y viendront probablement, mais avec 15 ans de retard…

Faut-il donc renoncer aux standards de qualité, de traçabilité, de bien-être mis en place au fil des années en Europe ?

Certainement pas ! Notre image de qualité est un atout considérable. Par ailleurs, la sécurité sanitaire ne représente pas obligatoirement de surcoût. Par exemple, nous savons que les Américains pratiquent la chloration des carcasses de poulet pour pallier à un niveau sanitaire bien moyen en amont. Nous n’avons pas recours à cette pratique, d’ailleurs non-autorisée en Europe, grâce à la sécurité sanitaire respectée tout au long de la chaîne. Si nous pouvons donc nous distinguer par notre niveau qualitatif, ne nous en privons pas !

Concrètement, que recommandez-vous aux professionnels de la viande en général et du porc en particulier ?

En tant qu’acteurs de la vie agricole, nous devons être conscients qu’il est impossible de rester dans notre bulle. Nous sommes tous dans un marché très mondialisé et devons donc en permanence garder les yeux ouverts sur ce qui se passe à l’extérieur. Rien n’est jamais acquis, et les modèles qui fonctionnent aujourd’hui ne sont pas obligatoirement ceux qui fonctionneront demain. Et mieux vaut faire partie de ceux qui dirigent que de ceux qui subissent.

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